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La Voie de la Science divine

William Law : Extraits sur l’âme

lundi 1er décembre 2008

La Voie de la Science divine ou développement des principes et des bases fondamentales de cette science, indépendant de toute opinion et de tout système particulier

Que j’ai de joie, cher Silvestre, du compte que vous venez de me rendre de ce qui se passe au-dedans de vous ; c’était là précisément cette faim et cette soif que je désirais exciter en votre âme ; c’est en effet un feu de Dieu qui s’y est allumé, c’est le jour de l’éternité qui a commencé à y poindre ; c’est le gage de votre rédemption ; c’est la résurrection de la vie divine au-dedans de vous, et la racine de la foi toute puissante, qui ont commencé à s’y manifester ; c’est enfin ce qui vous fera retrouver tout ce que vous avez perdu. Ah ! livrez-vous de plus en plus dans le fond de votre être à cette opération céleste de l’esprit de Dieu, et détournez-vous avec soin de tout ce qui pourrait la contrarier ! Souvenez-vous que c’est au-dedans de vous qu’est cet ange de Dieu qui mourut dans le paradis, ou plutôt qui fut caché pour un temps pour vous, comme si réellement il n’était pas. Oui, quelque corrompue que soit la nature humaine, il est pourtant certain qu’il se trouve dans l’âme de chaque homme le principe du feu de la lumière et de l’amour de Dieu ; à la vérité il n’y est qu’en germe, comme une semence imperceptible, sans action et sans mouvement, jusqu’au moment où l’esprit divin, par les moyens divers qu’il choisit dans sa sagesse, vient le réactionner et le rappeler à la vie. La Voie de la Science divine PREMIER DIALOGUE THÉOPHILE

Toute vertu qui n’appartient qu’à la vie terrestre n’est qu’une vertu artificielle ; c’est une invention humaine, un mode de conduite déterminé par la règle, l’usage ou l’éducation, qui ne saurait franchir les limites posées par la raison humaine et les intérêts de la chair et du sang ; et comment les vertus de cet ordre pourraient-elles communiquer avec Dieu et avec le ciel, puisque leur source ne remonte point jusqu’à eux, qu’elles n’en sont point nées, et qu’elles ont leur origine dans une circonscription de vie inférieure séparée de Dieu, qui peut tout au plus donner naissance à des formes extérieures de civilité, qu’on ne saurait placer beaucoup au-dessus de la tournure, plus ou moins élégante, que peut nous donner un maître de danse. Celui-là seul, dans l’âme de qui vit et opère l’esprit de Dieu, possède la bonté réelle, celle qui nous est absolument nécessaire et sans laquelle nous n’atteindrons jamais le but de notre création ; car dans toute l’éternité il n’y a jamais eu et ne pourra jamais y avoir de bonté céleste, dans quelque créature que ce soit, que la bonté qui est le produit de la vie et de l’esprit de Dieu et de son Verbe, parlant, vivant et respirant en elle. La Voie de la Science divine PREMIER DIALOGUE ANDRÉ

Voyez cet anatomiste qui dissèque avec tant d’habileté le corps humain, qui peut dire le nom, la nature et les fonctions de toutes ses parties, et démontrer comment elles sont toutes combinées et harmonisées entre elles de manière à produire la vie, la force et le mouvement ; avec toute sa science, il ne peut communiquer la vie à ce même corps devenu cadavre ; eh bien, il n’est pas au pouvoir de la raison humaine de la communiquer à notre être moral, qui est un vrai cadavre spirituel, et ses facultés ne s’étendent pas au-delà de celles de l’anatomiste ; elle peut, à la vérité, disséquer et analyser un système mort de morale, en distinguer toutes les parties ; elle peut indiquer les noms, la nature, les différences, les analogies de toute espèce de maux et de biens, mais cette raison humaine ne peut pas plus pour l’âme privée de la bonté céleste, qui est véritablement son esprit vital, que l’anatomiste pour le corps qui est privé de vie. La Voie de la Science divine PREMIER DIALOGUE ANDRÉ

N’est-il pas étonnant que des savants comme vous parviennent si difficilement à sentir et à reconnaître cette vérité palpable, savoir que la bonté doit être un principe vivant dans nous ; et que, dans votre aveuglement, vous contentant des vains sons de vos langages divers, vous soyez aussi satisfaits de la description d’un système de religion naturelle, ou d’un livre d’axiomes, de maximes et de corollaires logiquement déduits, que si vous aviez réellement trouvé l’arbre de vie. Et dans le fait, pourtant, tout cela est aussi vain pour l’âme que le serait la lecture d’un traité sur les fonctions du coeur, du foie et des poumons pour rendre la vie à un cadavre ; et l’art de raisonner ne peut pas plus produire dans l’âme cette bonté réelle, qui seule est sa véritable vie, qu’un discours d’anatomie, prononcé sur un corps mort, n’est capable de lui communiquer la vie. La Voie de la Science divine PREMIER DIALOGUE ANDRÉ

Venez à moi, vous tous qui êtes fatigués et pesamment chargé,s et je vous soulagerai. Combien est faible et incertain le sens de ces paroles pour celui qui ignore que l’homme a perdu la vie divine pour laquelle il avait été créé, et qu’il est tombé dans un monde qui n’est que peine, fatigue et misère ; mais au contraire pour celui qui est convaincu de cette vérité, combien est profond et consolant le sens que lui présentent ces paroles. Il entend le Seigneur lui dire partout, quoique sous des formes et par des expressions différentes, je ressusciterai pour vous cette vie de gloire et de bonheur que vous avez perdue. Pourquoi Christ dit-il : " Bienheureux ceux qui sont affligés, parce qu’ils seront consolés ", si ce n’est parce que celui qui est troublé par le sentiment de la corruption, de la vanité et de l’impureté de la vie terrestre, dans laquelle il est tombé, est tout prêt à recevoir au-dedans de lui la consolation de la vie divine. Bienheureux sont ceux qui ont faim et soif de la justice, parce qu’ils seront satisfaits. Comme ces paroles sont claires et pleines de sens pour celui qui sait que Jésus-Christ est notre justice, c’est-à-dire que notre âme ne peut recouvrer la vie divine que nous avons perdue qu’autant qu’elle vit de la vie juste de Christ. Ainsi, l’unique moyen de parvenir à être rempli de cette vie divine, c’est d’avoir continuellement faim et soif de cette justice. Si quelqu’un a soif, qu’il vienne à moi et je lui donnerai à boire, et de son sein jailliront dans l’éternité des sources d’eau vive. Que feront de ces passages les savants critiques en grec et en latin ? Ils chercheront tout au plus les moyens d’excuser un langage si étrange ; mais si celui qui lira ces paroles sait que lui et tout le genre humain sont morts à la vie divine, il goûtera d’avance la félicité qu’elles lui promettent ; il aimera des sons qui annoncent à son âme que les jouissances de la vie céleste doivent un jour l’inonder. Je vous conjure, dit l’Apôtre, comme étrangers et voyageurs, de vous abstenir des convoitises de la chair qui font la guerre à l’âme, etc... Le docte critique, pour pouvoir donner quelque sens à la phrase de l’Apôtre, parcourra nombre d’auteurs grecs et latins pour voir les différentes manières dont ils ont employé ces mots d’étrangers et de voyageurs ; mais le chrétien qui sait que l’homme a émigré du Paradis, que par les droits de son origine, il est vrai, il appartient au Royaume céleste, mais qu’il est tombé dans un monde où l’esprit astral élémentaire le retient captif, et où il est exposé au milieu des bêtes des champs, à la fatigue, à la souffrance, à la maladie, à la faim, à la soif et aux intempéries de l’air ; dans lequel enfin, les esprits mauvais, comme des lions rugissants, cherchent sans cesse à le dévorer, ce vrai chrétien, dis-je, sait assez combien il est vrai et réel que l’homme sur cette terre n’est qu’un pauvre étranger et un misérable voyageur. L’Évangile, dit Jésus-Christ, est prêché aux pauvres ; ici le critique n’envisagera que les diverses manières dont on peut être pauvre par la privation des choses de ce monde, mais le chrétien qui sait que l’homme n’est réellement pauvre que parce qu’il a perdu les richesses et les grandeurs de la vie véritable, comprend que c’est à ce pauvre qu’est prêché l’Évangile, et que celui-là seul est capable de l’écouter et de le recevoir, qui a véritablement le sentiment de sa pauvreté. Quant à celui qui n’a pas le sentiment de sa dégradation, les promesses de l’Évangile ne sont pour lui que des contes de fées, et la croix de Jésus-Christ ne lui est que pierre d’achoppement et folie, qu’il soit chrétien, juif ou grec. C’est ainsi que toutes les paroles et tous les enseignements de Christ et de ses Apôtres sont pleins de consolation et renferment un sens sublime et divin pour celui qui croit que l’homme est mort à la vie divine conséquemment à sa chute et à sa dégradation, tandis qu’ils ne sont que des mots vides de sens, pour ceux qui sont convaincus du contraire. La Voie de la Science divine PREMIER DIALOGUE SILVESTRE

Nous voilà donc d’accord sur ce point important, savoir que c’est la chute de l’homme dans la vie de ce monde qui a donné lieu à sa rédemption, et qu’elle consiste entièrement en une naissance réelle de la vie de Christ dans l’âme. Il ne me reste plus, maintenant, cher Silvestre, qu’à vous demander comment vous vous y prendriez pour convaincre quelqu’un de son état de dégradation. La Voie de la Science divine PREMIER DIALOGUE THÉOPHILE

Les animaux n’ignorent rien de ce qui est relatif à leur existence, et ils ont la connaissance sensible et intuitive de tout ce qui est nécessaire au bien de leur être, tandis que l’homme, qui a la raison en partage, est en proie à l’ignorance, au doute, à la conjecture, à l’incertitude sur les sujets de la plus grande importance, relativement à ce qu’il est lui-même, à ce qui constitue son véritable bien et aux moyens de l’obtenir. Demander à notre raison de nous apprendre comment Dieu est notre Dieu, comment nous sommes en lui et de lui, ce qu’il est en lui-même et ce qu’il est en nous, c’est demander à nos mains matérielles de distinguer par leur tact la densité ou la rareté de la lumière. Lui demander de nous apprendre si l’âme de l’homme est immortelle par sa propre nature nous avancera tout autant que si nous demandions à nos yeux de nous montrer où commence l’étendue et où elle finit ; enfin la raison est aussi peu capable de nous enseigner s’il y a en nous quelque chose de Dieu et de la nature divine que l’est notre odorat de distinguer s’il existe une vertu céleste dans les odeurs et les parfums aromatiques qu’exhalent les fleurs d’un jardin. La Voie de la Science divine PREMIER DIALOGUE SILVESTRE

Bien plus, non seulement la raison est incapable d’aider l’homme à recouvrer la connaissance dont il a besoin, mais encore elle ne fait au contraire qu’augmenter son ignorance, multiplier ses doutes et lui faire enfanter de nouvelles fictions et de nouvelles absurdités. Et comment cela pourrait-il être autrement, puisqu’aussi longtemps que la raison est l’oracle de l’homme, il marche nécessairement dans la vanité à la lueur des ténèbres. Aucun être ne peut, par la force seule de la raison humaine, trouver sa véritable loi, agir d’une manière harmonique avec la nature de son être, ou répondre au but de sa création ; la raison, n’étant point la vie, la puissance ou le centre de la nature, ne peut pas plus agir sur elle en réalité que sur les principes de la végétation dans tous les corps de cet Univers. Celui qui prétendrait avoir recours à sa raison comme au véritable principe de force et de lumière de sa nature montrerait la même ignorance du véritable emploi et de la véritable nature de la raison qu’en découvrirait, à l’égard des fonctions respectives des organes de son corps, celui qui voudrait sentir avec ses yeux et voir avec son nez. En effet, de même que chacun de ces sens ont leur emploi et leur faculté propre, qu’ils ne peuvent ni changer ni outrepasser, ainsi la raison a également son emploi fixe et ses limites ; elle est bornée à observer les choses qui lui sont manifestées par le moyen des sens, c’est là sa fonction unique, comme celle de l’oeil est bornée à voir les objets extérieurs. Ainsi donc, dès que la raison prend sur elle de traiter des choses qui ne lui sont point manifestées par les sens, comme par exemple de discuter sur la naissance nouvelle, sur la lumière et la foi divines, ou de juger de quelle manière l’âme a besoin de Dieu, etc..., elle sort autant des bornes de ses fonctions véritables que l’oeil qui prétendrait flairer ; et, dans cette aberration, elle ne peut être appelée et n’est plus en effet que fantaisie, caprice, conjecture, opinion, imagination ou telle autre affection aveugle qu’il vous plaira. La Voie de la Science divine PREMIER DIALOGUE SILVESTRE

En effet, ce salut, qui est la dispensation de la miséricorde de Dieu envers les hommes déchus, doit être de nature à convenir à tous, et tous les individus qui participent à la chute doivent avoir également au-dedans d’eux quelque chose qui les porte à se tourner vers ce salut. C’est la chute de l’homme qui a donné occasion à cette dispensation miséricordieuse, et c’est le sentiment de cette même chute qui doit nous porter à avoir recours à elle, et nous l’embrassons dans la proportion que le besoin s’en fait sentir à nous avec plus ou moins de force ; ainsi donc, la manifestation de ce salut ou de cette miséricorde envers l’homme ne saurait être d’une nature analogue seulement à l’érudition d’un grand historien, ou d’un critique habile en racines hébraïques et en phrases grecques, mais elle doit être au contraire appropriée à l’état et à la condition générale de tous les enfants d’Adam ; de même, en effet, que la chute a son principe dans la nature humaine, la vertu réparatrice doit aussi y avoir le sien, et son opération dans nous ne peut pas être le fruit de l’art, mais uniquement celui de la loi même qui constitue la nature de notre être. Aussi ce qui nous place sur le chemin de la rédemption chrétienne, c’est le sentiment de la vanité et de la misère de ce monde, c’est l’élévation de notre coeur vers Dieu par la foi et par l’espérance, pour le prier de nous faire arriver à une meilleure existence, et c’est dans ce sentiment qui n’est étranger à aucun homme que consiste le salut véritable ; dès qu’il a commencé à être excité dans l’âme, la miséricorde de Dieu et la misère de l’homme se sont rencontrées et la chute et la rédemption se sont embrassées réciproquement. Voilà ce christianisme qui est aussi ancien que la chute, celui qui seul a sauvé le premier homme, et qui peut seul sauver le dernier ; voilà l’accomplissement de toute la Loi et les Prophètes, car ils n’eurent jamais d’autre but que celui de détourner l’homme des convoitises de cette vie pour lui en faire envisager une meilleure par la foi, le désir et l’espérance. Ainsi la rédemption chrétienne, considérée par rapport à l’homme, est également à la portée de tous les individus du genre humain, et elle se manifeste à tous d’une manière aussi simple et aussi claire que le sentiment de leurs propres misères ; et tous sont dans le cas de la désirer par un mouvement aussi naturel et aussi spontané que celui par lequel ils aspirent à être délivrés des maux qui les accablent. La Voie de la Science divine PREMIER DIALOGUE SILVESTRE

Le Saint-Esprit descendit en forme de langues de feu sur les têtes de ceux qui étaient destinés à commencer la prédication et la manifestation des pouvoirs de la vie divine parmi les hommes, et ce fut cette révélation extérieure qui constitua la nature particulière de cette nouvelle dispensation de Christianisme de l’Évangile et la distinguèrent de toutes les autres ; aussi, dès ce moment, les Apôtres furent des hommes nouveaux, ils entrèrent dans un nouveau royaume descendu du ciel, ils se trouvèrent illuminés d’une manière nouvelle, enflammés d’un nouvel amour et ils prêchèrent, non une chose absente ou éloignée, mais Jésus-Christ, la sagesse et le pouvoir de Dieu, vivant et opérant dans eux, et tout prêt à se communiquer de la même manière, par une naissance nouvelle d’en-haut, à tous ceux qui se repentiraient et croiraient au nom de Christ. C’est à ce changement de leur nature, de leur vie et de leur esprit, à cette délivrance certaine de la puissance du péché et à la possession des dons et des grâces de la vie céleste que furent dès lors appelés les hommes comme au véritable Christianisme. Ceux dont la mission fut de l’annoncer ne lui rendirent point témoignage comme à une chose historique, mais ils la manifestèrent comme étant la puissance du salut, le renouvellement de la nature, une naissance véritable du ciel et une sanctification par cet esprit qu’ils avaient reçu. C’est alors que le Christianisme de l’Évangile reposa sur sa véritable base et qu’il se montra ce qu’il est réellement, je veux dire l’explosion de la vie divine dans l’homme et parmi les hommes ; aussi était-il alors à lui-même sa propre preuve, et il n’en appelait qu’à ses juges compétents, c’est-à-dire au coeur et à la conscience des hommes dont l’âme froissée était préparée à recevoir cette offre d’une vie nouvelle. Nous voyons en conséquence qu’elle fut accueillie avec empressement par la foule des pécheurs qui sentaient tout le poids de leur misère, tandis que le sévère pharisien, le prêtre orthodoxe et le païen raisonneur, quoique ennemis les uns des autres et également fiers de leurs distinctions respectives, s’accordèrent pour rejeter et abhorrer ce Sauveur spirituel qui venait les délivrer des ténèbres de leur vie charnelle, terrestre, et de la vanité de leurs vertus propres et égoïstes. La Voie de la Science divine PREMIER DIALOGUE THÉOPHILE

Mais la lumière et la vie ne dépendent point de mots ou de phrases, elles ne se manifestent que par une naissance véritable. Or s’il serait ridicule de prétendre qu’il fallût qu’un aveugle-né apprît la grammaire ou la logique pour devenir capable de recevoir la lumière du soleil et de distinguer les couleurs, il ne le serait pas moins de penser que l’érudition en mots grecs et hébreux pût produire dans l’âme la lumière céleste et divine. Si vous croyez, Docteur, pouvoir présenter le sujet sous un point de vue plus juste et plus clair, je suis tout prêt à vous écouter. La Voie de la Science divine SECOND DIALOGUE THÉOPHILE

Pour être un philosophe selon la Science Divine, il faut être un véritable chrétien. Le royaume de Dieu est seul lumière et vérité ; partout ailleurs il n’y a que ténèbres et illusions, mais l’homme ne peut entrer dans ce pays des réalités qu’autant qu’il naît de nouveau de cette semence de l’homme céleste qui est au-dedans de lui, et que notre Divin Maître appelle le Royaume des cieux, parce qu’elle appartient à la nature céleste, comme la semence de l’homme terrestre appartient à la nature terrestre. Certainement, l’homme ayant été créé pour la lumière, afin que dans elle et par elle il vécût, entendît, goûtât, sentît et jouît de toutes choses, il ne peut plus sortir du gouffre ténébreux dans lequel l’a précipité sa malheureuse prévarication, et atteindre, par conséquent, ce but sublime, qu’autant que cette lumière et cette vérité viennent elles-mêmes rallumer dans le germe de l’homme divin, qui est pour lui comme mort, l’étincelle de la vie ; c’est cette vérité qui vient nous mettre en liberté ; c’est elle qui seule est le centre de repos de l’âme, sa réconciliation et sa paix avec Dieu ; aussi, jusqu’à ce qu’elle soit arrivée à cette vérité pour laquelle Dieu la créa au commencement, il ne peut y avoir pour elle qu’une suite d’inquiétudes angoisseuses ou une succession d’illusions mensongères. C’est pourquoi celui qui est lui-même la Vérité a dit : Apprenez de moi, car je suis doux et humble de coeur, et vous trouverez le repos de vos âmes. La Voie de la Science divine SECOND DIALOGUE THÉOPHILE

Je viens, Docteur, de vous placer en face de la base la plus importante du Grand Mystère de toutes choses ; et si vous la saisissez véritablement par le centre de votre être, tout le jargon de la fausse philosophie, tout l’édifice d’opinions et de disputes bâti par la raison humaine, sur la lettre de la parole de Dieu, doit disparaître devant vous comme l’illusion d’un vain songe : cet édifice ne peut avoir de réalité, puisqu’il n’est point fondé sur la nature ; et celle-ci continue d’opérer son oeuvre par la vertu qui est en elle, et ne cesse de produire toutes ses créatures par sa vie opérante, indépendamment de tout système idéal. Tout gît dans la volonté et dans le désir opérant de l’âme ; et comme cette volonté et ce désir sont la base et le mobile de son action, ce n’est que par leur opération que sa vie peut se développer et s’entretenir. Maintenant vous devez comprendre ce que signifient ces expressions de notre auteur : tout est magique, et ce magisme est la mère qui engendre toutes choses ; conséquemment, lui seul peut ouvrir la porte de l’entendement divin, ce qui veut dire que, soit dans Dieu, soit dans sa créature, la volonté est la racine première de toutes choses ; que c’est elle qui est la puissance génératrice opérante, qui détermine le mode et la manière d’être de tout ce qui est ; que toutes choses ont leur commencement, leur progression et leur terme dans l’opération de cette volonté ; qu’elles ne peuvent que ce qu’opère leur volonté, et qu’ainsi dans le temps aussi bien que dans l’éternité, tout est magique et que le magisme est la mère de toutes choses. La Voie de la Science divine SECOND DIALOGUE THÉOPHILE

Vous pouvez maintenant reconnaître clairement ce qui distingue en réalité la vraie religion de la fausse. Car, si la volonté seule peut opérer dans la nature, il s’ensuit que dans la religion tout ce qui n’est pas opéré par la volonté n’est qu’une vaine apparence, et que rien ne peut contribuer à sauver l’homme ou à racheter la vie de son âme que ce qui naît de sa volonté à se diriger vers Dieu et à opérer en vue de lui. Voilà pourquoi notre auteur répète si souvent à ses lecteurs " qu’ils ne sont délivrés de Babel que lorsqu’ils sentent et découvrent en eux cette naissance magique des choses, et non point en courant d’un lieu à un autre, en adoptant tel ou tel système ; qu’ils ne peuvent arriver à la réalité qu’en abandonnant intérieurement toute l’activité opérante de l’être propre terrestre, en laissant écrouler tous les châteaux de cartes de la raison naturelle, et en se retournant vers le Dieu unique de toute la force de leur volonté et avec tout le désir de leur coeur. " C’est là en effet l’unique voie par laquelle nous pouvons sortir de notre propre Babel d’opinions vaines, pour entrer dans la vérité et la réalité de la Nature Éternelle, qui seule nous manifeste le Dieu vivant ; non par des notions idéales, mais en opérant d’une manière vivante dans l’âme, où ce Dieu est alors adoré en esprit et en réalité. La Voie de la Science divine SECOND DIALOGUE THÉOPHILE

J’ai dit dans la vérité et la réalité de la nature parce que rien n’est vrai que ce qui est dans la nature ; tout ce qui n’opère pas avec elle (je veux dire la Nature Éternelle) appartient à Babel. Or la Naturelle Éternelle étant la manifestation du Dieu immuable, elle doit être également immuable dans sa loi et dans son oeuvre, puisqu’elle n’a rien en elle qui n’appartienne à ce Dieu immuable, et qui ne soit en lui. Ainsi Dieu ne peut être manifesté dans aucune créature ni opérer en elle que de la même manière qu’il est manifesté et qu’il opère dans la Nature Éternelle ; et c’est en vain qu’une créature travaille, toutes les fois qu’elle ne le fait pas selon les lois de la Nature Éternelle et qu’elle ne coopère pas avec elle. Jamais Dieu n’a pu être trouvé et jamais il ne le sera que dans son propre ciel, qui est la Nature Éternelle ; aussi, l’âme seule qui se tient devant lui, par une disposition de volonté analogue à la loi de la Nature Éternelle, peut trouver Dieu et entrer dans sa communication. En un mot, tout ce qui n’est pas opéré par la volonté n’est qu’illusion et qu’une Babel, puisque la volonté seule peut opérer dans la nature, et que toute vie et toute nature, soit éternelle, soit temporelle, ne sont ce qu’elles sont qu’uniquement par l’opération de la volonté. Cette naissance magique est la base de toutes les choses qui sont dans le ciel et sur la terre ; et aucun être ne peut changer sa manière d’être, soit pour l’améliorer soit pour la détériorer, que par le changement de l’opération de sa volonté. La Voie de la Science divine SECOND DIALOGUE THÉOPHILE

La parole de Dieu qui rachète l’âme, qui la sauve et qui lui donne la vie n’est point cette parole imprimée sur du papier ; mais c’est la parole éternelle, vivante, incessamment parlante, qui est ce Fils de Dieu, qui était avec Dieu dès le commencement ; et qui est elle-même ce Dieu par qui toutes choses ont été faites. C’est cette parole qui enseigne et illumine tout ce qui est dans le ciel et sur la terre ; c’est elle qui depuis le commencement du temps jusqu’à sa fin, sans avoir égard à l’apparence des personnes, se tient à la porte du coeur de tout homme, lui parlant non des paroles humaines, mais celles de la bonté divine ; l’appelant et frappant à sa porte, non par un son extérieur, mais par la motion intérieure de la vie divine réveillée en lui. Saint Jean nous assure que cette parole éternelle est la vie des hommes, et la lumière qui éclaire tout homme venant au monde ; ainsi donc, celui qui est notre Sauveur, qui nous enseigne toute vérité et nous illumine, celui de qui seul viennent toutes les bonnes pensées, c’est Christ au-dedans de nous ; non point dans tel homme en particulier, mais dans tout homme en qui a commencé à poindre la lumière de la vie, quelque pays qu’il habite et dans quelle partie de l’Univers qu’il soit né. Et comment cela pourrait-il être autrement ? Si Dieu est le Dieu de tous les hommes, et la Parole de Dieu, la vie et la lumière de tous, si tous sont capables de bonté, que toute bonté vienne uniquement de Dieu et que l’homme n’en puisse posséder de réelle qu’autant qu’elle est devenue au-dedans de lui principe de vie, n’est-il pas évident que c’est dans ce Centre intérieur, et non pas ailleurs, que doit opérer la Parole ou le Christ de Dieu. Aussi tous les maîtres qui enseignent aux hommes à attendre la vie et le salut d’autres choses que de cette Parole et de cet Esprit vivant au-dedans d’eux sont coupables du sang et de la mort des âmes ; puisqu’il est de toute impossibilité, par la loi éternelle des choses, que rien puisse surmonter cette mort qui est dans l’âme, que la Parole ou le Christ de Dieu, vivant et opérant dans elle. Remarquez qu’il faut que l’homme soit bon de la même manière que Dieu est bon, c’est-à-dire que sa bonté soit le fruit de la nature divine, née et manifestée en lui ; c’est à cette nature seule qu’appartient la bonté, et elle seule en est capable, de sorte qu’il ne se peut trouver dans l’homme un degré de bonté réelle, qu’autant que la nature divine est devenue vivante et opérante en lui. Ainsi, nous ne pouvons posséder que la chose vers laquelle nous tendons par toute l’énergie de notre désir et de notre volonté. La Voie de la Science divine SECOND DIALOGUE THÉOPHILE

C’est ici où vous pouvez voir d’une manière plus complète la nécessité de l’esprit de prière et l’avantage ineffable qu’il nous procure ; comment en dépit de toutes les oppositions, il délivre l’âme déchue des misères de la chair et du sang, pour lui faire posséder les richesses de la nature céleste, devenue vivante en elle. Puisque donc toutes les choses qui sont dans le ciel ou sur la terre ont leur base dans une naissance magique, produite par l’opération de la volonté, il faut donc que celle-ci soit toute-puissante dans sa circonscription. Or il est évident que c’est elle qui unit tout dans le ciel et sur la terre ; et c’est elle également qui divise et sépare tout dans la nature ; elle fait le ciel, elle fait l’enfer ; il ne peut y avoir d’enfer que là où la volonté de la créature est tournée à l’opposé de Dieu ; et il ne peut non plus y avoir de ciel que là où la volonté de la créature est dirigée vers Dieu ; et qu’autant qu’elle opère avec lui. C’est le but auquel nous aspirons qui nous fait être ce que nous sommes ; et selon que l’esprit de notre volonté opère secrètement en nous, nous sommes ou engloutis dans la volonté du temps, ou introduits dans les trésors de l’Éternité. Aussi conçoit-on et exprime-t-on d’une manière juste et simple ce qu’est la véritable prière, lorsque l’on dit qu’elle est une opération de l’âme par laquelle elle tend à sortir de la vanité du temps, pour s’élever vers les richesses de l’Éternité. Pourquoi donc ne sommes-nous que vanité ? C’est parce que nous n’envisageons que les choses de ce monde, que nous n’aimons qu’elles, et que nous ne vivons que par elles et pour elles. Nous ne cesserons donc d’être ce que nous sommes que dans la proportion que nous nous dirigerons vers ce qui est vrai, et que notre vie se manifestera dans l’ordre réel, qui est le trésor de l’Éternité, et qu’il deviendra l’objet de notre désir et de notre amour. L’esprit de prière est la faim de l’âme ; or tout être mange ce dont il a faim, et sa vie est toujours en analogie avec la nature, le genre et l’essence, soit de sa faim, soit de sa nourriture : celui qui a faim de ce qui appartient à la chair et au sang ne mange que la chair et le sang, et la vie animale, seule, se développe en lui ; et il ne pourra moissonner de la chair que la corruption qui lui appartient. Celui au contraire qui a faim de Dieu mange la nourriture qui donne la vie aux anges ; il mange le pain qui est descendu du ciel, qui est véritablement le corps et le sang réels de Christ, qu’on peut bien nommer le trésor de l’Éternité ; et la vie divine se développe en lui, et il en moissonnera l’immortalité et le bonheur. La Voie de la Science divine SECOND DIALOGUE THÉOPHILE

Vous pouvez voir maintenant que l’âme est liée à une nature terrestre et à une nature céleste ; et qu’il faut nécessairement qu’elle opère avec l’une ou avec l’autre, et que ce qu’elle est et ce qu’elle a dépend absolument de son opération avec l’une ou avec l’autre. Aussi, pour connaître d’une manière non douteuse votre état présent et futur, ce que vous êtes et à quel ordre de choses vous appartenez, vous n’avez qu’à considérer le cercle de choses sur lequel vos yeux sont naturellement fixés, dans quel sens et pour quel but votre volonté opère. La Voie de la Science divine SECOND DIALOGUE THÉOPHILE

Quant à l’entière conformité du sens réel de ces expressions d’opération magique de la volonté avec l’esprit de l’Évangile, il m’est aisé de vous la montrer et de vous satisfaire. D’abord le fondateur de la Doctrine chrétienne, en déclarant formellement que le premier et l’unique fondement possible de la vie divine est une renaissance d’en-haut, n’établit-il pas clairement que c’est véritablement une opération magique, puisque produire par une naissance ou produire magiquement est exactement la même chose, et qu’il n’existe de différence que dans le son des mots ? Tous les développements successifs d’une vie chrétienne sont donc également une croissance réelle de vie, ou une véritable naissance magique, des vertus du Père, du Fils, et du Saint-Esprit, par l’opération de la volonté dans l’âme de l’homme, comme tout le développement de la plante, depuis son premier mouvement de végétation dans la semence, jusqu’au terme de sa croissance complète, n’est qu’un produit des vertus du soleil, des étoiles et des éléments, par l’opération de la volonté dans sa semence primitive. C’est à cette naissance intérieure que se rapporte uniquement tout l’extérieur de la religion, et tous les ministères, soit celui de planter, soit celui d’arroser, n’ont pour but que d’enseigner à l’homme la nécessité de cette renaissance, de l’aider à l’opérer, et de l’avertir que la mort éternelle est l’héritage et le fruit nécessaires de la volonté qui opère selon la chair et le sang. Tout homme qui imagine que la vie chrétienne puisse être autre chose qu’une naissance de Dieu en Dieu, se développant jusqu’à ce qu’elle parvienne au complément de la vie divine, et cela par une croissance aussi graduelle et aussi réelle que celle par laquelle la fleur parvient à son entier développement, est dans l’illusion et ne saurait rien trouver, soit dans l’Évangile, soit dans la nature qui puisse autoriser ou excuser son erreur. La Voie de la Science divine SECOND DIALOGUE THÉOPHILE

Permettez-moi d’ajouter que ces paroles de notre Sauveur : qu’il te soit fait selon ta foi, ainsi qu’une foule d’autres, non seulement développent parfaitement la vraie nature et le pouvoir de la foi, mais qu’elles montrent encore bien plus de vraie connaissance philosophique de la nature que tout ce qui avait jamais été dit auparavant à ce sujet. La philosophie de ce monde a toujours considéré en général la foi comme une chose spéculative, une simple croyance à un fait selon qu’il paraît plus ou moins probable. Mais la foi dont il s’agit, celle dont parle Notre Seigneur, à laquelle il attribue tant de pouvoir, qui seule est capable de faire réellement à l’homme du bien ou du mal, cette foi, dis-je, est d’une tout autre nature : elle peut seule nous faire un bien ou un mal réel, parce que c’est elle seule qui produit pour nous tout ce qui est bon et tout ce qui est mauvais, selon qu’est dirigée notre volonté. De même qu’elle a le pouvoir d’opérer toutes les merveilles, et de surmonter toute la force du monde, elle a également celui de procurer à l’âme la vie divine, et de l’introduire dans le ciel, ou bien de l’en chasser, et créer à sa place le royaume de l’enfer et de la mort. La Voie de la Science divine SECOND DIALOGUE SILVESTRE

On peut définir cette foi un pouvoir par lequel l’homme se livre lui-même à un objet, le désirant, le voulant, s’y attachant, et s’identifiant avec lui, de manière qu’il vit en lui et lui appartient complètement. Ainsi l’objet auquel l’âme se livre, celui dont elle a faim, qui fait tous ses délices, et avec lequel elle cherche à s’identifier, cet objet, dis-je, est celui dans lequel est uniquement sa foi, je veux dire cette foi qui a le pouvoir d’opérer la vie ou la mort, et qui le fait être ce qu’il est, et posséder ce qu’il a. La Voie de la Science divine SECOND DIALOGUE SILVESTRE

Le système établi par les déistes, qui fait de la raison et de la foi deux principes distincts de vie, l’un servant de base à celle des chrétiens, et l’autre à la leur propre, n’est par conséquent fondé que sur l’ignorance la plus complète de leur nature ; c’est la même chose que s’ils supposaient qu’il existât deux manières différentes de voir et d’odorer, je veux dire, la raison et les sens. Le déiste qui abandonne la foi pour n’admettre qu’une vie de raison se trouve aussi peu d’accord avec les lois de la nature qu’il le serait s’il prétendait voir et sentir par le pouvoir de la raison, tout en consentant que le chrétien voie et sente par les yeux et le nez. La raison n’est pas plus la puissance de la vie qu’elle n’est la puissance des sens ; elle n’est pas plus capable d’entrer dans la vie, de se mêler et de coopérer avec elle, qu’avec les sens, car elle est à l’égard de l’une et des autres dans une dépendance complète, et elle ne peut pas plus altérer, diminuer ou augmenter leur pouvoir naturel que l’oeil ou le nez ne peuvent altérer la végétation, la couleur et l’odeur de la plante qu’ils voient et sentent. Car l’action de la raison n’est, comme celle de l’oeil, que l’action de regarder un objet extérieur, et elle est aussi incapable de modifier ou altérer la vie de l’âme que de changer la vie et la végétation d’un corps terrestre. Cette parole : qu’il te soit fait selon ta foi, renferme la base immuable et la vraie philosophie de la vie et de ses pouvoirs ; et elle s’adresse, par conséquent, à tous les individus de la nature humaine, et le déiste pourrait tout aussi raisonnablement prétendre assigner la mort pour le lot des chrétiens, en se réservant à lui-même l’immortalité, que d’imaginer qu’il puisse être jamais autre chose que ce qu’est sa foi et ce qu’elle produit en lui et pour lui. Sans doute, il est le maître d’écarter de lui la foi chrétienne, mais il faut, qu’il le veuille ou non, que sa foi, quelle qu’elle soit, fasse tout dans lui et pour lui comme elle fait tout dans les chrétiens et pour les chrétiens. Qu’il déclame tant qu’il voudra contre la superstition et l’aveuglement de la foi chrétienne, qu’il vante au contraire autant qu’il lui plaira la beauté des axiomes, des syllogismes, et des corollaires de la raison humaine, sa vie n’en sera pas moins autant éloignée d’être une vie de raison que l’est celle du chrétien qui vit de la foi. Et comme l’oeil et le nez ont la même nature, les mêmes facultés, remplissent les mêmes fonctions chez tous les hommes, qu’ils soient déistes ou chrétiens, et que ni les uns ni les autres ne reçoivent ni plus ni moins de secours de ces organes, la raison et la foi ont la même nature, les mêmes pouvoirs, remplissent les mêmes fonctions et continueront toujours à les remplir également chez les uns et les autres. Or je suppose même que le déiste vint à passer dans le parti opposé, il ne serait pas pour cela plus ou moins homme de foi et de raison qu’il n’était auparavant ; seulement sa foi serait divine, au lieu d’être terrestre, sensuelle ; et sa raison ne changerait pas d’état, d’emploi et de faculté, elle deviendrait seulement la servante d’un meilleur maître, d’un homme de foi divine. La Voie de la Science divine SECOND DIALOGUE SILVESTRE

Dès lors, les anges déchus, trouvant dans leur propre circonscription une base et un moyen d’action, conservèrent un degré de puissance et purent agir par les hommes devenus plus ou moins leurs organes. En effet, l’âme de l’homme se trouvant privée de l’esprit et de la lumière célestes, le centre ténébreux de la nature et ses trois premières propriétés se trouvèrent manifestées en lui, comme elles l’étaient dans les anges déchus, et par ce moyen, ces derniers eurent accès en lui, et purent l’influer et le faire agir ; et c’est ainsi qu’il conservèrent, dans leur royaume, puissance et action, et qu’ils purent faire du premier fils de l’homme déchu un meurtrier. La Voie de la Science divine TROISIÈME DIALOGUE THÉOPHILE

Fixons un moment les vérités qui viennent d’être exposées en raccourci, et nous reconnaîtrons le siège, le fondement, la naissance et le développement de tout ce qui porte le nom de crime et de méchanceté. Ils consistent essentiellement en ces trois propriétés ténébreuses, égoïstes, colériques, infernales, par lesquelles veut et agit l’âme déchue : c’est là ce centre ténébreux de la nature, qui constitue toute la puissance propre des esprits pervers, et par lequel seul ils peuvent l’exercer dans nous. Aussi ne cesseront-ils d’habiter en nous en maîtres puissants que lorsque, résistant à ce principe infernal qui est en nous, nous serons entrés dans un principe de vie qui lui soit entièrement opposé. La Voie de la Science divine TROISIÈME DIALOGUE THÉOPHILE

Et déjà se manifeste d’une manière lumineuse et évidente la base fondamentale et l’absolue nécessité de cette Rédemption unique, qui est appelée, avec raison, la douceur et le sang célestes de l’Agneau : car ces paroles, dans leur vrai sens, n’expriment pas autre chose, sinon la transmutation des trois premières propriétés de la nature en ces trois dernières de vie, de lumière et d’amour célestes, par lesquelles la vie de Dieu est de nouveau manifestée dans l’âme. Souffrez donc qu’en peu de mots je vous conjure de vous détourner de tout ce qui appartient au principe colérique, comme vous fuiriez le plus horrible démon ; car c’est là son domaine, c’est là sa force, c’est lui-même au-dedans de vous. Soit que ce principe colérique se manifeste dans les éléments, dans les bêtes ou dans l’homme, il vient toujours de la même source ; il est produit par la même cause, je veux dire par l’action, ou l’explosion de ce centre ténébreux de la nature, que les anges pervers ont révélé par leur prévarication ; c’est lui qui est le principe de toute colère, de tout mouvement désordonné, de quelle manière qu’il se manifeste, soit dans l’homme, soit dans les bêtes, soit dans les éléments de ce monde. Tant que l’action de ce centre ne sera pas surmontée, qu’elle ne sera pas absorbée et comme engloutie par le principe céleste, comme nous voyons que la lumière du soleil engloutit les ténèbres de la nuit, il y aura du désordre et de la colère ; et les esprits pervers auront puissance et action, soit sur les êtres moraux, soit sur les êtres physiques, selon la mesure de l’explosion du centre ténébreux en eux. Avec quelle ardeur donc ne devons-nous pas nous pénétrer de tous les sentiments de douceur, d’amour et d’humilité ! Et ne devrions-nous pas les embrasser, avec le même empressement que nous mettrions à nous prosterner aux pieds du Sauveur, de Jésus-Christ, puisqu’ils sont, d’une manière essentielle, son royaume, sa réalité, sa puissance et sa vertu réparatrice en nous... Mais gardez-vous de vous engager dans aucune discussion, controverse ou dispute avec personne, soit qu’on vous attaque directement, ou que votre doctrine soit l’objet de l’animadversion ; souvenez-vous seulement que si vous appartenez réellement à Christ, si vous êtes uni à lui pour faire le bien avec lui, l’épée de colère de votre homme naturel doit être imperturbablement enfoncée dans son fourreau ; toute arme que vous présente la chair ténébreuse doit être mise de côté ; et vous ne devez opérer que par la douceur, la bénignité, l’humilité, l’amour et la patience de l’Agneau de Dieu ; car c’est à lui seul qu’appartient de faire le bien, de surmonter la colère et de ramener au bonheur et à la gloire la nature tombée. Si, pour vous faire un reproche, quelqu’un vous appelle enthousiaste, que le sentiment que c’est la réalité de votre propre piété, et la fausseté de la sienne, qui le porte à vous attaquer ainsi, que ce sentiment, dis-je, ne soit pas pour vous un sujet de consolation, d’amour-propre, car même cela fût-il vrai, il ne serait pas convenable pour vous de vous livrer à de pareilles réflexions. Souvenez-vous que si vous cessez d’être vous-même en paix avec eux, ce n’est pas la paix de Dieu qui opère en vous. Ainsi, comme lorsqu’on vous approuve, et qu’on dit du bien de vous, vous ne devez rien vous attribuer à vous-même, mais tâchez de ne pas même l’entendre ; de même lorsqu’on vous accuse, vous devez également vous oublier vous-même ; et, dans l’un et l’autre cas, il faut uniquement vous envelopper et vous pénétrer de plus en plus de l’humilité, de la douceur, de l’amour et de l’esprit de l’Agneau de Dieu, aussi bien vis-à-vis de vous-même que de ceux qui parlent de vous, soit en bien soit en mal. L’unique volonté du principe céleste, l’unique but de son opération, c’est de convertir tout le colérique, tout le mal et tout le désordre de la nature, en un royaume divin céleste ; or celui qui veut être un serviteur de Dieu et opérer par le principe céleste doit vouloir tout ce qu’il veut, faire tout ce qu’il fait, supporter tout ce qu’il supporte, et cela, dans le même esprit et pour le même but. La Voie de la Science divine TROISIÈME DIALOGUE THÉOPHILE

Voyez, d’un autre côté, les Sociniens et leurs adversaires, disputant dans le champ de la raison, sur la chute, la prévarication originelle, la colère vengeresse de Dieu ; sur la nécessité de satisfaire à la justice divine, sur celle de l’incarnation, des souffrances, de la mort et de la satisfaction de Christ... Les uns et les autres croient aveuglément que l’âme humaine, de même que tout ce qui existe, a été créée de Rien ; et comment pourraient-ils seulement aborder la vraie base de tous ces points de doctrine ? Il est donc absolument impossible de rien affirmer de réel sur le principe fondamental de la Rédemption chrétienne en soutenant que l’âme est créée de Rien ; car il est aussi raisonnable d’établir que l’âme peut être rachetée par le Rien que de maintenir qu’elle a été créée de Rien. La Voie de la Science divine TROISIÈME DIALOGUE THÉOPHILE

De l’autre côté, le déiste ne peut rien avancer de raisonnable dans son sens qu’en montrant que par la manière dont nous sommes en Dieu et dont nous vivons en lui et de lui, nous n’avons nullement besoin et ne sommes nullement capables des moyens de Rédemption proposés par l’Évangile. Mais cette mesure, qui est l’unique véritable, n’est ni à la portée de l’un, ni à la portée de l’autre, car croyant tous deux que l’âme a été créée de Rien, il leur est également impossible de chercher à connaître ce qu’il y a de Dieu en elle, comment elle vit et a sa racine en lui ; ils ne saurait non plus pénétrer jusqu’à la base, à la loi fondamentale, d’où proviennent son mal et son bien, son bonheur ou son malheur ; et certes si la vie intelligente elle-même a été créée de Rien, n’est-il pas positif que son bien et son mal, sa félicité et sa misère, etc..., ne peuvent avoir non plus de bases réelles, et qu’ils sont également créés de Rien, et peuvent entrer dans le Rien, suivant le bon plaisir du Créateur. La Voie de la Science divine TROISIÈME DIALOGUE THÉOPHILE

Que d’actions de grâces ne devons-nous donc pas rendre à Dieu de la bonté qu’il a eue de nous manifester par son serviteur, ce Grand Mystère et de nous donner par là un moyen sûr de démêler, de la manière la plus évidente, le vrai et le faux de toutes les religions ! Que personne ne se scandalise de la révélation de ce Mystère, comme s’il introduisait des nouveautés dans la religion ; non, il n’annonce rien de nouveau, il n’altère en rien la doctrine de l’Évangile, et n’y ajoute rien ; il ne fait qu’établir tous les points de la foi chrétienne primitive sur leurs vraies bases, et les montrer sous un jour si lumineux, qu’il est impossible de leur refuser son assentiment. Il ne saurait non plus troubler quiconque est en possession de la vérité, puisque son but unique est la manifestation de la vie céleste dans l’âme. Il ne tourmente personne, purement à cause de sa forme extérieure de religion, mais il se contente de montrer évidemment que toute forme extérieure ne peut être bonne, qu’autant qu’elle a pour but l’établissement de la vie nouvelle céleste dans l’âme, et qu’elle est un moyen et une aide pour y arriver. Un chrétien, dit Jacob Boehme, n’est d’aucune secte et pourtant appartient à toutes ; cette vérité, je le sais, déplaira à toute secte, comme secte, mais cela même prouve qu’elles ont toutes besoin de cette vérité, et qu’il est avantageux à toutes de l’entendre répéter. Le mal de toute secte consiste, principalement, en ce qu’elle se croit essentielle à la vérité, tandis que celui-là seul est dans la vérité qui reconnaît qu’elle est indépendante de toute secte, qu’elle est aussi libre et aussi universelle que la bonté de Dieu, et qu’elle n’a pas plus d’égard aux noms et aux différences de nations, dans sa communication, que n’en ont l’air et la lumière de ce monde. La Voie de la Science divine TROISIÈME DIALOGUE THÉOPHILE


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