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Anthologie Persane (XIe-XIXe siècles).

Kamâl de Khodjend : Dîvân (extraits)

Dir. Henri Massé. Payot, 1950.

vendredi 12 décembre 2008

Extrait de « Anthologie persane (XIe-XIXe siècles) », par Henri Massé. Payot, 1950

Le coin des mystiques.

Qu’est-ce donc en ces lieux ? Qu’est cette réunion ? Qu’est donc ce paradis ? Quel est donc ce séjour ? On y trouve la vie éternelle ; et la coupe et l’échanson charmant sont là, tendant leurs lèvres. La Fortune qui fuit devant tous les humains n’est pas sortie d’ici ; la joie qui fuit de môme est en ces lieux une humble esclave. Lorsque tu viens à ce palais de réjouissance, apportant le chagrin de ton cœur, tous diront : « Ne sois pas chagriné ; c’est interdit ici. Nous sommes sur le toit du ciel ; donc si tu passes auprès de nous va donc tout doucement ici : c’est comme sur du verre et sur le bord d’un toit. Dans notre réunion, pas de place d’honneur, ni coin pour y laisser sa chaussure ; en ce lieu, l’on ne distingue pas du pauvre le monarque. Tels le bois d’aloès, nous allons enflammés ; seul le tiède dévot n’est qu’un novice ici. Combien de fois, Kamâl, nous demanderas-tu : « Quel est donc ce séjour ? » alors que dans ces lieux on ne découvre en fait ni station ni demeure. (Browne, III. p. 322.)

Madrigal.

La souffrance que tu m’infliges est un dictame, ô mon amie ! et le tourment qui vient de toi dilate mon âme, ô amie ! Le mendiant, devant ta porte, ne cherche qu’épreuve et douleur. N’ayant rien, dans mon indigence, qui soit digne de toi, amie ! je tourne cependant vers toi mes yeux brillants et je déclare que mon regard est pureté. Tu as dit que tu me tuerais, mais cela n’est pas convenable : est-il licite qu’un ami soit immolé par son amie ? Tout ce que mon cœur exprima afin de peindre ta stature, Dieu le reconnut véridique. Sur elle, j’ai fait ce poème ; écris : « Fait par Kamâl » amie ! (Id., p. 324.)

Éloge de ses poèmes.

Les odes de Kamâl ne comptent que sept vers, et pourtant les cinq grands poèmes jadis écrits par Nizâmi n’en ont que le dixième en charme. Les amis de Kamâl ont aussi composé poèmes qui ne sont formés que de sept vers, chacun pur et coulant et ravissant le cœur ; et cependant il faut effacer des sept vers quatre au commencement et les trois de la fin. (Id., p. 326.)

Dialogue mystique.

L’Ami céleste a dit : « De tout autre que moi détourne ton regard ! » Et j’ai dit : « J’obéis. » Il reprit : « Maintenant jette un regard furtif vers moi. » Je répondis : « J’obéis tout de suite. » Il reprit : « Si la nuit tu te trouvais privé d’un visage aussi beau que le mien, tu devrais jusqu’au lever du jour dénombrer les étoiles pour bannir le sommeil. — C’est bien, j’obéirai. » Il dit : « Si ta lèvre se sèche au souffle ardent de tes désirs, tu l’humecteras de tes larmes, ainsi qu’une chandelle pleure. » Je répondis : « J’obéirai. » Il dit : « Si tu veux arroser de tes larmes mon seuil, balaie de tes cils la terre de ma porte. » Et je dis : « A tes ordres ! » Il reprit : « Si tu veux aller vers le désert des tourments que je cause, apporte mon message aux êtres altérés. » Et je dis : « A tes ordres ! » Il reprit : « Si tu veux obtenir cette perle qu’est l’union à moi, parcours donc, ô Kamâl, de bout en bout cet océan et ses abîmes. » Et je répondis : « A tes ordres ! » (Dawlatchâh, p. 327, 1. 19.)


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