Philosophia Perennis

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Anthologie Persane (XIe-XIXe siècles).

Maghribi : Ghazals

Dir. Henri Massé. Payot, 1950.

vendredi 12 décembre 2008

Extrait de « Anthologie persane (XIe-XIXe siècles) », par Henri Massé. Payot, 1950

S’anéantir en Dieu.

Ne cherche ni la voie qui conduit au collège ni les règles du monastère ; renonce à la route et aux règles ; ne cherche ni voie ni méthode. Sois heureux en prenant la route qui conduit à la pauvreté sainte, à l’annihilation ; ne regarde pas en arrière ; n’aspire donc qu’à avancer. Lorsque tu sors de la cellule de ton corps, cherche seulement l’enclos du paradis et le souverain Maître : apprends auprès de ceux qui les ont ressenties les joies de la pauvreté sainte et de l’anéantissement ; mais n’interroge pas celui qui est esclave de l’argent et des dignités. Aussitôt qu’apparaît le parasol royal, on crie : « Faites donc place ! » ; et tu n’as plus alors à demander aux troupes où se trouve le roi. Quand tu as avancé avec sincérité et quand tu as risqué ta tète, si l’on t’enlève ton bonnet, ne le réclame pas. Dès lors que mon état, ô mon Ami céleste, ne t’est pas dérobé, ne t’adresse donc pas aux témoins pour savoir dans quel état je suis. Alors que Maghribi, ô mon Ami céleste ! apporte ses excuses, pardonne-lui gracieusement sans rechercher sa faute. (Browne, III, p. 340.)

Panthéisme.

L’être qui nous était caché est venu et devint nous-mêmes ; il était hors de vous et nous ; il est devenu vous et nous. Le prince du Trône suprême est descendu jusques à nous ; nul autre roi que lui n’existe ; pourtant il s’est fait mendiant ! Et cet être qui est exempt de richesse et de pauvreté a pris l’habit de pauvreté pour manifester la richesse. Entendit-on jamais parler d’une chose aussi merveilleuse ? il est à la fois sa demeure et l’occupant de sa demeure. Cette substance toute pure, cette perle qui est unique apparut terre et firmament lorsqu’elle entra en mouvement. On ne saurait dire comment et pourquoi cet être adorable exempt de comment, de pourquoi, vêtit le comment, le pourquoi. Il a dévoilé son sourcil parmi les sourcils des beautés, si bien qu’il fut montré du doigt tout comme la nouvelle lune. Dans le jardin de l’univers, il revêtit un surtout vert comme le cyprès élancé, en même temps qu’il se coiffait de rouge comme la tulipe. Ce soleil du ciel éternel brilla si bien qu’on l’aperçut à l’Orient, à l’Occident dès le moment qu’il répandit et ses rayons et sa lumière. (Id., p. 338.)


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