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L’Islam et l’Occident

Louis Massignon : L’ARABE, LANGUE LITURGIQUE DE L’ISLAM

Org. Jean Ballard

lundi 24 novembre 2008

félicité
felicidade
bonheur
felicidad
happiness
Bonne chance ou fortune ; le mot grec est un composés fait sur daimon (puissance divine, dieu, destin). (selon R. Guérineau)

D’elle-même, la langue arabe coagule et condense, avec un certain durcissement métallique, et parfois une réfulgence hyaline de cristal, — l’idée qu’elle veut exprimer, — sans céder sous la prise du sujet sujet
objet
La notion du « sujet », loin de n’être que psychologique, est avant tout logique et principielle et ne saurait se restreindre par conséquent à aucun ordre particulier ; la subjectivité évidente des facultés de sensation prouve déjà que le couple sujet-objet n’appartient pas au seul domaine de la psychologie. [Frithjof Schuon]
parlant qui l’énonce. C’est une langue sémitique, occupant donc une position intermédiaire entre les langues aryennes et les agglutinantes ; et si, dans les autres langues sémitiques, la présentation de l’idée est déjà, pour des raisons de texture grammaticale, elliptique et gnomique, discontinue et saccadée, — en arabe, la seule-qui subsiste comme langue de civilisation, ces traits s’aggravent encore, l’idée jaillit de la gangue de la phrase comme l’étincelle du silex.

L’Islam, en faisant de l’arabe sa langue « liturgique », a favorisé à l’extrême ce durcissement compact et dense, cette abstraction osseuse. C’est en arabe, non en hébreu ni en araméen, que le sémitisme a pris conscience Gewissen
conscience
consciência
conciencia
consciencia
Bewusstsein
Bewußtsein
consciencidade
consciousness
de son originalité grammaticale : trilittéralité fixe des racines, syntaxe verbale relative à l’action action
praxis
agir
atuar
ação
act
acción
prattein
et non à l’agent, morphologie tri-vocalique (apprendre à vocaliser, apprend à penser ; la voyelle dynamise le texte consonantique amorphe et inerte) avec flexion unique pour les noms et les verbes, emprise dominatrice de la morphologie sur le lexique et la syntaxe, c’est en arabe que ces traits s’affirment le mieux, sous la pression de l’Islam.

La révélation Révélation La Révélation (on emploie généralement une majuscule dans cette acception du mot) est, pour une religion, la connaissance qu’elle affirme détenir de source divine. Les manifestations divines par lesquelles cette connaissance est parvenue aux hommes sont tantôt des apparitions (théophanies), tantôt l’inspiration à des prophètes de textes considérés comme sacrés. Les religions rattachées à la trilogie judaïsme-christianisme-islam, en particulier, sont dites révélées. , qui ne s’est exprimée et modalisée qu’en langues sémitiques, a eu sa croissance en hébreu, s’est épanouie en araméen au-dessus des haies épineuses d’Israël, dans le « vêtement » du lys messianique, puis elle s’est trouvée mystérieusement calcinée « in clibanum », en arabe, avec les « dhâriyât » coraniques, les brises brûlantes du Jugement. Considérons les racines sémitiques communes : en passant du syriaque à l’arabe, « aimer, RHM » devient « avoir pitié », — « espérer, ÇBR » devient « endurer », — « rédimer, FRQ » devient « séparer »,’ — « remercier, HMD » devient « louanger ». Par durcissement, « LHM, pain » en hébreu, devient « viande » en arabe, — et « BSHR viande » en hébreu, « homme homme
anthropos
hommes
humanité
L’homme est la personnification d’une alternative aux dimensions qui échappent à sa vision immédiate ; en d’autres termes, la raison d’être même de la condition humaine est de choisir, et de faire le bon choix : d’opter pour la participation libératrice à l’Etre nécessaire, et non pour l’errance asservissante dans le labyrinthe du possible et en direction du néant. (Frithjof Schuon, Perspectives spirituelles et faits humains)
 » en arabe.

Cette calcination littérale, qui a facilité à l’arabe son rôle de langue de culture scientifique, nominaliste et dénationalisante, rôle que joue aussi pour d’autres raisons le français, — scelle d’une valeur religieuse spéciale, presque apocal révélation Le terme de révélation doit être réservé précisément à la communication d’une connaissance que l’intelligence humaine ne pouvait pas atteindre à partir de l’expérience. (Claude Tresmontant) yptique, les sens spécifiques attachés aux consonnes de l’alphabet arabe. On sait que tout mot arabe est composé d’un « corps Körper
corpo
corps
soma
cuerpo
body
 » de consonnes, seules écrites en noir sur la ligne, et d’une « âme âme
psyche
psukhê
alma
soul
 », leur vocalisation : mue aux initiales par le hamza, et notée facultativement en rouge, en dehors de la ligne. Il y a d’abord les vingt-deux dualité
deux
dyade
Quand la dualité est horizontale, elle exprime les pôles "actif" et "passif" ; quand elle est verticale, elle exprime les degrés "absolu" et "relatif", dans l’Ordre divin d’abord et dans l’ordre cosmique ensuite. [Frithjof Schuon]
consonnes sémitiques fondamentales (dont quatre quatre
quaternité
Quand la quaternité est horizontale, elle se réfère aux qualités universelles ; quand elle est verticale, elle indique les degrés de l’Univers - l’enfoncement dans la relativité. [Frihtjof Schuon]
sont devenues voyelles en grec) où une, le sin, s’est très anciennement dédoublée (c’est le fameux shibboleth, « la lettre de la Trinité »), « complétées » en arabe, par six lettres supplémentaires ; afin de noter, dans sa pureté première, la gamme consonantique présémitique de vingt-huit termes que l’arabe seul a conservée intacte. Il est assez piquant d’en expliquer la formation en leur substituant leurs valeurs symbol symbolon
symbolisme
symboles
symbole
Étymologie grecque : sym-balleîn = « jeter ensemble ». Correspondance naturelle de signifiant à signifié, chez les ésotéristes. (Pierre Riffard)
iques (jafr). Chaque lettre a un sens : alif veut dire : élément simple, fondement fondement La métaphore sous-jacente à la notion de fondement en explique l’importance dans la tradition philosophique occidentale. Depuis que Socrate a refusé le savoir dispersé et versatile, donc sans fondement, des sophistes, cette tradition s’est en quelque sorte proposé l’entreprise séculaire de fonder le savoir et les pratiques humaines. En ce sens radical, fonder, c’est trouver le point d’où partir pour que ce que l’on construit ne puisse être ébranlé et remis en question. (selon les éditeurs des « Notions Philosophiques ») ... hâ « énonciation, naissance de la vie vie Le philosophe Michel Henry définit la vie d’un point de vue phénoménologique comme ce qui possède la faculté et le pouvoir « de se sentir et de s’éprouver soi-même en tout point de son être ». Pour lui, la vie est essentiellement force subjective et affectivité, elle consiste en une pure expérience subjective de soi qui oscille en permanence entre la souffrance et la joie.  », etc. Nous dirons : en arabe le samech sémitique de la promesse tombant a été remplacé par le sîn de l’obéissance, qui s’est emphatisé en shîn du sort volont voluntas Notre volonté n’est pleinement humaine que par sa participation opérative aux vérités concernant Dieu et nos fins dernières. [Frithjof Schuon] aire. Et, pour les six dernières lettres arabes : le tâ de l’extase (le féminin masculin
féminin
Il y a tout d’abord, en deçà de la Substance une - et en quelque sorte à titre de reflet des aspects "Absolu" et "Infini" - la dualité des fonctions créatrices, ou des pôles masculin et féminin ; c’est la dualité "Activité-Passivité" dont dérivent toutes les fonctions analogues à tous les niveaux de l’Univers. (Frithjof Schuon, Résumé de métaphysique intégrale)
, la deuxième personne) s’est échangé avec le thav de la conclusion signée, et emphatisé en thâ de la fructification ; le tâ de la sainteté divine s’est échangé avec le teth de l’extase et emphatisé en zâ de l’apparition divine ; le çad de l’esprit esprit
pneuma
L’esprit est constitué par l’ensemble des facultés intellectuelles. Dans de nombreuses traditions religieuses, il s’agit d’un principe de la vie incorporelle de l’être humain. En philosophie, la notion d’esprit est au cœur des traditions dites spiritualistes. On oppose en ce sens corps et esprit (nommé plus volontiers conscience par la philosophie et âme par certaines religions. En psychologie contemporaine, le terme devient synonyme de l’ensemble des activités mentales humaines, conscientes et non-conscientes.
de discernement discernement
diakrisis
diákrisis
discrimination
discernimento
discriminação
discernimiento
DISTINCTION : traduit diakrisis, et désigne les énergies incréées, distinguées de l’essence, par lesquelles se manifeste et se communique la divinité. (Philocalie, dir. Olivier Clément)

Le rôle de la prudence (phronesis) est, plus généralement, de discerner en toutes circonstances la volonté de Dieu. Dans tous les modes de cette première fonction, elle est assimilable à la vertu de discernement (diakrisis ; discretio) et c’est souvant ainsi que la désignent les Pères. (Thérapeutique des maladies spirituelles, Jean-Claude Larchet)
et de justice s’est emphatisé en dâd de l’exclusion ; l’ayn, sens originel, s’est emphatisé en ghayan du mystère mystère
mysterion
mystères
Du grec musterion, fermer les yeux ou la bouche. Désigne un secret, les pratiques et les rites réservées aux initiés, un objet de difficile connaissance, et l’initiation des doctrines secrètes. (V. Siret)
final ; le hâ de l’actualisation vitale s’est emphatisé en khâ de l’immortalité ; enfin le. dâl de la genèse genèse
genesis
génesis
génération
Même dans l’Iliade (XIV 201, 246), où son usage est attesté pour la première fois, génesis désigne non seulement la "naissance", mais aussi la "génération", "le fait de venir à l’être". [Luc Brisson]
s’est emphatisé en dhâl de la substance substance
ousia
substances
Des points de vue philosophique ou métaphysique, la substance est la réalité permanente qui sert de substrat aux attributs changeants. La substance est ce qui existe en soi, en dessous des accidents, sans changements ; ce qui en fait un concept synonyme de l’essence. Elle s’oppose aux accidents variables, qui n’existent pas en eux-mêmes, mais seulement dans la substance et par la substance. Le terme vient du latin substare, se tenir debout ; de substantia, ce qui est dessous, le support.
.

L’arabe comprend ainsi sept lettres dédoublées, et on, peut dire que le Livre religieux noté dans cette langue est scellé de sept sceaux. De fait, en vingt-huit endroits, des lettres isolées, fort mystérieuses, commencent ses sourates, annoncées ainsi : « Telles sont les consonnes du Livre Sage », comme si elles étaient les clés du texte dont elles font partie intégrante. Il y en a quatorze : les commentateurs les appellent « noûrâniya », « lumineuses ». Elles impliquent des équations curieuses : YS (s. - XXXVI) = ’ayn = 70 = KN, qui se vocalise « kun » : c’est le « fiât » décrit au verset xxxvi, 82. Elles ont surtout servi, comme chronogrammes, en arithmologie pour prévoir des événements.

On remarquera, comme chronogrammes historiquement remarquables, l’an 4o, l’an Mîm, c’est celui de la mort mort La mort d’un être vivant est l’arrêt irréversible de ses fonctions vitales : assimilation de nutriments, respiration, fonctionnement du système nerveux central. On la distingue d’un arrêt temporaire (hibernation, congélation). Elle est suivie de la décomposition de l’organisme mort sous l’action de bactéries ou de nécrophages. de ’Alî, héritier de la pensée de Mohammed (Mîm = l’onomaturge) ; l’an 60, l’an Cad, est celui où Hoceïn partit se faire tuer pour la justice. Les Fâtimites ont prononcé leur action en l’an 290 (Fâtir = Fátima) et en l’an 3og (Shîn-Tâ, inverse du nom d’Iblis) ; c’est le nombre coranique du sommeil des Sept Dormants que des mystiques, en souvenir 3e Hallàj martyrisé cette année-là, considèrent le nombre de la consommation de l’amour amour
eros
éros
amor
love
divin divin
divinité
Ce terme désigne la qualité d’être un dieu ou une déesse (une déité), ou Dieu (la Déité). Il est alors synonyme de divinité en tant que substantif.
, au terme du « sursis » de la justice.

Pourquoi cette dessication littérale de la langue arabe, devenue culturelle et classique sous le signe de l’Islam ? Exclue jadis de l’offrande abrahamique — sur le Moria — la race arabe se trouve ancrée dans une ignorance ignorance
ignorância
ignorancia
presque invincible de la crucifixion et de sa douloureuse réalité : un saint de Dieu Dieu La conception exacte de Dieu varie en fonction des philosophies et des religions. Dieu désigne généralement un « être suprême » dont les qualités sont illimitées, l’individuation personnelle ou impersonnelle du principe de l’univers, c’est-à-dire sa raison « première » en tant qu’essence primordiale - Dieu est alors souvent considéré comme le démiurge ou créateur - et sa raison « dernière » en tant que finalité et sens de la vie, dans les religions monothéistes. ne doit pas souffrir ignominieusement, un Juge ne doit pas avoir été condamné, un prophète ne peut être ser
être
being
ón
Le concept d’être désigne en général ce que nous ressentons exister d’une manière ou d’une autre dans la perception, qu’elle soit sensible ou intelligible. L’étude de l’être est appelée ontologie ou métaphysique.
ni un pénitent ni un vaincu, car ce serait la défaite de Dieu ; le péché péché Péché est un mot utilisé dans les religions et certaines sectes pour désigner une transgression volontaire ou non de ce que celle-ci considère comme loi divine. Il est souvent défini comme une désobéissance, un refus, un obstacle au salut ou encore comme une cause de mort de l’âme. d’Adam est annihilé, il ne peut y avoir de chaînons adultères dans la généalogie du Christ ; l’âme ne souffre pas séparée, mais meurt et ressuscite avec le corps : tel est « l’arabianisme » que le Coran Coran
Corão
Alcorão
Koran
a accentué et confirmé ; c’est la protestation de la nature nature
physis
phusis
phúsis
Le grec phúsis dérive de la racine indo-européenne bhû-, qui a donné en sanskrit comme verbe : "devenir", "se produire", "avoir lieu" ; comme non : "terre", "sol", "lieu", "état", "condition". Peut désigner aussi bien l’origine, que le déroulement et le résultat de tout processus. (Luc Brisson)
charnelle de l’homme privée d’appui, la « prudence terrienne », celle des « marchands de Merrha et de Théman et des conteurs d’histoires », s’exprimant avec une naïveté encore plus primitive que celle de l’enfant.

Il y a plus : il convenait que ce fût au désert arabe, où l’on chassait ’Azâzil, le bouc émissaire, et chez ceux qui n’ont plus comme lien avec le Dieu d’Abraham que le fait d’être de la descendance charnelle d’Ismaël, et où le souci souci Le grec merimna, terme usité chex Pindare (Olymp., 2,60 ; Istmi., 7,13), les tragiques (Eschyle, Eum, 131 ; Sophocle, OR, 1460...), signifiait l’embarras, l’inquiétude profonde, voir l’anxiété en s’appliquant en mauvaise part à la pensée philosophique. D’où le néologisme ironique d’Aristophane dans Les Nuées (101) de merimnophrontizai, les « médito-penseurs » (P. Chatraine). La notion retrouvera dans le Nouvau Testament traduit par sollicitudo dans la Vulgate. Inquiétude mais aussi accès de la vérité. Hésichios d’Alexandrie, lexicographe de Ve siècle glosera, par son redoublment intensif : mermeros (lat. memor, mémoire), merimma par phrontidos axia : ce qui est digne de réflexion. La notion de souci se voit cernée par l’articulationet le désaccord entre rationalité du réel et son pendant, sa dynamique affective. Récemment capté par la phénoménologie heidéggérienne. (selon J.-M. Bai) des généalogies tribales, leur seul patrimoine, les empêche de pressentir le secret de la Paternité divine dans le cas inouï d’une Vierge vierge
virginité
parthenía
parthenos
Les Père l’entende dans son sens large d’"une continence parfaite", d’"un renoncement absolu à l’exercice de la sexualité". [Jean-Claude Larchet]
enfantant le Médiateur, — qu’une voix de l’au-delà retentît. Ramenant, pour annoncer le dernier Jugement, la création Création
Criação
criação
creation
creación
aux origines : formulant la protestation de la nature angélique primordiale.

Ici, dans la race arabe, dans la langue des exclus, sur les lèvres de Mohammed, la protestation s’explique, prend sa signification historique, celle d’une clôture anticipée en vue du Jugement imminent des hommes. Après ce Jugement, il n’y aura plus de filiation généalogique légale : les élus d’entre les hommes deviendront tous « comme des anges anjo
anjos
ange
anges
angel
angeles
arcanjo
arcanjos
archange
archanges
dans le ciel ciel
cieux
céu
céus
heaven
heavens
cielo
cielos
 ». C’est la proclamation naïve de l’Amour primordial de Dieu pour le bloc total des prédestin Schicksal 
Geschick
Ge-schick
schicksalhaft
destin
co-destin
fado
destiny
destino
fate
destinal
és, passant un peu tôt sous silence silence comme l’Amant est venu sauver les amants et les conduire à l’Aimé, car Dieu n’est pas seulement l’Amour, — mais l’Amant et l’Aimé, — dont Il procède.

Si Israël est enraciné dans l’espérance et la Chrétienté vouée à la charité, l’Islam est centré sur la foi
foi
faith
pistis
Croire sincèrement, c’est croire comme si on voyait ; c’est admettre avec tout notre être ; c’est donc se détacher du multiple, du divers, de tout ce qui n’est pas l’Un ; c’est toute la voie, jusqu’à l’union. [Schuon]
 ; l’observance islamique est avant tout le mémorandum d’un .credo, alors que l’observance juive ritualise les commandements prévus dans l’alliance jurée, et que l’observance chrétienne, après les vérités de son credo et ses devoirs de commandement, use des sacrements pour la sanctification par l’es vertus.

Concentrée sur la lettre d’un credo, la pensée religieuse musulmane a essayé de le développer en formules nombrées, se servant des chiffres figurant dans le Coran comme points de départ. Ce faisant, l’arithmologie musulmane, naissant à Koûfa, a produit une œuvre très originale qui a influencé l’évolution evolução
évolution
evolution
evolución
Fait référence à une philosophie du développement graduel et continu de la nature et/ou du monde vivant et/ou de l’humanité. (selon J.-J. Matras)
de la pensée mathématique mathématique Les mathématiques constituent un domaine de connaissances abstraites construites à l’aide de raisonnements logiques sur des concepts tels que les nombres, les figures, les structures et les transformations. Les mathématiques désignent aussi le domaine de recherche visant à développer ces connaissances, ainsi que la discipline qui les enseigne. . En grec comme en arabe, les chiffres étaient notés d’abord par des lettres ; mais tandis que l’arithmologie grecque se libéra de l’ambiguïté de cette notation en projetant les nombres nombres Les nombres principiels - ou les symboles numéraux - sont soit "horizontaux", soit "verticaux", suivant qu’ils indiquent, soit une différenciation, qui se reflète à chaque niveau universel, soit une projection, qui s’enfonce dans la relativité. [Frithjof Schuon] dans l’espace espace L’espace est avant tout une notion de géométrie et de physique qui désigne une étendue, abstraite ou non, ou encore la perception de cette étendue. Conceptuellement, il est synonyme de contenant aux bords indéterminés. géométrique en groupes ponctuels (nombres triangulaires, carrés, pentagonaux), — l’arithmologie musulmane essaya d’élucider cette ambiguïté en projetant les nombres dans le temps temps Philosophes, scientifiques et hommes de la rue ont bien souvent des vues différentes sur ce qu’est le temps, et les progrès des uns influencent les autres depuis des siècles. discontinu : en expérimentant, par analogie analogia
analogie
analogy
analogía
avec les conjonctions astrales, les propriétés spécifiques de certains nombres : pour régler la vie liturgique, et même déclencher des séries d’événements, combinaisons alchimiques, catastrophes sociales, transmigrations psychiques. Travail de pensée éminemment sémitique, qui se reliait aux supputations messianiques et aux apocalypses nombrées d’Israël, et influença, avec le « Sefer Yetsira », la formation de la cabale. Retenons ici, seulement, la préférence de l’Islam pour le nombre 4, celui de l’équilibre naturel et de la justice ; et surtout pour le nombre 5, le pentagramme, des cinq sens et du mariage. « Cinq » est en Islam le nombre des heures et bases de la prière euche
prier
PRIÈRE : (pure, de Jésus, du cœur, de l’intelligence) désigne la prière intérieure continuelle des hésychastes : Seigneur Jésus Christ, Fils de Dieu, aie pitié de moi". (Philocalie, dir. Olivier Clément)
, des biens pour la dîme, des éléments du hajj (et des jours à Arafat), des genres de jeûne, des motifs d’ablution, des dispenses pour le vendredi ; c’est le quint des trésors et du butin ; les cinq générations pour la vengeance tribale, les cinq chameaux pour la diya, les cinq takbîr pour les morts shî’ites ; ce sont les cinq témoins de la Mubâhala, les cinq clés coraniques du mystère (vi, 59 ; xxxi, 34) et les cinq doigts de la « main de Fâtima ». Tandis que les nombres préférés d’Israël sont 10 (= la tétractys) et surtout 12 (= le pental-pha), — et que le nombre typique de la chrétienté est 7, le seul nombre virginal dans la décade, celui du temps critique et du serment, celui de la Croix croix Le terme croix vient du mot latin crux qui a le sens de « poteau », « gibet », voire « potence ». (voir crucifiement et la Crucifixion propre au Christ) Le terme grec pour désigner le même objet est stauros, dérivé lui de la lettre tau.

La croix est un symbole en forme d’intersection, formée de deux lignes ou plus. La « région » est une zone définie par l’intersection (il y a ainsi en général quatre régions).

Intègre un symbolisme cosmique universel extérieur au christianisme.
et des douleurs, des péchés et des dons, des sacrements et des sceaux, des organes internes et des orifices du crâne.

Si la mission liturgique de la langue hébraïque s’est achevée avec la Loi et les Prophètes, — et celle de l’araméen avec la Bonne Nouvelle du Messie, — la mission liturgique de l’arabe n’est pas encore achevée parmi les nations. Elle a été faite langue de l’Id’âm, « soumission à la foi », afin de devenir un jour la langue du Satâm, de la Paix paix
paz
peace
, souhaitée enfin aux créatures de la part de Dieu : à l’Heure où la croyance musulmane au Retour de Tsâ-ibn-Meryem coïncidera avec le second Avènement du Messie chrétien, que le Mahdi arabe doit fa-ire triompher.

Si l’olivier syrien provenant d’un sauvageon spontané par triple greffe figure l’Eglise chrétienne, — et le figuier paradisiaque le peuple d’Israël, — le palmier de Chaldée, qui figure la race arabe, doit, lui aussi, donner des fruits sans recours à aucune fécondation artificielle, ou « talqîh ». Dans une parabole condensée, le Coran nous montre un dattier solitaire, au désert où la Vierge s’était réfugiée pour enfanter ; il en tombe des dattes pour nourrir la Mère et l’Enfant ; par la vertu arete
excellence
vertu
vertue
virtude
virtue
virtud
créatrice de ce « fiât », « kun », — qui n’est articulé que huit fois dans le Coran ; et chaque fois uniquement « au sujet de ’Isa et de la Résurrection », « fî amr ’Isa Isa wa’l Qiyâma ».

Louis Massignon.