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Anthologie Persane (XIe-XIXe siècles).

Kâtibi : Dîvân (extraits)

Dir. Henri Massé. Payot, 1950.

vendredi 12 décembre 2008

Extrait de « Anthologie persane (XIe-XIXe siècles) », par Henri Massé. Payot, 1950

L’union à Dieu.

Il est venu, le jour de la réunion ! durant plusieurs années, j’en recherchai le signe. Comment s’en ira le chagrin dont j’ai souffert durant des ans ? A la séparation se substitue l’union ; cependant je ressens encore la brûlure de la tristesse. Ma blessure guérit ; mais durant des années, la cicatrice restera. Comment seraient-ils donc, ceux que l’amour enivre, rassasiés du nectar de l’échanson divin ? Ce breuvage, on pourrait durant des ans le boire. De Lui vient notre honneur. Que durant des années, reste au-dessus de nous l’ombre de Sa stature ! (Dawlatchâh, p. 388, 1. 12.)

L’amour de Dieu.

Dans mon cœur se sont élevées mille flammes dévoratrices. C’est l’armée de l’amour divin ; sinon que seraient donc ces flammes ? De cet amour, on parle bien hors de l’espace et hors du temps. Mais où sont donc ceux qui écoutent ? Et d’où sortent donc ces paroles ? De la cité de la raison va dans la plaine de l’amour : le Lion du zodiaque y devient un chien poursuivant les gazelles. Et toi, lune ! ne quitte pas la vaste tente qu’est le ciel ; demande ce que tu désires : sous cette tente Dieu réside. Tout comme on mouche la chandelle, le martyr de l’amour divin vit, dans la taverne céleste, durant des ans, tomber sa tête ; pourtant il est encor vivant. L’appel musical de l’amour a rempli l’espace et le temps. A ta plume, demande donc, Kâtibi ! quel est cet appel. (Id., 1. 23.)

Renoncement.

O bienheureux le jour où je serai sauvé de la honte qui vient de mon corps, de mon âme, de tout attachement qui n’est pas Son amour. Combien de temps faut-il que j’aie mal à la tête ? Combien de temps faut-il que je sois sans repos ? Va ! dans l’aiguille de Jésus, passe donc ton fil, ô mon âme, afin que je couse mon cœur et qu’il s’échappe de moi-même. Je suis sauvé du mal et ne m’attache au bien que par ceux qui sont bons, sans vouloir les quitter. Les aspects d’ici-bas ne sont que vanité ; gémis, pour nous sauver de ce songe troublant. (Id., p. 384,1.12.)

La taverne céleste.

Ivre dans la taverne, au point du jour, j’ai vu la coupe, ce soleil, sur un plat de lumière. Le tavernier céleste approcha de ces gens assis dans cet enclos sacré, et qui de loin formaient leurs rangs. Dans l’assemblée où l’on se détachait du monde, un être vous rendait la vie comme autrefois faisait Jésus. Prenant ma main, il dit : « Pauvre amant relégué ! retire donc de ton oreille le coton de la négligence comme on débouche une bouteille ; chacun de ces grains de raisin loue Dieu de tout son cœur ; écoute ! Au jour du Jugement dernier, lorsque le soleil, ce flambeau, sera privé de sa clarté, telle un autel notre taverne resplendira de mille feux, au souffle ardent de la Trompette. (Id., p. 387, 1. 24.)


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