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Les tempéraments et la culture psychique

Sédir : CONSTITUTION DE L’HOMME

D’après la doctrine de Jacob Boehme

samedi 6 décembre 2008

Extrait de « Les tempéraments et la culture psychique d’après la doctrine de Jacob Boehme », par Sédir. Chacornac, 1906

Il y a un monde Welt
Weltlichkeit
monde
mondanéité
mundo
mundidade
mundanidade
worldliness
mundanidad
spirituel intérieur, duquel est sorti un monde matériel extérieur ; l’homme homme
anthropos
hommes
humanité
L’homme est la personnification d’une alternative aux dimensions qui échappent à sa vision immédiate ; en d’autres termes, la raison d’être même de la condition humaine est de choisir, et de faire le bon choix : d’opter pour la participation libératrice à l’Etre nécessaire, et non pour l’errance asservissante dans le labyrinthe du possible et en direction du néant. (Frithjof Schuon, Perspectives spirituelles et faits humains)
a été créé de la substance substance
substantia
substances
substância
substancia
de ces deux mondes, et mis dans le Paradis Paradis Tout le drame qui se joue entre l’Infini et l’Existence se trouve symbolisé dans l’histoire du Paradis terrestre. Tout le problème est dans le fait que le serpent se trouvait au Paradis. S’il n’y avait pas été, le Paradis eût été Dieu, ou plutôt, il n’aurait pas pu avoir d’existence séparée. Exister, c’est ne pas être Dieu, donc être « mauvais ». Frithjof Schuon] qui était l’élément un, où toutes les puissances naturelles vivaient dans l’harmonie paisible.

Chacune de ces puissances, l’homme y compris, avait en elle une volont voluntas Notre volonté n’est pleinement humaine que par sa participation opérative aux vérités concernant Dieu et nos fins dernières. [Frithjof Schuon] é de Feu Feuer
fogo
feu
fire
pyr
, par laquelle cette puissance acte
puissance
energeia
dynamis
s’individualisait dans le chaos de l’abîme divin divin
divinité
divino
divindade
divindad
divine
divinity
 ; et un désir désir
epithymia
epithymía
épithymétikon
épithymia
de Lumière lumière La lumière semble avoir fait l’objet d’une interprétation symbolique dès que les hommes se sont mis à croire dans un au-delà. Depuis la possible déification du feu, devenu élément vital pour l’Homme préhistorique, puis l’un des quatre éléments de la philosophie de la Grèce antique, jusqu’à la théologie chrétienne de Dieu comme "lumière des lumières", l’illumination étant présente dans de nombreuses religions, on n’a eu de cesse que de lui accorder des origines et vertus surnaturelles. par lequel chacune de ces puissances tendait à s’unir à toutes les autres, par l’amour amour
eros
éros
amor
love
.

La puissance la plus sublime exalta son Feu et sortit de l’harmonie : elle devint Lucifer Lucifer
Lúcifer
, et ce fut la chute chute
queda
decadência
caída
fall
des anges anjo
anjos
ange
anges
angel
angeles
arcanjo
arcanjos
archange
archanges
.

L’homme s’appela du coup le seigneur de toutes les créatures.

Le diable diable
diabolos
malin
adversaire
diabo
devil
, jaloux, introduisit son désir dans l’imagination de l’homme ; les différentes facultés de celui-ci commencèrent dès lors à lutter ensemble : ainsi germa et crût l’arbre de la science episteme
saber
savoir
ciência
science
ciencia
du bien Bien
agathon
agathón
Bem
Bom
Good
Bueno
et du mal mal
kakos
Le mal est la "possibilité de l’impossible", sans laquelle l’Infini ne serait pas l’Infini. (Frithjof Schuon)
. Adam perdit la puissance créatrice qu’il avait dans le Paradis et ce fut la création Création
Criação
criação
creation
creación
de la femme femme
mulher
woman
mujer
feminino
féminin
feminin
fêmea
female
.

Cette séparation vereinzelt
isolé
Vereinzeltung
isolement
Vereinzelung
esseulement
singularização
singularidade
individuation
séparation
des deux teintures du Feu et de la Lumière détermina dans l’élément un comme un précipité, qui fut la matière matière
hyle
La matière est la substance qui compose tout corps ayant une réalité tangible. Ses trois états les plus communs sont l’état solide, l’état liquide, l’état gazeux. La matière occupe de l’espace et possède une masse. Ainsi, en physique, tout ce qui a une masse est de la matière.
physique Les efforts d’Adam et d’Eve pour posséder cette matière, fruit symbol symbolon
symbolisme
symboles
symbole
Étymologie grecque : sym-balleîn = « jeter ensemble ». Correspondance naturelle de signifiant à signifié, chez les ésotéristes. (Pierre Riffard)
ique de l’arbre de la science science
epistêmê
episteme
sciences
Le sens originel du grec : se placer au-dessus de.... Parménide a ouvert la voie à la conception grecque de l’epistêmê en distinguant le monde de l’opinion et celui de la pensée pure et de l’être. (Y. Lafrance)
, les en rendirent esclaves.

L’âme âme
psyche
psukhê
alma
soul
ignée de l’homme, provenue de Dieu Gott
Dieu
Deus
God
Dios
theos
le Père, resta telle quelle. Son esprit esprit
pneuma
espírito
spirit
mente
mind
, c’est-à-dire l’ensemble de toutes ses facultés sensorielles et spirituelles, qui communiquaient auparavant avec la Sagesse sophia
sagesse
sabedoria
wisdom
sabedoría
σοφία
par le moyen de l’élément unique, ne put plus se nourrir que des forces adverses et des lumières faussées qui constituent l’Esprit de ce Monde et qu’il essaye de connaître connaissance
gnosis
intuition intellectuelle
gnôsis
connaître
conhecer
gnose
knowledge
know
conocer
conocimiento
, en particulier par l’astrologie astrologia
astrologie
astrología
astrology
 ; son corps Körper
corpo
corps
soma
cuerpo
body
, autrefois glorieux et immortel, se corrompit et reçut tous les contrecoups des combats que se livrent les forces de ce monde.

Actuellement donc l’âme de l’homme soupire après la lumière perdue. L’Esprit de l’homme, prison de cette âme, se trouve en exil, balloté par les courants furieux de l’Océan astral. Sur notre terre terre L’ordre "terrestre", - qu’il s’agisse de notre terre ou d’autres mondes analogues qui nous restent forcément inconnus, l’ordre "terrestre" donc est ce monde purement "naturel" que nous avons mentionné plus haut. [Frithjof Schuon] , cet océan est divisé en quatre quatre
quaternité
Quand la quaternité est horizontale, elle se réfère aux qualités universelles ; quand elle est verticale, elle indique les degrés de l’Univers - l’enfoncement dans la relativité. [Frihtjof Schuon]
régions ou éléments qu’ont décrits tous les hermétistes ; et l’esprit de chaque homme, suivant sa nature nature
physis
phusis
phúsis
Le grec phúsis dérive de la racine indo-européenne bhû-, qui a donné en sanskrit comme verbe : "devenir", "se produire", "avoir lieu" ; comme non : "terre", "sol", "lieu", "état", "condition". Peut désigner aussi bien l’origine, que le déroulement et le résultat de tout processus. (Luc Brisson)
propre, est enfermé dans une de ces régions.

De là viennent les quatre tempéraments ou complexions.

L’âme et l’Esprit, bien qu’enchaînés ensemble, ne peuvent pas se confondre puisqu’ils ne proviennent pas de la même mère mère
mãe
mother
madre
.

Tout ce qui, en nous, sensations, sentiments,

idées, intuitions, vient du Ciel ciel
cieux
céu
céus
heaven
heavens
cielo
cielos
, se rapporte à l’âme ; tout ce qui vient de la nature créée, visible ou invisible, se rapporte à l’Esprit ; le corps reçoit toutes ces influences et leur obéit.

Par conséquent ce dernier porte l’empreinte des forces intérieures qui l’animent ; dès le premier mois de la vie vie Le philosophe Michel Henry définit la vie d’un point de vue phénoménologique comme ce qui possède la faculté et le pouvoir « de se sentir et de s’éprouver soi-même en tout point de son être ». Pour lui, la vie est essentiellement force subjective et affectivité, elle consiste en une pure expérience subjective de soi qui oscille en permanence entre la souffrance et la joie. intra-utérine, on pourrait pronostiquer la complexion de l’enfant qui va naître ; a fortiori peut-on déterminer cette complexion par les traits du visage, par les gestes, la démarche, le son de la voix, les formes du corps. Mais, selon l’exemple de notre auteur, nous ne donnerons aucune indication divinatoire, car il vaut mieux rester ignorant que s’exposer à faire mal en jugeant son prochain. Voici quelques détails sur les quatre tempéraments :

Le colérique tient de l’élément feu par le désir de monter, de commander, de dominer, de provoquer l’admiration ; il a une grande confiance en soi Selbst
soi-même
Soi
si mesmo
Self
si mismo
A non-personal, all-inclusive awareness.
, ne demande pas de conseils, est courageux, mais ne souffre pas la moindre contrariété de la part des hommes ou des circonstances sans se mettre en colère. Sa pensée est forte, son intelligence intelligence Notre intelligence n’est pleinement humaine que par les vérités concernant Dieu et nos fins dernières. Elle opère la compréhension de Dieu, du monde, de l’homme. [Frithjof Schuon] lucide, logique, déductive.

Le sanguin tient de l’air sa mobilité et sa subtilité ; il est gai, doux, amical, pas très énergique ; les influences des astres l’impressionnent facilement ; il a l’esprit ingénieux et doué de grandes facilités pour apprendre toutes sortes de sciences sans trop les approfondir.

Le tempérament phlegmatique tend toujours, comme l’eau l’eau
água
water
, à se tenir dans le repos repos
repouso
stillness
quietud
quietness
 ; la matière et les sens y sont puissants ; il fuit la fatigue et les soucis ; sa lumière est moyenne, ni très triste, ni très gaie ; son intelligence est lente et doit travailler beaucoup pour apprendre, mais elle retient bien ce qu’elle a compris ; le calme lui est nécessaire.

Le mélancolique est comme la terre Terre
Terra
Earth
Tierra
et les pierres : froid, engourdi, sombre, triste, affamé de lumière ; mais cette faim le fait évoluer, de même que la faim qui torture les minéraux les amène à l’état métallique. Si le bilieux croit que les autres doivent l’adorer, si le sanguin se contente de l’amabilité superficielle du monde, si les jouissances matérielles suffisent au phlegmatique, le tempérament terrestre a besoin d’affection profonde.

Son intelligence est inégale, ses conceptions originales, ses intuitions souvent remarquables ; cependant, il n’est jamais satisfait de son travail.

De même que le bois est l’aliment du feu, la vie astro-élémentaire de la complexion est l’aliment magique de l’âme. Quelquefois cette dernière s’évade du tempérament pour se nourrir de la Lumière. Cette Lumière ne se trouve ici-bas qu’en vertu arete
excellence
vertu
vertue
virtude
virtue
virtud
de l’incarnation incarnation
sárkosis
Le mot vient du grec sarx, qui signifie chair, et a été inspiré par la parole de l’évangéliste Jean : "et le Verbe s’est fait chair" (Jn 1,14). La théologie conçoit l’incarnation "du fils de Dieu" en tant qu’événement fondateur de la foi. [Le Goaziou]
du Verbe, dont elle est comme le sillage : ce que Bœhm appelle la corporéité angélique du Christ. Lorsque donc l’âme s’alimente de cette teinture, la complexion défaille, puis se réveille dans la joie, par le rayonnement divin que l’âme lui transmet. Mais si les influences astrales s’exaltent, il se peut que l’âme les désire de nouveau, à moins qu’elle ne se retourne de suite vers la Vierge vierge
virginité
parthenía
parthenos
Les Père l’entende dans son sens large d’"une continence parfaite", d’"un renoncement absolu à l’exercice de la sexualité". [Jean-Claude Larchet]
de la Sagesse divine. Si non, toutes les essences extérieures, quoique invisibles, de l’Esprit de ce monde, attisent le feu de l’âme ; plus il brûle, plus il devient ardent parce que sa nourriture véritable, l’Amour, ne se trouve pas dans ces essences ; à la fin Ende
la fin
o final
o fim
el fin
finalité
finalidade
finalidad
the end
the goal
purpose
propósito
telos
télos
meta
, l’âme excédée, pour sortir de cet enfer enfer
inferno
hell
, se prive de ces aliments : c’est la pénitence pénitence
metánoia
metaméleia
La pénitence se définit : une vertu surnaturelle, se rattachant à la justice, qui incline le pêcheur à détester son péché parce qu’il est une offense commise contre Dieu, et à prendre la ferme résolution de l’éviter à l’avenir et de le réparer. [Tanquerey]
. Quand elle est définitivement débarrassée de son appétit astral (richesses, amitiés, honneurs, sciences) elle peut se baigner dans l’eau de la Vie éternelle, être ser
être
being
ón
Le concept d’être désigne en général ce que nous ressentons exister d’une manière ou d’une autre dans la perception, qu’elle soit sensible ou intelligible. L’étude de l’être est appelée ontologie ou métaphysique.
renouvelée par ce baptême et vivre avec Dieu. Bœhm désigne par Esprit de ce Monde, essence essence
ousía
ousia
essência
essentia
esencia
essence
astro-élémentaire, imagination extérieure, toutes les sensations, tous les sentiments, toutes les idées, tous les plaisirs et toutes les souffrances que nous envoient les forces et les êtres de la Nature temporelle, visible et invisible.

Si l’âme se nourrit de la complexion colérique, celle-ci s’exalte encore, vers la colère, la spoliation, l’écrasement des obstacles, à moins que les aspects des constellations ne s’y opposent ; l’âme est en danger car son état appelle le démon de la fureur qui vient y habiter ; elle prend pour lumière divine le feu qu’elle a elle-même allumé et veut être honorée comme sainte malgré sa noirceur réelle.

Si l’âme se nourrit de la douce et légère complexion sanguine, elle obéit à toute impulsion des étoiles ; cela produit un tempérament aimable, rusé, intelligent pour les choses de ce monde, tantôt généreux, tantôt mesquin ; le diable l’amuse avec toutes sortes d’objets rares et d’études curieuses ; elle reçoit tout comme l’air et se nourrit de vanités ; elle peut subir des épreuves sans en souffrir beaucoup, non plus que de la tristesse tristesse
lype
Selon Jean-Claude Larchet (Thérapeutique des maladies spirituelles), au lieu d’utiliser la tristesse, "passion naturelle et irréprochable", pour pleurer ses péchés et s’affliger de son éloignement de Dieu et de la perte des biens spirituels, l’homme l’utilise au contraire à pleurer la perte de biens sensibles, s’afflige de n’avoir pu satisfaire tel désir, ni obtenir un plaisir attendu, ou encore d’avoir subi tel désagrément dans ses rapports avec ses semblables. Il fait de la tristesse une maladie de l’âme.
ou de l’effroi ; elle est sujette à l’impudicité, parce que Vénus est sa planète, et à l’idolâtrie à cause causa
cause
aitia
aitía
aition
de sa curiosité et de son peu de réflexion.

L’âme attachée au tempérament phlegmatique mène une vie balourde, vile, sans intelligence, ne s’élevant pas au-dessus du vulgaire ; l’Esprit de l’eau ou la qualité lunaire accepte tout, bien et mal, et peut couvrir ce dernier sous un masque d’hypocrisie, comme la surface brillante de l’Océan cache des perles ou des pieuvres. Le diable peut introduire tous ses vices vice
vices
kakíai
Le vice désigne d’une manière générale et non morale ce qui est défectueux, le défaut. En morale, c’est un penchant devenu habitude que la morale religieuse ou sociale réprouve (en matière sexuelle mais pas seulement), ou un défaut excessif. Wikipédia
dans cette complexion quand les étoiles ne s’y opposent pas, caries péchés semblent y perdre leur importance ; il peut l’accabler par la tristesse ; mais si l’âme soulève une tempête et veut s’enfuir de cette maison de deuil, il ne peut résister aussi bien que dans le Feu, à cause de la faiblesse de ce tempérament.

La complexion mélancolique, inattentive aux choses extérieures, plonge l’âme dans la crainte. Le diable y vient souvent et l’effraie sans cesse, car l’obscurité est son domaine ; il tâche de l’étourdir et de lui faire perdre son bon sens.

Mais elle lutte contre lui, car elle sent intuitivement son approche, surtout pendant la nuit ; c’est le tempérament où il peut le mieux jeter ses imaginations ; pour le désespérer, il agite le souvenir de ses péchés et l’idée idée Une idée est une représentation de l’esprit. C’est un objet de l’univers intérieur humain qui s’appuie et se construit à travers des images diffuses et oniriques. L’idée n’existe que si elle est exprimée, autrement elle reste une partie d’une élaboration mentale (proche de la conscience). de la Colère divine.


Voir en ligne : Théosophie