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Le véritable secret de Nostradamus

Pierre Guérin : LA PHILOSOPHIE CHRÉTIENNE DE L’HISTOIRE : LA VENUE DE L’ANGE DE YAWEH : MÉTATRON

La philosophie chrétienne de l’histoire et le secret de la Bible

mardi 25 novembre 2008

Extrait de « Le véritable secret de Nostradamus », par Pierre Guérin. Payot, 1971

Il existe une philosophie chrétienne de l’histoire et la finalité historique est parfaitement décrite dans l’Apocalypse [1]. L’anté-Christ (Apoc. XIII, 1-10 ; Apoc. XVII, 7.14, XIX, 20.21), ennemi de Dieu, doit tenter de séduire les élus, régner (saint Paul, Thess. II) et exercer une grande persécution (Apoc. XIII, 1.18) de 1 260 jours (Apoc. XIII, 5 ; Apoc. XII, 6 ; Apoc. XI, 3) durant laquelle il sera combattu par les deux témoins de Dieu (Apoc. XI, 3) qui, selon la Tradition chrétienne, sont Hénoch et Élie. (Pour Élie, voir Malachie, III. 23 — Pour Hénoch = Hébreux XI. 5). A la fin de son règne le Christ descendra du Ciel (Apoc. XIX, 11.16 et Évangiles), pour le vaincre et restaurer l’âge d’or (Isaïe X, 1.9). Jésus régnera durant 1 000 ans (sans doute une durée symbolique), avec les élus (Apoc. X. 4.6), puis, après une nouvelle et dernière tentative de séduction de Satan (Apoc. XX, 7.10), le Christ présidera le Jugement dernier (Apoc. XX, 11.15). La nouvelle Jérusalem céleste accueillera les élus (Apoc. XXI, XXII).

Si les prédictions concernant le Christ sont nombreuses et claires, celles qui touchent à la venue de « son ange » sont rares et obscures [2]. Il n’y a guère que les citations déjà indiquées de l’Apocalypse qui font état de la descente de l’ange [3]. Cette dernière se rattache à la doctrine des envoyés divins qui dépasse le cadre même du christianisme.

La muraille de la Jérusalem Céleste a 144 coudées, « mesure d’homme qui est mesure d’ange » (Apoc. XXI, 17). Cette fonction de protection, de rempart est chez saint Jean une allusion à la doctrine cabbalistique de la guéma-trie (pour la muraille, cf. Zacharie II, 7.9 [4]) : la valeur numérale des nom et prénom donne une somme qui symbolise, dans une ambiance historique donnée, la destinée d’un être humain, sa nature, sa fonction.

144 ne correspond pas à une valeur valable pour le Christ (lesvaa = 532 soter = 777. ièsous = 888. Il s’agit donc de « son ange » (Zach. II, 7.17 — Apoc. I, 1.2 ; XXI, 17, etc.).

La référence à la guématrie juive par saint Jean permet d’utiliser les grands textes cabbalistiques. La cabbale elle-même (Cabbale signifie Tradition) donne le nom de Métatron (de signification et étymologie obscures) à l’ange de Yaweh, délégué de Dieu (cf. Études Traditionnelles, juin 1954, p. 150). Cet ange s’appelle aussi l’Enfant (na’ar). Cette précision cabbalistique est essentielle car elle permet de comprendre le passage le plus énigmatique de l’Apocalypse, c’est-à-dire la mise au monde, par la Femme, de l’enfant qui doit paître toutes les nations avec une verge de fer (Apoc. XII, 5.6).

Cet enfantement mystique a lieu avant la grande persécution anté-christique de 1260 jours. L’Enfant mâle, après sa vie terrestre, remonte auprès du trône de Dieu. Le dragon, Satan, malgré ses efforts, n’a pu le dévorer [5] (Apoc. XII, 1.7).

Le nom hébreu « Métatron » (l’ange de Yaweh) a pour valeur 314, valeur d’un nom de Dieu el Shaddai : le tout-puissant. Des 3 arcanes de 144 [6] (embûches — hesitations — fécondité), la seule favorable serait la fécondité (physique et spirituelle). On conçoit aisément que le caractère de Métatron est la victoire, non sans épreuves : Il est « celui qui vaincra » (Apoc. II, 7 — II, 11 — II, 17— II, 26.29 — III, 5.6 — III, 12.12 — III, 21.22). Sa mission est nettement indiquée : « A celui qui vaincra et qui gardera jusqu’à la fin mes œuvres, je lui donnerai pouvoir sur les nations ; il les gouvernera avec un sceptre de fer (cf. Apoc. XII, 5), ainsi que l’on brise les vases d’argiles, comme moi-même j’en ai reçu le pouvoir de mon Père » (Apoc. II, 26.28).

L’ange est le premier cavalier blanc, armé de l’arc [7] (Apoc. VI, 2), qui sort, sur l’injonction du Christ-Agneau, en vainqueur et pour vaincre.

Les 4 cavaliers de l’Apocalypse symbolisent l’ensemble des puissances terrestres [8], tandis que le Christ, second cavalier blanc, vient du ciel (Apoc. XIX, 11). Il est suivi de son ange, remonté au Ciel après sa mort terrestre.

La Cabbale décrit Métatron comme délégué de Dieu auprès des hommes. L’ange de Yaweh est, en effet, mentionné fréquemment dans la Bible. Il a présidé aux destinées des sémites juifs (Genèse XXII, 9.19) et arabes (Genèse XXI, 8.21). Le nom de Dieu est en lui, et il est la terreur que Dieu inflige à ses ennemis (Exode 20-33). Il apparaît (avec Dieu) à Moïse dans le Buisson en feu (Exode III, 1.15). Dans la Cabbale (= Tradition) il est l’ange de la Face divine, expression que l’on trouve chez Isaïe (63, 9), le bras glorieux de Dieu (Isaïe 63,12). Ce texte d’Isaïe suggère une grande proximité de l’ange et du Saint-Esprit, logique si l’on songe au nom de Dieu qui est en l’ange. Cette proximité [9] est affirmée par Saint-Jean lorsqu’il parle de « l’ange des Eaux » (Apoc. XVI, 5). L’homme vêtu de lin qui était au-dessus des eaux montre à Daniel (Dan. X à XII) les événements de la fin du cycle historique, ainsi qu’à saint Jean (Apoc. IX, 5 à 11, 59).

Un point important pour la Philosophie comparée des religions, et qui permet de saisir leur unité intérieure est la doctrine des avataras de Vishnu (livre des Vishnu puranas) : ce Dieu, dans sa 10e incarnation doit venir à la fin des temps, pour sauver les âmes. Le Kalki-avatara est monté sur un cheval blanc. Il est inutile de discuter la question de savoir si c’est le Christ ou son ange qui est ce Kalki-avatara. L’Indouisme décrit symboliquement le caractère avatarique du cavalier qui est blanc. Ce qui est vrai de Métatron l’est a priori et a fortiori du Christ [10].

Monseigneur Devoucoux, dans son ouvrage Études d’archéologie traditionnelle, est un partisan convaincu de la Cabbale, dont le nom signifie tradition (Mgr Devoucoux, op. cit., dans Et. Trad., janv. fév. 1954, p. 99). Les lecteurs qui prendront la peine de lire son petit livre ne pourront plus concevoir d’hésitations à cet égard, en raison du grand nombre de preuves avancées par cet éminent évêque. Saint Jean lui-même, comme je l’ai signalé, a noté quatre valeurs numérales au moins essentielles dans l’Apocalypse : 7 (Apoc. I, 20 et sqq.), 144 (Apoc. XXI, 17), 666 [11] (Apoc. XIII, 18) et 144 000 (Apoc. XIV, 1).

Le nombre 144 indique K D M (CeDeM = ancien). « Il s’agit ici de l’Ancien des Jours nommé aussi le Grand Orient » (Mgr Devoucoux, op. cit., janv. 1954).« Enhébreu, le mot aleph, doctrina, familia, vaut 1000 ; le mot cedem, orientalis, antiqua prima, vaut 144 [12]. »

De sorte que 144 000 signifie littéralement « enseignement primitif », « famille primitive ».

« En divisant 144 000 par 216 nombre du lion anté-Christ ARIE, on arrive à la période 666 au quotient, avec 144 pour reste au dividende ; de telle sorte qu’en ajoutant un zéro à chaque division, on aurait d’un côté un reste continu 144, la doctrine ancienne, et de l’autre un quotient composé d’une période indéfinie de 6, nombre du travail » (Mgr Devoucoux, op. cit., Ét. Trad., oct. nov. 1952). 666 est le nombre du mot hébreu Celohim (je suis semblable à Dieu) et en grec le nombre du mot pan at hesmios (le tout à fait injuste). 144 est à 17 nombre du mot TOB « Bon » comme un carré est à sa diagonale. » K D M est la source première, la tradition primitive de la fin du travail que rien ne peut détruire (op. cit., oct. nov. 1952).

De même Mgr Devoucoux signale que les deux yeux sont l’étude et la méditation de la Tradition (BTAIN = pupille de l’œil =72) [13].

Les 144 000 personnes, vierges et irréprochables (Apoc. XIV, 1.5), sont l’image parfaite du salut. Elles appartiennent aux 12 tribus d’Israël (Apoc. VII, 1.8).

Israël est la figure de l’élection, du salut offert aux gentils. « Après cela, je vis une foule immense, que personne ne pouvait compter, de toute nation, de toute tribu, de tout peuple et de toute langue. Ils étaient debout devant le trône et devant l’Agneau, vêtus de robes blanches et tenant des palmes à la main... [14]. « Ce sont ceux qui viennent de la grande tribulation ; ils ont lavé leurs robes et les ont blanchies dans le sang de l’Agneau. »

On voit par ces exemples que la fonction de l’ange est essentiellement spirituelle, elle concerne l’enseignement de la tradition [15] et la conservation des œuvres christiques. L’ange-homme doit jouer aussi un rôle politique [16].

Si l’ange-homme a pour fonction d’éclairer l’intelligence, il est par suite un guide vers la Vérité. Il est, en effet, le Principe de tout enseignement, comme le Christ. Tous les passages de l’Apocalypse qui le concernent confirment ce point de vue.

Saint Jean tombe à ses pieds pour l’adorer, à deux reprises (Apoc. XIX, 10 ; Apoc. XXII, 6), contre quoi l’ange le met en garde. Il lui annonce sa venue pour « montrer aux serviteurs de Dieu les choses qui doivent arriver bientôt » (Apoc. XXII, 6.). Il doit venir vite (Apoc. XXII, 12) [17].

Il est cependant impossible de s’en tenir à un seul point de vue chrétien. F. Schuon, dans L’Œil du Cœur (N. R. F., p, 50 à 99), cite les traditions (ahadith) de l’Islam : « le plus grand des anges est appelé Er-Rûh (l’Esprit) ; Allah dit dans le Koran : « Le jour où l’Esprit et les anges se lèveront en rangées, et aussi Allah le Seigneur des degrés, sur lesquels les anges et l’Esprit monteront vers lui... » En vérité, cet ange, dont le nom est Er-Rûh, occupera, au Jour de la Résurrection, une seule rangée à cause de son immensité, et l’ensemble de tous les anges constitue une autre rangée ; et l’Esprit est puissant sur les anges par son immensité... » « On voit par ces indications (paragraphe de L’Œil du Cœur, p. 49) qu’Er-Rûh correspond ainsi que nous l’avons dit au Principe créateur Brahma, correspondance qui ressort très nettement de ce qui est dit d’Er-Rûh dans la Genèse : « L’Esprit de Dieu était porté sur la face des Eaux... [18] »

« Il est donc bien permis de définir Er-Rûh comme l’affirmation de l’Unité [19] dans tous les degrés de l’Existence universelle... » On retrouve cette doctrine de l’Esprit-Intellect dans l’Indouisme : le Seigneur Brahma (= Er-Rûh) produisit le grand Principe intellectuel (Mahat, Buddhi = Manara — Dharma — Shastra I, 6.9). Il y a aussi identité entre Er-Rûh (l’Esprit) et sa fonction intellectuelle (le Caíame dans l’Islam) [20].

On retrouve cette doctrine dans l’Évangile de Saint-Jean, en termes plus voilés, dans un contexte moins métaphysique (au sens guénonien) et plus historique. « Métatron [21] est la manifestation existentielle ou cosmique du Saint-Esprit » (F. Schuon : L’Œil du Cœur, p. 51). Si l’on se rapporte à l’Évangile de saint Jean et si l’on maintient la distinction (théologique) entre le Saint-Esprit et son ange (Métatron), certains passages de l’Évangile de saint Jean se rapportent à l’ange. Car le propre du Saint-Esprit est l’illumination directe, transcendante de la Pentecôte, ou l’illumination (toujours directe) des esprits des Apôtres [22]. L’Ange [23], au contraire, parlera : « Quand lui viendra l’Esprit de la Vérité, il vous guidera vers la Vérité entière (la doctrine qu’il doit préserver, conserver, expliquer, Apoc. II, 26.29), car il ne parlera pas de lui-même, mais il dira tout ce qu’il aura entendu (c’est-à-dire compris en tant qu’Er-Rûh = Intellectuel Universel = Calame) et il vous annoncera les choses à venir (cf. Apoc. XXII, 6). Lui me glorifiera, car il recevra du mien (la Tradition) et vous l’annoncera (dans ses aspects connus et secrets) [24]. Tout ce qu’a le Père (Cedem = 144 = ancien = Daniel, VII. 9) est à moi. C’est pourquoi j’ai dit : il recevra du mien et vous l’annoncera (le mien = la tradition des Écritures Sacrées) [25].

On voit ainsi les équivalences « traditionnelles » (au sens guénonien) qui font de l’ange Métatron ce qu’il est : l’Esprit (Er-Rûh) du Coran, le Caíame ou l’Intellect (dans l’Islam), appellation qui correspond à celle de Buddhi ou Grand Principe intellectuel, Trimurti indoue (Brahma, Vishnu, Shiva). Métatron, « l’ange des Eaux », comme le Christ, domine (dans son aspect ultime et caché) les possibilités informelles et formelles. Il est aussi l’Enfant (Apoc. XII, 4.5.), ce qui suppose soumission et confiance [26].

On peut objecter que l’ange est bien proche de Dieu. C’est là une vérité évidente, si l’on songe à Isaïe. Ce prophète, en effet, désigne Métatron comme l’ange de la Face de Dieu, le bras glorieux de Dieu, son Esprit-Saint. Ceci est conforme à toutes les apparitions de l’ange de Yaweh dans l’Ancien Testament. Le nom de l’ange est merveilleux (Juges XIII. 18). C’est lui qui apparut à Moïse dans le Buisson ardent (Ex. III. 2) [27]. Dieu parle par sa bouche (Ex. III. 2 = Actes des apôtres VII. 30 à 34). L’ange agit toujours au nom de Dieu. Il est l’exécutant de la Volonté divine, dans sa future fonction terrestre, Roi de la Quête du Graal qui est un Livre et un Vase, symbole du Cœur-Intellectuel. Il est enfin, avec Jésus, Héritier du Royaume (Apoc. XXI, 5 à 7). Cette allusion nous reporte à la Jérusalem d’Ezéchiel où habitent le Prince et sa descendance. Le Prince désigne visiblement l’ange de Dieu, qui montre la Ville céleste à Ezéchiel (40, 3 sqq.), comme à saint Jean. Bien que Jésus soit avec son Père, sur le trône de la Ville (Apoc. XXII, 3 ; XXI, 23), il faut admettre que le Prince d’Ezéchiel est bien l’ange-homme, en raison d’une postérité bien réelle, nullement symbolique ; à cet égard, on a toute raison de penser que le Psaume 45 est susceptible d’une double application : il représente les Noces de l’agneau (comme l’a bien vu saint Paul), mais aussi des noces plus réelles, qui impliquent pour l’homme-ange une descendance réelle, vivante. On trouve dans l’Apocalypse le thème des Noces de Jésus avec son Épouse, la nouvelle et éternelle Jérusalem (Apoc. XXI, 10.12), mais aussi une allusion mystérieuse à l’Esprit et l’Épouse (Apoc. XXII, 17), en relation avec le Désir de l’Eau de la Vie Éternelle. Nous verrons aussi que 1’ « Esprit » est le Bien-aimé du cantique des Cantiques (dodi : Bien aimé, a la même valeur numérale que Yaweh = 26). D’autre part les racines YH VH (Yaweh) sont liées à l’idée de l’amour. Dieu est Amour.


[1« Révélation de Jésus-Christ, que Dieu lui a confiée pour découvrir à ses serviteurs les événements qui doivent arriver bientôt, et qu’il a fait connaître, en l’envoyant par son ange, à Jean, son serviteur, qui a attesté la parole de Dieu et le témoignage de Jésus-Christ en tout ce qu’il a vu » (Apoc. 1, 1.2). L’Apocalypse est la vision, par saint Jean, de ces événements. Vision qui dépasse les événements ou phénomènes habituels, en ce monde. L’ange dont il est question, doit venir, sur terre, et sous forme humaine (Apoc. XXI, 17) avant le retour du Christ (Apoc. XXII, 16). Il s’agit donc d’une incarnation historique. Ce secret se retrouve dans les « Centuries » de Nostradamus, dans l’Indouisme (l’avatara de Vishnu), le Bouddhisme (le dernier des Bouddhas, qui doit venir à la Fin des Temps, est le Bouddha Matreya : bon, compatissant) et dans la poésie française contemporaine (notamment dans l’œuvre poétique de Pierre-Jean Jouve).

[2On trouve des allusions assez mystérieuses dans Zacharie ; cf. ci-dessous.

[3L’ange de Yaweh est aussi mentionné dans un contexte qui ressemble fort au contexte actuel (Zach. XII, 8) mais qui comprend en plus la conversion des Juifs vers Jésus (Zach. XII, 10 ; saint Jean Ev. XIX, 37).

[4Toutefois, il faut préciser, contre l’opinion des théologiens, qu’un très grand nombre de textes de l’Ancien et du Nouveau Testament n’ont reçu aucune explication. De plus, les théologiens ont tendance à tout voir (même les textes) en vue du Christ. Un point de vue « moral » (sic) ne constitue pas une méthode d’exégèse (voir le chapitre « Problèmes d’exégèse »).

[5On doit interpréter dans ce sens saint Paul, Thess... : l’ange retient l’anté-christ dans son apparition / « et maintenant vous savez ce qui le retient (anté-Christ) pour qu’il se manifeste en son temps. Car le mystère d’iniquité s’opère déjà, mais seulement jusqu’à ce que celui qui le retient paraisse au grand jour ( = l’ange). Et alors se découvrira l’impie, que le Seigneur (Jésus) exterminera par le souffle de sa bouche et anéantira par l’éclat de son avènement ». La retenue concerne :

1) l’universalisation du christianisme ; comme doctrine confessant Jésus-Christ venu en chair, opposée à l’activité anté-christique de séduction.

2) l’apparition de l’ange, 1er cavalier blanc de l’Apocalypse (Apoc. VI, 2). Les deux moments coïncident.

[6La valeur 314 concerne Métatron en tant qu’ange. La valeur 144, du fait de l’incarnation, le concerne en tant qu’homme et ange (Apoc. XXI, 17). Métatron est aussi « l’Esprit » (Er-Ruâh) ; cf. infra.

[7Sur la signification de l’arc, voir : « Le symbolisme de l’épée », Études Traditionnelles, janv. 1938 ; et J. E. Brown, Ét. Trad., mars 1956.

L’interprétation de la Bible de Jérusalem, qui fait du cavalier à l’arc le symbole des Parthes, est aberrante. Car l’apparition de ce cavalier correspond à l’ouverture du premier des sept sceaux de l’Apocalypse. Cette ouverture s’accompagne d’ailleurs d’un bruit de tonnerre...

[8Sur le symbolisme de l’arc (Ét. Trad., janv. 1938), on peut noter le passage suivant : « La réception de la poignée de l’arc, c’est-à-dire sa partie centrale, est le signe extérieur de l’initiation du disciple. Alors, celui-ci, bien entendu, est rompu depuis longtemps à la pratique de l’arc ; mais la « poignée » a un sens qui dépasse son sens matériel, celui de la partie de l’arc par laquelle on le saisit ; la poignée implique le secret. Dans le cas de l’arc composé utilisé par les Turcs et la plupart des orientaux, la poignée est en fait la partie médiane de l’arc, celle qui réunit ses deux autres parties, la supérieure et l’inférieure. C’est cette pièce médiane qui donne à l’arc son unité. Ceci nous met sur la voie du sens métaphysique de l’arc que Gabriel décrivait comme la puissance de Dieu : la poignée est l’union de Dieu et de Mohammed, mais c’est là seulement donner du secret une forme simplifiée : une explication plus complète, fondée sur les enseignements d’Ibn al Arabi, est communiquée au disciple. Ici, nous pouvons seulement indiquer que ce qui relie la Divinité, en haut, au prophète, en bas, est l’axe du monde, et que ce dernier est une forme de l’Esprit (er-Ruâh). Cette interprétation s’applique, en premier lieu, et par excellence à Métatron (l’ange de la Face) ou à Mikael (dont Malaki est l’anagramme) en tant que dans son rôle solaire il s’identifie d’une certaine façon à Métatron ».

[9Elle est exprimée dans la Cabbale par l’attribution de la lettre vav (v) au Saint-Esprit et à Métatron (cf. Knorr de Rosen-soth, Kabbale denudata). Lettre dont la valeur est 6. 6 est le nombre de la Beauté et du Travail. C’est une des significations du nombre de la bête anté-Christ (666) qui veut séduire les élus. La fonction de l’ange de Yaweh est évidemment « avatarique », puisque l’avatara (envoyé divin) descend du ciel en terre (s’incarne) pour le salut de l’humanité.

[10Études Traditionnelles : « Kalki-avatara », année 1931. Le Christ, lors de sa deuxième venue, est d’ailleurs suivi de son ange. La fonction du Christ, lors de sa deuxième venue, n’est plus le salut, mais la punition. On peut penser qu’en raison de sa fonction avatarique et de conservation des œuvres christiques (Vishnu est le dieu de la Conservation), Métatron est bien cet avatara de Vishnu annoncé par les textes sacrés de l’Indouisme.

Toutefois, compte tenu de l’aspect éminemment mythologique et symboliste de l’Indouisme (certains traits du Kalki-avatara ne peuvent s’appliquer à la lettre, au Christ ni « à son ange »), on peut penser que la fonction du Kalki-avatara concerne le Christ et son ange.

Par ailleurs, l’avatara est celui qui descend du Ciel. L’application à Jésus et à son ange est donc évidente.

René Guenon identifie, pour sa part, le Christ de la deuxième parousie au 10e avatara de Vishnu (Le règne de la Quantité, chapitre xxxix, p. 254). Il est juste de dire qu’il n’a jamais pressenti, dans son œuvre, une incarnation de l’ange de Dieu.

[11Ce nombre présente une triple répétition de 6. De même pour le Christ Iyjctouç = 888 (Mgr Devoucoux, op. cit.), ou Pierre angulaire du monde (ABeN Sch Th 11« = 888), ou clamor salutis ( = 888). Un écart de 222 (= Cha Bi R.) = fort) entre 666 (anté-Christ) et Éternel (Thamid = 444), même écart de 222 entre 666 et Ivjaouç (888). Ce Lo HiM = sicut Deus = 666. De même pour Panathes-mios = tout a fait injuste = 666 en grec. Il s’agit de l’amour de soi, de la suffisance qui ont conduit à l’orgueil. Cf. saint Paul, Thess. II.

L’ouvrage de Mgr Devoucoux signale, en outre, d’autres interprétations possibles, liées à la construction de l’arbre des sephiroth.

[12Il faut noter l’importance de cet adjectif « oriental ». Selon Nostradamus, l’homme-ange (Métatron, l’Enfant, l’Esprit) est bien le 10e avatara de Vishnu, symbolisé par le Phénix (cf. les quatrains du futur). Comme, dans sa vie terrestre, l’homme-ange est français (cf. le secret de Louis XIV), on doit supposer qu’il a une ascendance indoue (et musulmane) par sa mère. (Celle-ci est « Maya » pour son fils... ).

[1317² = 289 a² + b² = c² à l’unité près soit :

12² + 12² = 288

12² + 12² = 172

288 et 289 ont une signification étonnante en guématrie juive, liée à la feuille et à l’arbre (cf. Mgr Devoucoux, op. cit). Par ailleurs Daiag = pêcheur = 17. Le chiffre de la pêche miraculeuse (153 poissons) correspond au développement de 17 = 1 + 2 + 3... + 17 = 153. L’apparition de la Sainte Vierge à Fatima (13 mai, 13 oct. 1917) est liée au même ordre d’idée du développement de 17 = 153 jours... Bon(= Tob = 17) + Pêcheur (17) donnent le total de 34 du « carré » de la Mélancolie (Dürer). Mgr Devoucoux n’a pas vu que 666 se décompose en 444 (Thamid = éternel) et 222 (chabir = fort). La fonction « paraclétique » de l’homme-ange est évidente = 144 + 666 (Éternel fort) = 810 nombre des valeurs grecques de Parakletos.

[14Les yeux sont la fenêtre de l’âme vers l’extérieur. Ils signifient pour un individu la somme de ses perceptions, son passé, sa connaissance et l’état de son âme, même au sens physiologique du mot, sil’on se réfère à la science de l’iridologie. On voit que 144 (72 x 2) est un nombre lié au problème du salut. C’est d’ailleurs la muraille rempart de la Jérusalem céleste (cf. Apoc. XXI, 17 ; Zach. 11,9). De même 6 x 24h = 144 h (idée de travail) ; on peut aussi noter que la puissance de l’ange implique la grâce (Hesed = 72), liée au mot hinneh-zeh (le voici = 72) 72 x 2 = 144. De même l’amour = 72 lorsqu’on emploie les mots you’KHLOU...

[15Elle apparaît dans cette citation de Malachie II, 5 à 8 : « Mon alliance avec Levi (la tribu des prêtres) fut une alliance de vie et de paix... la loi de Vérité était dans sa bouche... car les lèvres du prêtre gardent la science et de sa bouche on demande l’enseignement, parce qu’il est l’ange de Yaweh des armées. »

[16Ce rôle apparaît tout particulièrement dans l’œuvre de Nostradamus. L’ange-homme a une fonction politique de Restauration, celle du « Saint-Empire », serviteur du trône de « Pierre ». Que pourrait donc souhaiter de plus l’Eglise sur le plan politique, sinon... la Jérusalem Céleste ! (ou la politique n’existera plus).

[17Contrairement à la traduction de la Bible de Jérusalem, il n’y a pas une idée de retour dans le texte grec. L’erreur de cette Bible est de rapporter le verset 12 à Jésus. C’est le type même de l’attribution moralisante (sic), si commune de nos jours. L’Intellect est autre « chose ».

[18Cf. saint Jean, Apoc. : « L’ange des Eaux ».

[19La fonction terrestre de l’ange de Dieu est donc en relation avec la mystérieuse prière adressée par Jésus à son Père (allah) pour que « tous soient un », qui suit l’annonce de la venue du Paraclet (saint Jean, Évangile, XVI, XVII, 20. 26).

[20Le Calame est la plume, ce qui est équivalent à la fonction de l’ange de Yaweh comme scribe, mais aussi architecte — mesureur. Le Métator est l’officier mesureur du camp romain (cf. Mgr Devoucoux). Mais Metatrôn semble être aussi le symbole du « Cœur transpercé ». Le nom aurait aussi un sens providentiel ou mieux pré-videntiel.

[21Métatron doit être aussi « envisagé » ad Intra (en Soi).

[22Cependant Métatron comme avatara est tout ce qu’il doit être. Ce qui n’exclut pas une illumination directe.

[23Ce passage de saint Jean doit être mis en relation avec les psaumes 19-21. 45. Le psaume précise la confiance (de l’ange, roi du graal) en Dieu et les bénédictions qui en résultent, ainsi que son triomphe, thème central de l’Apocalypse.

[24C’est le symbole du « Bon Vin », des « perles à ne pas donner aux pourceaux »...

[25Il est essentiel de rappeler à cet égard que René Guenon pense à l’existence d’une Tradition Primordiale Unique Hyper-boréenne qui se serait différenciée dans le temps pour donner des traditions adaptées aux conditions du milieu historique et géographique. Une telle perspective est liée à une conception cyclique de l’histoire (le manvantara indou comprend les 4 âges de la Tradition greco-latine). Une explication globale des grandes migrations du 2e millénaire avant J.-C. semble liée à des phénomènes évoqués par Ghyka dans Esthétique des Proportions, N. R. F., p. 242 sqq

[26L’ange est aussi, dans l’Indouisme, le Soi (atma). Il est Ineffable, l’Invisible, bien qu’il soit visible. Saint-Jean le confond avec le Saint Esprit. Nostradamus l’appelle le « Saint-Esprit », comme Isaïe (63).

[27A l’argument selon lequel l’ange de Yaweh serait différent de Métatron, il faut opposer que l’ange de Yaweh occupe le sommet de la hiérarchie angélique, ce qui est aussi le cas de Métatron puisque ce dernier possède 70 noms comme Dieu (Knorr de Rosenroth, Cabbala denudata).