Philosophia Perennis

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JOSEPH DE MAISTRE MYSTIQUE

Dermenghem : JOSEPH DE MAISTRE - L’INTUITION

mardi 2 décembre 2008

félicité
felicidade
bonheur
felicidad
happiness
Bonne chance ou fortune ; le mot grec est un composés fait sur daimon (puissance divine, dieu, destin). (selon R. Guérineau)

Les grandes vérités ne s’enseignent bien Bien
agathon
agathón
Bem
Bom
Good
Bueno
que par le silence silence . L.-C. de Saint-Martin. Portrait, 145 ; OE. Posthumes, t. I, p. 21.

Les livres que j’ai faits n’ont eu pour but que d’engager les lecteurs à laisser là tous les livres sans en excepter les miens. Ibidem, 45, p. 7.

C’est souvent par l’intermédiaire de l’intuition intuition
intuitio
intuitus
Le terme d’intuition désigne une forme de savoir dans lequel l’objet connu est immédiatement et totalement présent à l’esprit. Le terme garde toujours un rapport proche ou lointain avec l’acte de voir, le regard, que désigne au sens propre l’intuitus latin. [F. de Buzon]
que s’effectuera la collaboration reconnue nécessaire de la raison dianoia
la raison
La raison est une faculté de l’esprit humain dont la mise en œuvre nous permet de fixer des critères de vérité et d’erreur, de discerner le bien et le mal et de mettre en œuvre des moyens en vue d’une fin donnée. Cette faculté a donc plusieurs emplois, scientifique, technique et éthique.
individuelle et de la raison générale. Unie au sentiment, et même en un sens à l’instinct et aux sombres puissances mystérieuses de l’inconscient, la première interprétera les données de la seconde, saisira les vérités voilées dont la révélation Révélation La Révélation (on emploie généralement une majuscule dans cette acception du mot) est, pour une religion, la connaissance qu’elle affirme détenir de source divine. Les manifestations divines par lesquelles cette connaissance est parvenue aux hommes sont tantôt des apparitions (théophanies), tantôt l’inspiration à des prophètes de textes considérés comme sacrés. Les religions rattachées à la trilogie judaïsme-christianisme-islam, en particulier, sont dites révélées. universelle est riche avec surabondance.

Un des problèmes principaux de la philosophie est la question de savoir si et en quelle mesure l’essence essence
ousía
Les termes "substance" et "essence" sont souvent synonymes, mais à rigoureusement parler, le premier terme suggère une continuité, et le second, une discontinuité ; le premier se référant plutôt à l’immanence, et le second, à la transcendance. [Frithjof Schuon]
de l’univers Univers L’Univers est un tissu fait de nécessité et de liberté, de rigueur mathématique et de jeu musical ; tout phénomène participe de ces deux principes. [Frithjof Schuon] est intelligente et intelligible intelligible En quel sens être en acte se dit-il de l’intelligible ? Est-ce au sens où la statue, comme couple de forme et de matière, est un être en acte ? Est-ce parce que chaque intelligible a reçu une forme ? - Non, c’est que chacun d’eux est une forme et qu’il est parfaitement ce qu’il est. L’intelligence ne passe pas de la puissance à l’acte, d’un état où elle est capable de penser à un état où elle pense effectivement (car il faudrait alors avant elle une autre intelligence qui ne fût pas passée de la puissance à l’acte) ; mais le tout de son être est en elle. L’être en puissance ne consent à passer à l’acte que par l’intervention d’un autre terme, nécessaire à la génération d’un être en acte ; mais l’être qui tire de lui-même et garde éternellement ses manières d’être, est un être en acte. Donc tous les êtres premiers sont des êtres en acte ; car ils possèdent d’eux-mêmes et toujours ce qu’ils doivent posséder. Il en est ainsi également de l’âme qui n’est pas dans la matière mais dans l’intelligible. Quant à l’autre âme, celle qui est dans la matière, comme l’âme végétative, elle est aussi en acte ; elle aussi, elle est ce qu’elle est, parce qu’elle est en acte. ENNÉADES - Bréhier : II, 5 (25) - Que veut dire en puissance et en acte ? 3 . Entre le rationalisme qui postule la compétence universelle de la raison pure et la conviction qu’il n’y a de véritable connaissance connaissance
gnosis
intuition intellectuelle
gnôsis
connaître
conhecer
gnose
knowledge
know
conocer
conocimiento
que par elle, et l’empirisme ou le pyrrhonisme qui met en doute l’existence Existenz
existence
exister
existentia
existência
existencia
bios
même de tout ordre et de toute finalité fin
finalité
telos
télos
Le finalisme est une option théorique qui affirme l’existence d’une cause finale de l’univers, de la nature ou de l’humanité. Elle présuppose un dessein, un but ultime, une signification, immanents ou transcendants, présents dès leur origine. Cette perspective est aussi dite téléologique.
ainsi que la possibilité possibilité
potentialité
Toute-Possibilité
pouvoir
poder
power
de toute connaissance certaine, nous croyons qu’il peut y avoir une attitude permettant d’éviter les objections les plus graves qui s’opposent à l’une et à l’autre des précédentes théories. Comme celle de Maistre, la philosophie la plus nouvelle s’oppose au rationalisme pur aussi bien qu’au mécanisme. Elle sera amenée à voir dans l’univers tel qu’il nous apparaît aujourd’hui le résultat d’un ordre primitif troublé par l’intervention néfaste d’un principe Principe
arche
arkhê
opposé et secondaire. Elle sera autre part conduite à penser que, si nous pouvons arriver à connaître les lois de cet univers, ce ne sera pas au moyen de la seule raison discursive. C’est sans doute son catholicisme en même temps temps Philosophes, scientifiques et hommes de la rue ont bien souvent des vues différentes sur ce qu’est le temps, et les progrès des uns influencent les autres depuis des siècles. que sa théosophie Théosophie L’exigence totale de la Doctrine sacrée - de la "théosophie" au sens propre du mot - résulte du fait que l’intelligence spécifiquement humaine est par définition capable d’objectivité et de transcendance et implique ipso facto cette même capacité pour la volonté et pour l’âme sensible ; d’où la liberté de notre volonté et l’instinct moral de notre âme. [Frithjof Schuon] qui ont gardé Maistre dans un juste milieu à cet égard. Tout a été fait par et pour l’intelligence intelligence Notre intelligence n’est pleinement humaine que par les vérités concernant Dieu et nos fins dernières. Elle opère la compréhension de Dieu, du monde, de l’homme. [Frithjof Schuon] , affirme-t-il, et l’homme homme
anthropos
hommes
humanité
L’homme est la personnification d’une alternative aux dimensions qui échappent à sa vision immédiate ; en d’autres termes, la raison d’être même de la condition humaine est de choisir, et de faire le bon choix : d’opter pour la participation libératrice à l’Etre nécessaire, et non pour l’errance asservissante dans le labyrinthe du possible et en direction du néant. (Frithjof Schuon, Perspectives spirituelles et faits humains)
est fait pour la vérité aletheia
alêtheia
veritas
vérité
truth
verdad
. Mais l’intelligence dont il s’agit n’est pas celle que Bergson dénonce comme n’étant en quelque sorte qu’un instrument permettant à l’homme d’agir action
praxis
agir
atuar
ação
act
acción
prattein
sur la matière matière
hyle
La matière est la substance qui compose tout corps ayant une réalité tangible. Ses trois états les plus communs sont l’état solide, l’état liquide, l’état gazeux. La matière occupe de l’espace et possède une masse. Ainsi, en physique, tout ce qui a une masse est de la matière.
inerte sur laquelle elle est pour ainsi dire clichée. Et d’autre part la raison de l’homme, si elle n’a pas été par la chute chute
queda
decadência
caída
fall
originelle aussi brisée que sa volont voluntas Notre volonté n’est pleinement humaine que par sa participation opérative aux vérités concernant Dieu et nos fins dernières. [Frithjof Schuon] é, est néanmoins assez affaiblie pour ne plus être ser
être
being
ón
Le concept d’être désigne en général ce que nous ressentons exister d’une manière ou d’une autre dans la perception, qu’elle soit sensible ou intelligible. L’étude de l’être est appelée ontologie ou métaphysique.
, sans secours, efficace. Et même « cette faim de la science science
epistêmê
episteme
sciences
Le sens originel du grec : se placer au-dessus de.... Parménide a ouvert la voie à la conception grecque de l’epistêmê en distinguant le monde de l’opinion et celui de la pensée pure et de l’être. (Y. Lafrance)
qui agite l’homme n’est que la tendance naturelle de son être qui le porte vers son état primitif, et l’avertit de ce qu’il est » (Soirées, 2e entr.).

L’homme est le fils delà vérité ; « il gravite vers les régions de la lumière lumière La lumière semble avoir fait l’objet d’une interprétation symbolique dès que les hommes se sont mis à croire dans un au-delà. Depuis la possible déification du feu, devenu élément vital pour l’Homme préhistorique, puis l’un des quatre éléments de la philosophie de la Grèce antique, jusqu’à la théologie chrétienne de Dieu comme "lumière des lumières", l’illumination étant présente dans de nombreuses religions, on n’a eu de cesse que de lui accorder des origines et vertus surnaturelles.  » ; mais il est un fils déchu qui ne peut sans effort et sans aide se retrouver en possession de son héritage [1]. Sa raison personnelle, nous l’avons vu, n’a qu’une valeur relative. Comment donc parviendra-t-il à saisir les vérités dont il se sent un si pressant besoin, vérités qui sont l’objet sujet
objet
La notion du « sujet », loin de n’être que psychologique, est avant tout logique et principielle et ne saurait se restreindre par conséquent à aucun ordre particulier ; la subjectivité évidente des facultés de sensation prouve déjà que le couple sujet-objet n’appartient pas au seul domaine de la psychologie. [Frithjof Schuon]
propre de la traditio diadosis Selon René Guénon, la Tradition, est par essence d’origine « supra-humaine », c’est même très exactement là sa juste définition et rien de ce qui est traditionnel ne peut être qualifié de tel sans la présence de cet élément fondamental, vital et axial, qui en détermine le caractère propre et authentique. (Jean-Marc Vivenza, DICTIONNAIRE DE RENÉ GUÉNON) n universelle ? Par « l’esprit esprit
pneuma
L’esprit est constitué par l’ensemble des facultés intellectuelles. Dans de nombreuses traditions religieuses, il s’agit d’un principe de la vie incorporelle de l’être humain. En philosophie, la notion d’esprit est au cœur des traditions dites spiritualistes. On oppose en ce sens corps et esprit (nommé plus volontiers conscience par la philosophie et âme par certaines religions. En psychologie contemporaine, le terme devient synonyme de l’ensemble des activités mentales humaines, conscientes et non-conscientes.
du cœur coeur
kardia
cœur
coração
coración
heart
 », par « la parole plus profonde qui est prononcée dans l’intérieur de l’homme » (Ibid., 6e et 8e entr.). « Le sentiment général de tous les hommes, précise même Maistre, forme forme
idea
eidos
eîdos
idéa
En philosophie, on oppose la forme à la matière dans les cas généraux. Chez Aristote, c’est ce vers quoi tend tout changement : elle est à la fois l’acte, l’essence, la perfection, et le principe d’unité de chaque être. (Wikipédia)
, pour ainsi dire, des vérités d’intuition devant lesquelles tous les sophismes du raisonnement disparaissent » (Ibid., 4e entr.).

Sans doute Maistre ne va pas aussi profondément que Bergson, et tel n’était pas son dessein, dans l’analyse de cette intuition et la justification de la méthode. Mais il semble souvent bien d’accord avec la philosophie nouvelle correctement entendue. L’intuition, selon la théorie bien connue de l’auteur de Données immédiates de la conscience Gewissen
conscience
consciência
conciencia
consciencia
Bewusstsein
Bewußtsein
consciencidade
consciousness
, n’est pas je ne sais quelle mystérieuse faculté vague et sentimentale, invoquée par une sorte de paresse intellectu intellect
noûs
L’Intellect est l ’« oeil du coeur » ou l’organe de la connaissance directe. Il se projette dans l’âme individuelle en se limitant et se polarisant ; il se manifeste sous un triple aspect, ou si l’on préfère, il se scinde en trois modes : l’intelligence, la volonté et le sentiment. [Frithjof Schuon]
elle pour remplacer l’effort pénible du raisonnement, mais pour ainsi dire la fusion de l’intelligence et du sentiment de la raison et de l’instinct. Des deux dualité
deux
dyade
Quand la dualité est horizontale, elle exprime les pôles "actif" et "passif" ; quand elle est verticale, elle exprime les degrés "absolu" et "relatif", dans l’Ordre divin d’abord et dans l’ordre cosmique ensuite. [Frithjof Schuon]
grandes branches de l’arbre de la vie vie Le philosophe Michel Henry définit la vie d’un point de vue phénoménologique comme ce qui possède la faculté et le pouvoir « de se sentir et de s’éprouver soi-même en tout point de son être ». Pour lui, la vie est essentiellement force subjective et affectivité, elle consiste en une pure expérience subjective de soi qui oscille en permanence entre la souffrance et la joie. , l’une a évolué vers l’instinct (insectes),l’autre vers l’intelligence (homme). Ces deux facultés sont donc des moyens de connaissance nécessaires mais séparément imparfaits. Elles servent chacune de guides pour l’action, mais l’une, prise à part, ne peut prétendre procurer une connaissance adéquate de l’essentielle réalité. L’intelligence humaine, qui a prise de la matière, où son rôle est de s’insérer pour les besoins pratiques, une propension à morceler l’indivisible, à solidifier l’insaisissable, et qui ne peut se mouvoir dans le domaine de la qualité, du dynamisme et de l’esprit, aussi bien que dans celui de la quantité et du statique, est à son aise sur le terrain des sciences exactes, mais ne peut connaître au sens métaphysique Metaphysik
métaphysique
metafísica
metaphysics
du mot, c’est-à-dire se placer au cœur même de la réalité profonde.

Il s’est trouvé de tous temps des penseurs qui, sans accepter les conclusions des pyrrhoniens, ont fait des objections aux prétentions despotiques de la raison discursive. Sans remonter aux néoplatoniciens d’Alexandrie Alexandrie
Alexandria
L’École d’Alexandrie désigne le mouvement platonicien qui a fleuri à Alexandrie entre le IVe et le VIIe siècles apr. J.-C., dont l’initiateur avait été Ammonius Saccas, le maître de Plotin. (d’après Y. Lafrance)
, les grands théologiens mystiques de Saint-Victor avaient ainsi édifié une théorie de la Méditation méditation Le terme méditation (du latin meditatio) désigne une pratique mentale ou spirituelle. Elle consiste en une attention portée sur un certain objet de pensée (méditer un principe philosophique par exemple, dans le sens d’en approfondir le sens) ou sur soi (dans le sens de pratique méditative afin de réaliser son identité spirituelle). La méditation implique généralement que le pratiquant amène son attention de façon centripète sur un seul point de référence. qui était à leurs yeux, non point une suite de raisonnements, mais une attention affective et prolongée aboutissant à une intuition capable de nous faire passer du monde naturel au monde divin divin
divinité
Ce terme désigne la qualité d’être un dieu ou une déesse (une déité), ou Dieu (la Déité). Il est alors synonyme de divinité en tant que substantif.
. Sur ce point, comme sur presque tous les autres, Maistre est en opposition déclarée avec la doctrine de l’Encyclopédie. Il semble d’autre part peu influencé par le cartésianisme. A Descartes il préfère Malebranche, comme à Aristote il préfère Platon et à Bossuet Fénelon. Aussi bien ses maîtres les martinistes lyonnais n’avaient-ils pas manqué de le mettre en garde contre les aveuglements de la raison pure.

Il va sans dire que tout mystique invoquera un sens intime, au-dessus de toute critique, et capable de le mettre en communication Mit-teilung 
Mitteilung
communication
comunicação
comunicación
avec le surnaturel. Mais il s’agit avant tout ici du rôle de la raison dans la découverte de la vérité. « La démonstration acquise par les efforts de l’esprit ne donnera jamais le sentiment et le sentiment au contraire conduira à la conviction de l’esprit », écrivait, nous l’avons vu, à Maistre encore jeune, Willermoz qui reprochait à son disciple de trop tenir « en bride le sentiment..., tandis qu’il faudrait laisser agir librement celui-ci qui serait un guide bien plus sûr en ce qu’il n’est pas assujetti par les préjugés qui offusquent presque toujours » l’esprit. Il ne déniait pourtant pas toute valeur à ce dernier. Pourvu qu’il fut subordonné au sentiment, pourvu que la porte du cœur fut d’abord grande ouverte à la vérité, la raison pouvait ensuite « user de ses droits pour juger ce que le cœur aura reçu ». Tel est l’intérêt de la raison elle-même. Les vérités essentielles sont plus à la portée des cœurs simples et purs qu’à celle des savants présomptueux [2].

La théorie de l’intuition que nous trouvons chez Joseph de Maistre s’intègre donc ainsi dans la tradition Tradição
Tradition
Tradición
sophia perennis
religio perennis
Selon Guénon, la Tradition, est par essence d’origine « supra-humaine », c’est même très exactement là sa juste définition et rien de ce qui est traditionnel ne peut être qualifié de tel sans la présence de cet élément fondamental, vital et axial, qui en détermine le caractère propre et authentique.
ésotérique. On comprend pourquoi Maistre oppose à la raison qui parle, l’amour amour
eros
éros
amor
love
qui chante [3] ; pourquoi il admet que des théories mystiques, absurdes aux yeux de la raison pure, puissent mener sur le chemin de la vérité, même de la vérité scientifique,plus loin que les méthodes positives et rationnelles seules, quand il loue Kepler d’avoir ainsi découvert des lois qui sont celles même des mondes (Soirées, 10e entr.) ; pourquoi il avance que toute chimie véritablement profonde doit être plus ou moins « pneumatique » et tenir compte des phénomènes de l’esprit ; pourquoi il évoque avec admiration l’antique « ère de l’intuition », opposant au « génie ergoteur » de l’Europe la culture plus mystique de l’Asie, héritière d’anciennes traditions, et peut-être destin Schicksal 
Geschick
Ge-schick
schicksalhaft
destin
co-destin
fado
destiny
destino
fate
destinal
ée à contempler des spectacles qui seront refusés à l’Occident matérialiste.

Son parallèle entre « la science moderne constamment environnée de toutes les machines de l’esprit... les bras chargés de livres et d’instruments... qui « se traîne souillée d’encre... baissant vers la terre terre L’ordre "terrestre", - qu’il s’agisse de notre terre ou d’autres mondes analogues qui nous restent forcément inconnus, l’ordre "terrestre" donc est ce monde purement "naturel" que nous avons mentionné plus haut. [Frithjof Schuon] son front sillonné d’algèbre », et « la science des temps primitifs... volant plus qu’elle ne marche... » qui ne regarde que le ciel ciel
cieux
céu
céus
heaven
heavens
cielo
cielos
et... semble ne toucher la terre Terre
Terra
Earth
Tierra
que pour la quitter », tandis que « Véphod couvre son sein soulevé par l’inspiration inspiration
inspiratio
Une inspiration est une idée qui vient du plus profond de nous. Mais parfois, quelqu’un ou quelque chose peut inspirer une nouvelle idée. (Wikipédia)
 », — ce parallèle n’est-il pas dans la pensée de Maistre comme celui du rationalisme pur et de l’intuition divinatrice (Ibid, 2e entr.) ?

La raison profonde de cette doctrine, c’est que la science chez Dieu Dieu La conception exacte de Dieu varie en fonction des philosophies et des religions. Dieu désigne généralement un « être suprême » dont les qualités sont illimitées, l’individuation personnelle ou impersonnelle du principe de l’univers, c’est-à-dire sa raison « première » en tant qu’essence primordiale - Dieu est alors souvent considéré comme le démiurge ou créateur - et sa raison « dernière » en tant que finalité et sens de la vie, dans les religions monothéistes. est intuition. Plus elle aura donc ce caractère dans l’homme et plus elle s’approchera de son modèle suprême [4].

Maistre non plus ne sacrifie pas la raison [5], nous l’avons vu au cours du précédent chapitre, mais il connaît ses limites. « L’essence de l’intelligence, c’est de connaître et d’aimer », à la fois. Il n’y a de science parfaite qu’à cette condition. La dialectique dialectique Du grec dialegesthai, converser, et dialegein, trier, distinguer.

La dialectique est une méthode de raisonnement, de questionnement et d’interprétation qui a pris plusieurs formes au cours des siècles. Ses sens sont nombreux et difficiles à cerner.
est vaine que ne féconde point l’amour. Dieu est amour et, puisque nous avons été créés à l’image image
eikon
eikón
Il n’y a pas de théophanie qui ne soit préfigurée dans la constitution même de l’être humain, car celui-ci est "fait à l’image de Dieu" ; l’ésotérisme entend actualiser ce que Dieu a mis de divin dans ce miroir de lui-même qu’est l’homme. (Frithjof Schuon, Résumé de métaphysique intégrale)
de Dieu, il y a une certaine ressemblance ressemblance
homoiosis
RESSEMBLANCE (ÊTRE À LA) : signifie l’identité ultime de l’homme, la personne douée de raison et d’intelligence. (Philocalie, dir. Olivier Clément) VOIR eikon (image)
, un certain rapport Beziehung
Bezug
Verhältnis
Weiter-reden 
relation
relação
relación
rapport
, « entre l’image divine et la nôtre ».

Ce qu’on entend par les idées innées, c’est en quelque sorte le mode essentiel de notre connaissance. Car chaque être ne perçoit le monde extérieur que conformément à sa propre nature nature
physis
phusis
phúsis
Le grec phúsis dérive de la racine indo-européenne bhû-, qui a donné en sanskrit comme verbe : "devenir", "se produire", "avoir lieu" ; comme non : "terre", "sol", "lieu", "état", "condition". Peut désigner aussi bien l’origine, que le déroulement et le résultat de tout processus. (Luc Brisson)
, à son essence, à la place Ort
lieu
lugar
location
locus
place
même qu’il occupe dans l’univers. Nous ne tenons pas de la seule expérience expérience
aisthesis
perception
aísthesis
sensation
D’un point de vue très théorique, une expérience est un engagement dans une situation de mise à l’épreuve d’un élément d’ordre spéculatif, souvent appelé hypothèse lorsqu’elle s’inscrit dans un système logique. Cette situation et cet engagement ne sont pas toujours recherchés, il arrive ainsi qu’on parle d’expérience mystique quand se produit une révélation d’ordre spirituel. Au contraire, dans les disciplines scientifiques, les expériences sont qualifiées de scientifiques parce qu’elles sont conduites en respectant des protocoles aussi rigoureux que possible, concernant aussi bien la planification et la mise-en-oeuvre concrète de la situation expérimentale, que le recueil des données (souvent au moyen d’instruments de mesure) ou l’interprétation théorique qu’il en est faite.
nos idées essentielles. C’est ce qui fait que nul être ne peut « sortir de son cercle cercle
círculo
circle
, et troubler l’univers » (Soirées, 5e entr.). Maistre esquisse même à ce propos une théorie de l’instinct, connaissance immédiate du monde extérieur chez les animaux. « Les idées qui constituent l’animal Tier
animal
zoon
Tierheit
animalidade
, chacun dans son espèce, sont innées au pied de la lettre, c’est-à-dire absolument indépendantes de l’expérience. Celle-ci n’est pas plus nécessaire à l’homme pour les idées fondamentales qui le font homme, qu’elle ne l’est aux animaux pour les réactions de l’instinct [6]. »

Il y a d’ailleurs pour Maistre une intuition en quelque sorte négative. Il admet en effet une sorte de « conscience intellectuelle » qui servirait de guide à l’esprit « comme il y en a une pour le cœur ». L’homme droit, l’homme de bien,serait mis « en garde contre l’erreur », par un « sentiment intérieur » qui l’avertirait immédiatement « de la fausseté ou de la vérité de certaines propositions avant tout examen, souvent même sans avoir fait les études nécessaires pour être en état de les examiner en parfaite connaissance de cause causa
cause
aitia
aitía
aition
 ». Ce n’est pas à dire que ce pressentiment soit toujours infaillible, non plus d’ailleurs que la conscience morale personnelle [7].

Mais il peut avertir de l’absurdité de certaines opinions, même dans le domaine des sciences exactes. Il se révolte à juste titre contre certaines théories, même quand la pensée discursive n’est pas absolument capable de réfuter l’argumentation ; il « devinera juste assez souvent, même dans les sciences naturelles ». Et surtout on peut le juger très efficace « lorsqu’il s’agit de philosophie rationnelle, de morale, de métaphysique, et de théologie naturelle » c’est-à-aire dans le domaine qui intéresse le plus véritablement l’homme.

Qu’on ne fasse pas une querelle de mots. Quand nous opposons ici « raison individuelle et discursive » à « raison générale » et « intuition », nous n’entendons aucunement nier le caractère encore intellectuel de cette intuition. Cette raison générale est encore de la raison. De même Newmann oppose la raison explicite à la raison implicite, et M. Blondel, comme les Scholastiques, la connaissance notionnelle abstraite et conceptuelle, à la connaissance réelle qui saisit la réalité intime et vivante. Mais nous croyons aussi que, sans se confondre avec « les ténèbres ténèbres Les ténèbres sont d’abord un concept ou une croyance religieuse qui désigne le néant, la mort, l’état de l’âme privée de Dieu, de la grâce, et qui signifie privation totale de lumière, obscurité. Le mot est attesté dès le XIIe siècle. Du latin tenebræ, ayant la même signification. du cœur », cette intuition (mode individuel dont la raison générale est l’aspect collectif) fait appel, dans une mesure qu’il est impossible d’exprimer, au sentiment et à l’instinct. Il n’y a pas ici mélange, mais synthèse et pour ainsi dire création Création
Criação
criação
creation
creación
chimique d’une réalité nouvelle [8].


L’intuition peut s’appliquer à divers ordres de choses. Au point de vue bergsonnien elle est l’instrument propre du philosophe, instruit, pour les surpasser, des données positives de la science. Elle joue, c’est un fait d’expérience, un rôle important dans tout effort intellectuel, toute découverte ou toute création. Elle peut même aider parfois la science positive. Elle peut aussi s’appliquer, non plus au plan terrestre ni au plan humain, mais au plan divin, et ce sera l’extase des mystiques, l’union intime de l’âme âme
psyche
psukhê
alma
soul
et de son Dieu. Quant aux vérités qui sont proprement l’objet de la foi
foi
faith
pistis
Croire sincèrement, c’est croire comme si on voyait ; c’est admettre avec tout notre être ; c’est donc se détacher du multiple, du divers, de tout ce qui n’est pas l’Un ; c’est toute la voie, jusqu’à l’union. [Schuon]
, on comprend que l’intuition n’est pas sans contribuer à les saisir. La raison personnelle pure y serait, nous l’avons dit, impuissante à elle seule. Un problème se pose donc : une fois la révélation faite, les données de cette révélation s’imposent-elles nécessairement à l’intelligence ? Sont-elles comme le voulait, par exemple, dans l’enthousiasme de sa foi, Raymond Lulle, des « lumières contraignantes », entraînant par l’évidence evidência
évidence
Le mot donne à penser l’intelligence de la vérité par la métaphore de la vision et de la lumière : est évident ce qui est immédiatement « vu » comme vrai. (selon J.-M. Muglioni)
l’adhésion de l’esprit, de telle sorte que l’ignorance ignorance
ignorância
ignorancia
absolue et la mauvaise volonté puissent seules expliquer l’incroyance ? Suffit-il d’énoncer les vérités religieuses et les preuves sur lesquelles elles se basent pour convaincre immédiatement toute intelligence impartiale ? Suffit-il d’instruire pour convertir ? Il n’apparaît pas qu’il en soit ainsi. D’une façon générale, toute vérité qui n’est pas purement abstraite, toute vérité qui peut avoir une influence sur notre volonté, notre sensibilité, notre vie intérieure, demande plus qu’une simple adhésion intellectuelle. Nous pouvons désirer plus ou moins une telle vérité. Nous pouvons la chercher volontairement, la « chercher en gémissant » comme Pascal, ou au contraire la fuir dans toutes sortes de « divertissements » capables d’étouffer sa voix. Dans le dernier cas, nous fixerons notre attention sur les raisons de ne pas admettre cette vérité à l’égard de laquelle nous rendent partiaux nos passions, nos intérêts ou nos désirs. C’est pourquoi saint Paul proclame le caractère libérateur de la vérité. C’est pourquoi saint Jean demande que nous vivions, que nous fassions la vérité. A la conquête de celle-ci doivent participer toutes les facultés de l’unité l'unité "Il faut élever cette fine pointe de l’âme, selon laquelle nous sommes unité. Nous participons au Premier, duquel dérive pour toutes choses l’unification, selon l’unité et pour ainsi dire la fleur de notre essence, grâce à laquelle nous nous attachons principalement au Divin. Partout, en effet, ’c’est par le semblable qu’est appréhendé le semblable’, les principes les plus élevés d’unification des êtres par ce qu’il y a d’un dans l’âme. De toutes nos activités, c’est ici la plus haute : par elle nous devenons possédés de Dieu." (Proclus) humaine. De même que « le vers se sent toujours des bassesses du cœur », de même le raisonnement se sent toujours des habitudes de l’action, et bien agir, comme disait Malebranche, est le premier principe d’une bonne logique [9]. Newmann, dans sa grandiose Grammaire de l’assentiment, Ollé-Laprune et, plus récemment, le P. Laberthonnière et M. Blondel, ont précisé les caractères de cette adhésion totale qui est la croyance. Celle-ci rejoint ainsi l’amour pour réaliser le type parfait de la Connaissance.

Pourquoi, selon les définitions même des canons et selon l’expérience quotidienne, l’assentiment de foi est-il, non l’effet nécessaire des preuves de raison humaine, mais une adhésion de l’intelligence et de la volonté libre, sous l’action de la grâce ? C’est qu’il y a non pas insuffisance de preuves entraînant nécessairement l’évidence, mais insuffisance de l’intelligence en l’état actuel de la nature diminuée par la chute [10]. La volonté aidée par la grâce doit rendre à l’intelligence sa parfaite liberté et son originelle puissance acte
puissance
energeia
dynamis
. Et cette grâce, qui ne violente pas mais surélève la nature, illumine l’intelligence et soutient la volonté, sans que soient pour cela ordinairement supprimés le rôle des preuves intellectuelles et celui de l’effort moral libérateur.

Ces réflexions nous font mieux comprendre l’attitude générale de la théorie maistrienne de la connaissance et de la foi. « La conversion est une illumination soudaine, écrivait l’ami de Mme Swetchine ; mais soit que l’heureux changement subitement ou par secousse, toujours il commence par le cœur où le syllogisme est étranger... et jusqu’à ce que l’orgueil orgueil
hyperephanía
arrogance
infatuation
Selon Jean-Claude Larchet (Thérapeutique des maladies spirituelles), les Pères envisagent l’orgueil comme très proche de l’amour-propre. Comme celui-là il a deux composantes : l’une se manifeste dans les rapports de l’homme avec ses semblables et l’autre concerne la relation de l’homme à Dieu.
soit complètement détrôné, il n’y a rien rien Le mot rien désigne une absence de chose(s), sans la notion de dénombrement ou de concept mathématique qui s’attache au nombre zéro. « Il n’y a rien ici » signifie qu’aucun objet n’est présent, sans a priori sur la nature des objets qui auraient pu se trouver à l’endroit considéré. de fait [11]. » « La foi, dit-il aussi [12] est une croyance par amour ; elle ne réside point seulement dans l’entendement : elle pénètre encore et s’enracine dans la volonté » Les incrédules se refusent aux preuves de la religion religion Le contenu et la raison d’être des religions est le rapport entre Dieu et l’homme ; entre l’Être nécessaire et l’existence contingente. C’est ce rapport qui donne aux religions toute leur puissance et toute leur légitimité ; c’est au contraire leur revendication confessionnelle d’absoluité qui constitue leur relativité. (Frithjof Schuon) parce qu’ils manquent d’intuition et d’ amour du surnaturel. Ils n’ont pas été touchés par la grâce, ou plutôt ils ne coopèrent pas à cette grâce et n’offrent pas à son action un terrain suffisamment désencombré. « Ces personnes manquent d’un sens, voilà tout. Lorsque l’homme le plus habile n’a pas le sens religieux, dit Maistre, non seulement nous ne pouvons pas le vaincre ; mais nous n’avons même aucun moyen de nous faire entendre de lui, ce qui ne prouve rien que son malheur. » Et il compare cet homme à « l’aveugle-né qui avait découvert que le cramoisi ressemblait au son de la trompette... Que nous importe à nous qui savons ce que c’est que le cramoisi (Soirées, 9e entr.) » !


L’intuition peut s’appliquer au plan divin lui-même. Toute mystique a pour but l’union de l’âme et de son Dieu. Que celle-ci s’obtienne par la piété pratique, la psalmodie et les rites sacrés selon saint Bernard, par la « méditation » des théologiens de Saint-Victor, par l’ « oraison euche
prier
PRIÈRE : (pure, de Jésus, du cœur, de l’intelligence) désigne la prière intérieure continuelle des hésychastes : Seigneur Jésus Christ, Fils de Dieu, aie pitié de moi". (Philocalie, dir. Olivier Clément)
 » de sainte Thérèse et de Fénelon, par la « voie Tao
Dao
Voie
Way
Le Tao, qu’on traduit littéralement par "Voie", et qui a donné son nom à la doctrine elle-même, est le Principe suprême, envisagé au point de vue strictement métaphysique. René Guénon
centrale » de Claude de Saint-Martin, etc., l’idéal est toujours le même. Disciple du Poverello, saint Bonaventure place au terme de la vie spirituelle, après la vie purgative, la vie unitive.

Saint Jean de la Croix croix Le terme croix vient du mot latin crux qui a le sens de « poteau », « gibet », voire « potence ». (voir crucifiement et la Crucifixion propre au Christ) Le terme grec pour désigner le même objet est stauros, dérivé lui de la lettre tau.

La croix est un symbole en forme d’intersection, formée de deux lignes ou plus. La « région » est une zone définie par l’intersection (il y a ainsi en général quatre régions).

Intègre un symbolisme cosmique universel extérieur au christianisme.
traversait la « nuit obscure de l’âme », nuit des sens, de l’esprit, de la mémoire et de la volonté, c’est-à-dire renonçait aux ordinaires lumières des choses extérieures, des idées, des notions anciennes, pour que l’âme, pénétrant dans une autre région, éclairée des seules lumières divines, et s’oubliant elle-même, s’abandonnât à son bien-aimé « entre les lis blancs [13] ». Il se dépouillait de toutes choses pour mieux se « jeter dans le tout » [14]. De même encore sainte Catherine contractait un symbol symbolon
symbolisme
symboles
symbole
Étymologie grecque : sym-balleîn = « jeter ensemble ». Correspondance naturelle de signifiant à signifié, chez les ésotéristes. (Pierre Riffard)
ique mariage avec l’enfant divin, comme Gichtel épousait mystiquement la sublime Sophia sophia
sagesse
sabedoria
wisdom
sabedoría
σοφία
. La contemplation contemplation
theoria
theoría
contemplação
contempalción
tend toujours à s’achever en union affective. Plus l’intuition est parfaite, plus s’affirme cette union [15]. Denys l’Aréopagite définit le mystique, « celui qui non seulement conçoit, mais encore sent (sent passivement) les choses divines ». De même, sainte Thérèse décrit : « Ce que nous savons par la foi, l’âme pour ainsi dire l’aperçoit par la vue. Cependant, précise-t-elle, l’on ne voit rien des yeux du corps Körper
corpo
corps
soma
cuerpo
body
, ni des yeux intérieurs, parce que ce n’est pas ici une vision imaginative. » On saisit ici l’impossibilité de donner une idée objective du fait mystique, et son caractère radicalement unique, incommunicable. L’hallucination est chose grossière à côté de la vision extatique, et l’imagination est une faculté matérielle à côté du sens supranormal. Le langage langage Le langage est un ensemble de signes (vocaux, gestuel, graphiques, tactiles, olfactifs, etc.) doté d’une sémantique, et le plus souvent d’une syntaxe (mais ce n’est pas systématique[1]). Plus couramment, le langage est un moyen de communication. humain est impuissant à le décrire. « Quand il s’agit des choses divines, dit la bienheureuse Angèle de Foligno, la parole meurt absolument. »

« L’objet de la contemplation, dit encore Gerson, est une connaissance expérimentale de Dieu par l’amour intuitif. » C’est bien en effet à l’intuition qu’il faut se référer. Il y a dans l’extase l’exact pendant de cet effort en quelque sorte contre nature de l’esprit qui se retourne sur soi Selbst
soi-même
Soi
si mesmo
Self
si mismo
A non-personal, all-inclusive awareness.
-même pour saisir immédiatement toute la complexe spontanéité créatrice de l’élan vital, grâce à une fusion éphémère et voulue de l’intelligence et de l’instinct. Seulement, dans bien des cas, la volonté n’a pas à intervenir. L’âme en état d’oraison subit passivement la présence de son Dieu. « Tout cessa alors et je m’abandonnai... » s’écrie Jean de la Croix dans l’un L'Un
hen
hén
L’Un, en philosophie ou en mystique, désigne le Principe suprême, souvent donné comme impensable et ineffable. Historiquement, cette notion prend tout son essor, en philosophie, à partir du néoplatonisme de Plotin au milieu du IIIe siècle. Grammaticalement, le mot « un » est ici employé comme substantif et avec majuscule (comme « Dieu » ou « Être »). Le mot s’oppose principalement à Multiple (dès Platon) et entre dans la liste des transcendantaux (avec Être, Bien, Vrai, Beau... qui sont au-delà des catégories et peuvent se convertir : Un = Bien = Beau). C’est l’Un-Dieu, l’Un-principe, mesure suprême.
de ses plus beaux poèmes. L’instinct de l’insecte lui fait connaître directement et sans les hésitations de l’intelligence, la nature à laquelle il est uni du fond même de son être. Mais l’homme ne peut laisser de côté cette intelligence, même dans les formes les moins rationnelles de sa connaissance. Chez l’extatique sera donc réalisée à son plus haut degré cette union mystérieuse des deux facultés, où M. Bergson voit la base nécessaire de toute métaphysique. Mais dans ce cas la connaissance est inséparable de la possession. La pensée devient une forme de l’Amour. Et ce dernier, selon le mot de Léonard, est d’autant plus profond que la connaissance est plus parfaite.

C’est toujours le « mariage spirituel » selon l’expression des mystiques latins, l’union avec « la cause active et intelligente » selon l’expression de Saint-Martin, qui est la fin dernière d’un effort tendant à réaliser momentanément et dès cette vie la « vision béatifique » éternelle. Et la grande poésie du Cantiques des cantiques consacre immortellement les noces extatiques de l’âme et de l’Epoux. L’esprit s’abîme entièrement dans l’amour infini Infini L’Infini est pour ainsi dire la dimension intrinsèque de plénitude propre à l’Absolu ; qui dit Absolu, dit Infini, l’un n’étant pas concevable sans l’autre. [Frithjof Schuon] . L’être, par avance réintégré, plongé dans la source universelle de l’être, atteint la parfaite Connaissance dans l’absolu Absolu
Absoluto
Absolute
Absoluteness
silence de toutes les facultés ordinaires au sein de l’ineffable Unité retrouvée [16].

De même que les théologiens orthodoxes, les Martinistes et surtout Saint-Martin recommandaient à cet égard la prudence et la modération. Le Philosophe inconnu détournait ses amis de tout phénomène phénoménologie
fenomenologia
phenomenology
phénomène
fenômeno
phenomenon
La phénoménologie de Edmund Husserl se définit d’abord comme une science transcendantale qui veut mettre au jour les structures universelles de l’objectivité.
trop sensible. Il reprochait à Liebisdorf d’aspirer à une connaissance physique de Dieu, lui disant que c’est spirituellement qu’il faut jouir de l’ineffable présence [17]. « C’est l’interne, dit-il, qui apprend tout et préserve de tout. » La vraie théurgie consiste à discerner les contrefaçons du mysticisme mysticisme Le mot mystique (du grec μυάω muaô qui signifie « se taire », « être silencieux » et qui a donné μυστικός mystikos, les « Mystères » de l’Antiquité grecque) désigne « une approche expérimentale du divin » qui serait par nature incommunicable. Dans l’expérience mystique, l’âme humaine accèderait à une rencontre directe avec Dieu. et de l’extase, contrefaçons fréquentes et dangereuses., « car l’ennemi veut tout imiter jusqu’à nos prière euche
prier
PRIÈRE : (pure, de Jésus, du cœur, de l’intelligence) désigne la prière intérieure continuelle des hésychastes : Seigneur Jésus Christ, Fils de Dieu, aie pitié de moi". (Philocalie, dir. Olivier Clément)
s », dit-il dans, l’ Homme de désir désir
epithymia
epithymía
épithymétikon
épithymia
DÉSIR : traduit épithymia ou épithymétikon, et désigne la première des trois parties de l’âme, la tension qui porte l’amour du créé pour l’incréé, ou de créé pour lui-même. Voir Parties de l’âme. (Philocalie, dir. Olivier Clément)
.

En dehors même de ces contrefaçons du surnaturel supérieur par le surnaturel inférieur (diabolique ou intermédiaire astral) [18] il faut aussi tenir compte du rôle de l’imagination, du subconscient, de la mémoire même qui peut répéter automatiquement à intervalles périodiques les impressions violentes une fois enregistrées. Tous les spécialistes sérieux ont insisté sur ce point [19]. Le fait d’ailleurs que l’instrument humain est trop imparfait actuellement pour servir eomme il faudrait de truchement entre les deux mondes, n’enlève pas nécessairement leur caractère d’objectivité aux causes de tout phénomène supranormal. Nous ne pouvons voir les essences véritables qu’au moyen d’un miroir, selon le mot bien connu de l’Apôtre. Le symbolisme symbolon
symbolisme
symboles
symbole
Étymologie grecque : sym-balleîn = « jeter ensemble ». Correspondance naturelle de signifiant à signifié, chez les ésotéristes. (Pierre Riffard)
qui est la base des communications mystiques, comme il est à celle de tout art Kunst
arte
art
’ véritable et sans doute de toute réalité visible, est même une chose bien frappante. Le style épithalami-que le plus lyrique et le plus matériellement imagé est employé par les vierges les plus chastes et les mystiques les plus admirés. Sainte Thérèse lévitée par l’amour, voit un ange anjo
anjos
ange
anges
angel
angeles
arcanjo
arcanjos
archange
archanges
lui percer le cœur du fer acéré de sa lance flamboyante.

A propos de la théorie de la vision en Dieu, Maistre cite avec admiration le mot de saint Thomas (qui, dit-il, quatre quatre
quaternité
Quand la quaternité est horizontale, elle se réfère aux qualités universelles ; quand elle est verticale, elle indique les degrés de l’Univers - l’enfoncement dans la relativité. [Frihtjof Schuon]
siècles plus tard eut été sans doute à la fois Bossuet et Malebranche) : « Ceux qui voient Dieu voient en même temps tout en lui [20]. » Il voit dans l’Eucharistie un moyen de « briser le moi » pour nous absorber dans l’union divine. Sachant que l’esprit de lourdeur est l’esprit du mal mal
kakos
Le mal est la "possibilité de l’impossible", sans laquelle l’Infini ne serait pas l’Infini. (Frithjof Schuon)
, il ne s’étonne pas de voir le « ravissement matériel » ou lévitation accompagner le ravissement intérieur, chez saint François-Xavier, saint Philippe de Néri, sainte Thérèse... Il admire que cette dernière « dont le génie et la candeur égalent la sainteté », décrive minutieusement, posément ces phénomènes étonnants, avec autant de naturel, de calme et de sang-froid persuasifs que saint Paul détaillant « les dons de la primitive église et prescrivant des règles pour les manifester utilement [21]. » Et il cite un passage où la grande carmélite [22] parle de ce ravissement auquel on ne peut « presque jamais résister, qui arrive avec une impétuosité si prompte et si forte que nous voyons et sentons tout d’un coup élever la nuée dans laquelle ce divin aigle nous cache sous l’ombre de ses ailes. » Je me sentais, dit-elle, « enlever l’âme et ensuite tout le corps, en sorte qu’il ne touchait plus la terre. »

C’est aussi bien de cette inspiration vraiment divine que Mais-tre attend la révélation des plus hautes connaissances. Parlant des initiés proprement dits, il souhaite qu’un grand nombre d’entre eux soient l’objet de cette illumination intérieure personnelle et « nous disent ce qu’ils auront appris de cet Esprit qui souffle où il veut, comme il veut, et quand il veut [23]. »


Il y a une autre sorte d’intuition : l’intuition prophétique. C’est à ce don que Maistre consacre un des discours les plus importants des Soirées. Il y voit, selon le consentement universel de la tradition, « un apanage inné de l’homme ». Puisque l’éternelle maladie de l’homme est de chercher à deviner l’avenir n’est-ce point une preuve certaine qu’il a des droits sur cet avenir et qu’il a des moyens de l’atteindre, au moins dans certaines circonstances (Soirées, 11e entr.) ? Les païens eux-mêmes pouvaient jouir plus ou moins de la puissance divinatrice ou prophétique. L’exemple de Balaam prouve qu’elle n’était pas exclusivement réservée à la religion mosaïque [24]. Quoi qu’on puisse dire contre les oracles antiques (Soirées, 11e entr.), jamais l’homme n’y aurait eu recours, « jamais il n’aurait pu les imaginer, s’il n’était parti d’une idée primitive en vertu arete
excellence
vertu
vertue
virtude
virtue
virtud
de laquelle il les regardait comme possibles et même existants. »

Outre les textes bibliques, les augures païens et les Sybilles, mille exemples tirés « de l’astrologie astrologia
astrologie
astrología
astrology
judiciaire, des oracles, des divinations de tous les genres, dont l’abus a sans doute déshonoré l’esprit humain, mais qui avait cependant une racine vraie comme toutes les croyances générales », prouvent que « l’esprit prophétique est naturel à l’homme et ne cessera de s’agiter dans le monde... » Jamais il n’y eut (selon Machiavel) de grands événements qui n’aient été prédits de quelque manière. La Révolution française a été « prédite de tous côtés et de la manière la plus incontestable. » La fameuse églogue de Virgile annonçait le Messie, que son siècle entier pressentait quand il parlait de l’Auguste Mère du mystérieux enfant, de la grande année, du siècle d’or et de la chaste Lucine. Et notre siècle même, agité lui aussi de l’esprit prophétique, ne pressent-il pas la prochaine « effusion de l’esprit » [25].

Comment se justifie une pareille faculté ? Quels sont les caractères de l’intuition prophétique ? La relativité du Temps est sa raison profonde. La réintégration de l’homme ne sera parfaite que le jour où l’archange apocal révélation Le terme de révélation doit être réservé précisément à la communication d’une connaissance que l’intelligence humaine ne pouvait pas atteindre à partir de l’expérience. (Claude Tresmontant) yptique proclamera solennellement : » Il n’y a plus de : Temps » ; « grande énigme » sans doute, mais profonde vérité. L’homme « n’est pas fait pour le temps. ». S’il lui est actuellement assujetti,, il lui est néanmoins par nature étranger ; et cela « au. point que l’idée même du bonheur éternel jointe à celle du temps le fatigue et l’effraie. » Le temps est « quelque chose de forcé qui ne demande qu’à finir. »

Le prophète c’est l’homme qui jouit « du privilège de sortir du temps ; ses idées n’étant plus distribuées dans la durée, se touchent en vertu de la simple analogie analogia
analogie
analogy
analogía
et se confondent. » D’où le désordre apparent du discours prophétique. Les événements se juxtaposent dans la vision intuitive. David méditant sur le Juste persécuté « sort tout à coup du temps » et contemple d’avance le spectacle du Calvaire. Les prophètes bibliques parlent souvent à la fois du modèle et du type, de la préfigure et de la réalisation. « Le Sauveur lui-même se soumit à cet état lorsque, livré volontairement à l’esprit prophétique, les idées analogues de grands désastres, séparés du temps, le conduisirent à mêler la destruction, de Jérusalem à celle du monde. »

C’est pour la même raison que « l’état du sommeil fut toujours jugé, favorable aux communications divines » ; car « dans nos songes, jamais nous- n’avons l’idée de temps. » Persuadée de ce fait, l’antiquité [26] estimait que la connaissance du futur était communiquée aux hommes en songe par les esprits de l’air (explication où Maistre retrouvait « la pure doctrine de Pythagore et de saint Paul [27] ») ou bien que l’esprit humain était capable de prévoir par ses propres forces certaines choses à venir, « en vertu de sa parenté avec, la nature divine [28]. »


Voir en ligne : Théosophie


[1Saint-Martin, dans les Erreurs (p. 70) : « Si l’ignorance et l’obscurité où nous sommes sur ces points importants ne sont pas de l’essence de l’homme mais l’effet naturel de ses écarts, si ces connaissances étaient son apanage avant sa chute, elles ne sont point absolument perdues pour lui ; malgré l’état d’obscurité où il languit, l’homme peut toujours espérer d’apercevoir la vérité. »

[2Cf. Lettres inédites de Willermoz à Maistre ; dossier Illuminés. Cf. ci-dessus, 1er part., chap. II.

[3Principe générateur, XV, note 3.

[4Soirées, 10e entr. « Divina cognitio non est inquisitiva.... non per ratiocinationem causata, sed immaterialis cognitio rerum absque discursu, » dit saint Thomas.

[5« J’accorde à la raison ce que je lui dois. L’homme ne l’a reçue que pour s’en servir... Toutefois, ne comptons point exclusivement sur une lumière trop sujette à se trouver éclipsée par ces ténèbres du cœur (c’est-à-dire les préjugés et les passions. — Ou remarquera l’analogie entre cette phrase et celle de Willermoz), toujours prête à s’élever entre la vérité et nous. » Soirées, 3e entr. « La raison est bonne sans doute, mais il s’en faut que tout doive se régler par la raison. » Ibid., 10e entr. « Je n’entends point insulter la raison. Je la respecte infiniment malgré tout le mal qu’elle nous a fait, mais... » Ibid., 4e entr. Ces trois propos sont tenus respectivement par le Comte, le Chevalier et le Sénateur.

[6Ibid. Notons qu’à l’innéité des idées correspond l’innéité ou plutôt la spontanéité des langues. Le langage, donné à l’homme par une sorte de révélation ou d’intuition, évolue naturellement comme une chose vivante. Cf. ci-dessous, IIIe partie, ch. II et IVe partie, ch. II). Rien n’est inventé, voulu, à priori, en lui. Les mots ne sont pas des signes arbitraires. Il n’y a pas de mot sans idée, ni d’idée sans expression. Soirées, 2e entr. ; Principe générateur, § 47 et suiv.

[7Ibid., 1e entr. Les applications que le sénateur en fait dans un court passage de cet entretien ne sont en effet pas toutes également heureuses ; mais, contenu dans de justes limites, l’argument du sens commun n’en est pas moins intéressant et caractéristique. Cf. aussi Délais de la Justice divine, note XX.

[8Cf. dans Le Procès de l’Intelligence (Paris, 1922, in-8), l’étude serrée et si suggestive de M. Maurice Blondel ; et dans l’Inquiétude religieuse, (Paris, 1903, in-12), de M. Henri Brémond, le perspicace chapitre sur « M. Brunetière et l’irrationnel de la foi ».

[9De même, selon Richard de Saint-Victor, la méditation intuitive ne fait pas seulement appel à l’intelligence mais réclame la purification morale. C’est avec toute son âme, dit Platon, que l’homme se dirige vers la vérité. Maistre considère l’homme ds bien comme guidé par une « conscience intellectuelle » qui l’avertit en certains cas de la vérité et de l’erreur. « La droiture du cœur et la pureté habituelle de l’intention peuvent avoir des influences secrètes et des résultats qui s’étendent bien plus loin qu’on ne l’imagine communément. » Soirées, 1e entr.

[10Cf. L. Ruy. Le procès de l’intelligence, op. cit., p. 194.

[1131 juillet (12 août) 1815, OE. C, t. XIII. p. 121-125.

[12Principe générateur, XV, note 3. Et aussi : « Un théologien philosophe a dit avec beaucoup de vérité et de finesse : Il y a bien de la différence entre croire et juger qu’il faut croire. »

[13Nuit obscure de l’âme, cantique préliminaire.

[14Montée au Carmel, livre 1, chap. XIII.

[15L’oraison de quiétude précède l’oraison d’abandon couronnée par l’oraison d’union. M. l’abbé Pourrat, (La spiritualité chrétienne, t. II (le moyen âge), Paris, 1921), expose clairement les diverses directions mystiques de cette époque, tendances incarnées particulièrement dans les différents ordres religieux. L’école dominicaine est généralement plus intellectualiste que les précédentes. L’Imitation dont Maistre appelle l’auteur « le plus simple, le plus pieux, le plus humble, et pour des raisons le plus pénétrant des écrivains ascétiques » (Soirées, 1e entr.) représente une réaction contre la tendance trop spéculative.

[16Pour Saint-Martin de même, le sensible extérieur précède la couronne, signe de notre royauté, possession parfaite de la Présence vivifiante, source de vie dont il analyse minutieusement les cas tant authentiques qu’apocryphes. On discute parfois si la contemplation mystique passive (en mettant à part les dons extraordinaires tels que les extases pendant lesquels la vie des sens est suspendue, les lévitations et les paroles intérieures) est le terme normal de la vie intérieure et l’épanouissement normal des dons du Saint-Esprit, ou une grâce extraordinaire en soi et exceptionnelle par nature. Mgr Farge par exemple se rallie à cette seconde thèse. Le P. Garrigou-Lagrange au contraire et le chanoine Saudreau s’appuient sur saint Thomas, saint Jean de la Croix et sainte Thérèse pour soutenir la première.

[17Malter, op. cit., p. 360.

[18Qui sont précisément ce qu’on reproche parfois au spiritisme contemporain.

[19Cf. entre autres : de Montmorand, Psychologie des mystiques catholiques orthodoxes. Cf. ci-dessous, IIe part., ch. V.

[20Soirées, note 2 du 10e entre. Cf ci-dessous, IIe partie, ch Ier.

[21Soirées, 10e entr. Sur les manifestations prophétiques, glossolaliques, etc. qui se produisaient dans les agapes des premiers chrétiens, voir par exemple Mgr Duchesne, Histoire de l’Eglise, t. I.

[22Soirées, note 15 du 10e entr.

[23Mémoire inédit à Brunswick.

[24Mélanges B (inédits), p. 550, 17 mai 1799. Cf. Deutéronome, XIII, 3 ; - saint-Paul, ad Tit., I, 12.

[25Ibid. Maistre réunit dans ses notes toutes sortes de références aux traditions prophétiques des différents peuples : Mexicains, Grecs, Romains, Chinois...

[26Ibid., et 7e entr. Il cite Posidonius et Cicéron.

[27Selon Pythagore, l’espace est rempli d’esprits errants. Selon Plutarque il y a dans l’air « des natures grandes et puissantes, au demeurant malignes et mal accointables ». Saint-Paul, dit Maistre, avait consacré cette antique croyance, en parlant (Ephés., II, 2) du « Prince des puissances de l’air » qui exerce sa domination sur ceux qui ne s’en délivrent pas avec l’aide du flls de Dieu.

[28Soirées. 11e entr., note 4. Remarquons en terminant ce chapitre que Maistre esquisse aussi (6e et 7e entr. des Soirées) une théorie de l’inconscient qui se réfère on le voit à celle de l’intuition et à celle de l’extase. Il déclare avec Locke que le mouvement est au corps ce que la pensée est à l’esprit. Mais la matière, dans la réalité n’est jamais en repos, bien que dans l’absolu elle semble indifférente à toute direction. L’esprit ne cessera jamais de penser. De même qu’il y a un mouvement relatif et un mouvemeut absolu, « pourquoi n’y aurait-il pas une pensée relative et une pensée absolue ? relative quand l’homme se trouve en relation avec les objets sensibles, absolue lorsque cette communication étant suspendue par le sommeil ou par d’autres causes non régulières, la pensée n’est plus emportée que par le mobile supérieur qui emporte tout. » De même qu’il est passible d’être mu avec la terre sans le savoir, on peut aussi penser inconsciemment « avec le mobile supérieur. » Dans le sommeil nous n’avons pas conscience de la continuation des fonctions vitales du corps ni de celles de l’esprit ; l’homme peut sans s’en rendre compte penser et même apprendre. Pendant la nuit, le principe intelligent n’a aucune conscience de ce qui se passe en lui, ou du moins il ne lui en reste aucune mémoire. Maistre fait même discrètement allusion, dans la 12e des notes du 7e entr., et par le truchement d’un hymne de Racine, aux jeux scabreux et complexes du subconscient dans les songes, « dangereux ennemis par la nuit enfantés. »