Philosophia Perennis

Accueil > Philosophia > Socrate > Meunier : NAISSANCE ET ÉDUCATION DE SOCRATE

La légende de Socrate

Meunier : NAISSANCE ET ÉDUCATION DE SOCRATE

Mario Meunier

samedi 22 novembre 2008

félicité
felicidade
bonheur
felicidad
happiness
Bonne chance ou fortune ; le mot grec est un composés fait sur daimon (puissance divine, dieu, destin). (selon R. Guérineau)

Ne sais-tu pas, disait un jour Socrate à « l’un L'Un
hen
hén
L’Un, en philosophie ou en mystique, désigne le Principe suprême, souvent donné comme impensable et ineffable. Historiquement, cette notion prend tout son essor, en philosophie, à partir du néoplatonisme de Plotin au milieu du IIIe siècle. Grammaticalement, le mot « un » est ici employé comme substantif et avec majuscule (comme « Dieu » ou « Être »). Le mot s’oppose principalement à Multiple (dès Platon) et entre dans la liste des transcendantaux (avec Être, Bien, Vrai, Beau... qui sont au-delà des catégories et peuvent se convertir : Un = Bien = Beau). C’est l’Un-Dieu, l’Un-principe, mesure suprême.
de ces jeunes et brillants Athéniens qui, attirés par le charme et le rayonnement de sa puissante originalité, venaient apprendre auprès de lui l’art Kunst
arte
art
de voir clair en leur âme âme
psyche
psukhê
alma
soul
et de se rendre meilleurs, que ce je suis le fils d’une accoucheuse habile et de ce renom, et que mon destin Schicksal 
Geschick
Ge-schick
schicksalhaft
destin
co-destin
fado
destiny
destino
fate
destinal
est d’accoucher ce les âmes qui se sentent grosses des fruits de ce la sagesse sophia
sagesse
sabedoria
wisdom
sabedoría
σοφία
 ? »

Cette accoucheuse, dont le fils devait sauver le nom de l’oubli, se nommait Phénarète. Austère et digne femme femme
mulher
woman
mujer
, elle avait épousé un sculpteur, obscur mais honnête, qui répondait au nom de Sophronisque. Ce fut au sein de cet humble humilité
tapeinophrosyne
humble
humiliation
Selon Jean-Claude Larchet (Thérapeutique des maladies spirituelles), consiste pour l’homme à reconnaître ses limites, sa faiblesse, son impuissance, son ignorance, et aussi à s’abaisser volontairement, "à se regarder comme un néant malgré la grandeur et le nombre de ses mérites" (St. Jean Chrysostome).
ménage, dans le dème d’Alopèce, situé près d’Athènes sur la route de Marathon, que Socrate naquit, vers l’an 469, et le jour même, dit-on, de la naissance d’Ar-témis, déesse des accoucheuses.

Issu d’une famille qui n’avait pour vivre que les durs bénéfices que lui procuraient le métier du père et les fonctions plus ou moins bien Bien
agathon
agathón
Bem
Bom
Good
Bueno
rétribuées de la mère, Socrate se familiarisa de bonne heure avec les privations et la gêne attachées à un ménage laborieux et pauvre. Nous ne savons rien rien Le mot rien désigne une absence de chose(s), sans la notion de dénombrement ou de concept mathématique qui s’attache au nombre zéro. « Il n’y a rien ici » signifie qu’aucun objet n’est présent, sans a priori sur la nature des objets qui auraient pu se trouver à l’endroit considéré. de son enfance. Peut-être ser
être
being
ón
Le concept d’être désigne en général ce que nous ressentons exister d’une manière ou d’une autre dans la perception, qu’elle soit sensible ou intelligible. L’étude de l’être est appelée ontologie ou métaphysique.
faut-il trouver, dans les paroles que Socrate devait un jour employer pour ramener Lamproclès au respect de sa mère, quelque souvenir de ce que fut pour lui le foyer familial ?

— Où donc, disait Socrate à son fils qui se plaignait du caractère difficile de Xantippe, où donc trouverons-nous des êtres plus comblés de bienfaits que ne le sont les enfants par leurs générateurs ? En leur donnant la vie vie Le philosophe Michel Henry définit la vie d’un point de vue phénoménologique comme ce qui possède la faculté et le pouvoir « de se sentir et de s’éprouver soi-même en tout point de son être ». Pour lui, la vie est essentiellement force subjective et affectivité, elle consiste en une pure expérience subjective de soi qui oscille en permanence entre la souffrance et la joie. , ils leur permettent la jouissance de tous les biens que les Dieux ont départis aux mortels. Mais, pour leur donner l’existence Existenz
existence
exister
existentia
existência
existencia
bios
et les mettre en état d’en goûter le bonheur, que de peines, que de soucis il leur en coûte ! Les hommes homme
anthropos
hommes
humanité
L’homme est la personnification d’une alternative aux dimensions qui échappent à sa vision immédiate ; en d’autres termes, la raison d’être même de la condition humaine est de choisir, et de faire le bon choix : d’opter pour la participation libératrice à l’Etre nécessaire, et non pour l’errance asservissante dans le labyrinthe du possible et en direction du néant. (Frithjof Schuon, Perspectives spirituelles et faits humains)
, en effet, ne se marient pas uniquement pour satisfaire aux plaisirs d’Aphrodite, mais pour assurer leur perpétuité. Avant d’entrer en ménage, ils examinent quelles femmes leur donneront de beaux enfants, et c’est à celles-là qu’ils unissent leur destinée. L’époux nourrit l’épouse qui doit le rendre père. Même avant leur naissance, il amasse pour les descendants qu’il attend ce qu’il croit être utile, et il en amasse le plus qu’il peut. La mère, de son côté, porte avec peine le fardeau qui expose sa vie, le nourrit de sa propre substance substance
ousia
substances
Des points de vue philosophique ou métaphysique, la substance est la réalité permanente qui sert de substrat aux attributs changeants. La substance est ce qui existe en soi, en dessous des accidents, sans changements ; ce qui en fait un concept synonyme de l’essence. Elle s’oppose aux accidents variables, qui n’existent pas en eux-mêmes, mais seulement dans la substance et par la substance. Le terme vient du latin substare, se tenir debout ; de substantia, ce qui est dessous, le support.
et le met au jour avec de cruelles douleurs. Elle allaite ensuite son nouveau-né, se dépense pour lui et lui donne des soins, sans qu’aucun bienfait la rémunère et sans que l’enfant puisse même connaître connaissance
gnosis
intuition intellectuelle
gnôsis
connaître
conhecer
gnose
knowledge
know
conocer
conocimiento
celle qui lui voue tant de sollicitude. Elle cherche à deviner ce qui convient et ce qui peut faire plaisir au petit être qui ne peut pas encore indiquer ses besoins. Jour et nuit elle se tourmente pour lui, et cette mère se sacrifie sans prévoir quelle reconnaissance elle recevra de ses peines. Bien plus, dès que l’âge permet aux enfants de s’instruire, les parents leur enseignent ce qu’ils savent, et ce qu’ils croient nécessaire au bonheur de leur vie. Ils leur choisissent des maîtres et ne regrettent ni dépenses, ni soins pour leur donner l’éducation la meilleure. Il faut donc aimer, Lamproclès, une mère qui t’aime. Souviens-toi qu’elle a eu soin dans ton jeune âge que rien ne t’ait manqué, qu’elle a fait tout ce qu’elle a pu pour te conserver la santé et faire descendre sur toi, par ses a prière euche
prier
PRIÈRE : (pure, de Jésus, du cœur, de l’intelligence) désigne la prière intérieure continuelle des hésychastes : Seigneur Jésus Christ, Fils de Dieu, aie pitié de moi". (Philocalie, dir. Olivier Clément)
s, tous les bienfaits qui nous viennent des Dieux. Aime-la ; car, si tu ne peux supporter ta mère, c’est que le bonheur lui même t’est insupportable. »

De son père, Socrate paraît aussi avoir gardé un souvenir non moins reconnaissant. N’y a-t-il pas, en effet, dans les paroles suivantes, comme un écho de ce que fut pour son fils, dans son foyer laborieux, le sculpteur Sophronisque ?

— Les pères, disait Socrate, qui se tourmentent pour laisser de grandes richesses à leurs enfants, sans se mettre en peine de leur apprendre à pratiquer la vertu arete
excellence
vertu
vertue
virtude
virtue
virtud
, ressemblent à ceux qui élèvent des chevaux en les gavant de nourriture. Leurs chevaux deviennent fort gras ; mais ils ne sont aptes à rendre aucun service. Aussi, même en lui laissant peu, un père qui s’est appliqué à donner des vertus à son fils lui a beaucoup laissé, car c’est dans l’âme que sont les vraies richesses. Avec une âme riche, on se contente de peu ; mais on trouve toujours que l’on n’a point assez quand on est pauvre d’âme. »

Ainsi donc, malgré l’indigence de ses parents, Socrate dut être, dès son bas âge, le cher objet sujet
objet
La notion du « sujet », loin de n’être que psychologique, est avant tout logique et principielle et ne saurait se restreindre par conséquent à aucun ordre particulier ; la subjectivité évidente des facultés de sensation prouve déjà que le couple sujet-objet n’appartient pas au seul domaine de la psychologie. [Frithjof Schuon]
de leurs soins. Tout en lui formant un corps Körper
corpo
corps
soma
cuerpo
body
sain, leur sollicitude avisée prépara son âme à pouvoir possibilité
potentialité
Toute-Possibilité
pouvoir
poder
power
C’est infini ce qui n’est déterminé par aucune frontière ; c’est tout d’abord la Potentialité ou la Possibilité en soi, et ipso facto la Possibilité des choses, donc la Virtualité. Sans la Toute-Possibilité, il n’y aurait ni Créateur ni création, ni Mâyâ ni Samsâra. [Frithjof Schuon]
un jour se doter par elle-même de la seule richesse qui soit impérissable : la richesse d’une âme en qui s’est éveillée l’heureuse intelligence intelligence Notre intelligence n’est pleinement humaine que par les vérités concernant Dieu et nos fins dernières. Elle opère la compréhension de Dieu, du monde, de l’homme. [Frithjof Schuon] de la vie intérieure. Puis, quand il parvint à l’âge requis, comme le gouvernement exigeait que tous les enfants des citoyens fréquentassent les écoles et reçussent une éducation commune, le fils de Sophronisque fut instruit et formé à la manière dont l’étaient les jeunes Athéniens de son temps temps Philosophes, scientifiques et hommes de la rue ont bien souvent des vues différentes sur ce qu’est le temps, et les progrès des uns influencent les autres depuis des siècles. . Comme eux, il apprit à lire dans Homère et Hésiode ; il s’initia avec eux à la gymnastique, à la musique musique La musique est l’art consistant à arranger et ordonner les sons et les silences au cours du temps : le rythme est le support de cette combinaison dans le temps, la hauteur celle de la combinaison dans les fréquences, etc. Dans certains cas, l’intrusion de l’aléatoire a cependant dénié tout caractère volontaire à la composition. , à la poésie et aux premiers éléments de la géométrie géométrie La géométrie est la partie des mathématiques qui étudie les figures de l’espace de dimension 3 (géométrie euclidienne) et, depuis le XVIIIe siècle, aux figures de d’autres types d’espaces (géométrie projective, géométrie non euclidienne, par exemple). Certaines méthodes d’étude de figures de ces espaces se sont transformée en branches autonome des mathématiques : topologie,géométrie différentielle, et géométrie algébrique, par exemple. . Avec eux, enfin, il fit partie de ces bataillons scolaires qui, organisés par quartiers, se rendaient presque nus chez leurs maîtres, en rangs serrés et en silence silence , même quand la neige tombait à gros flocons. A Athènes, en effet, pour être un homme accompli, il fallait avoir j oint à la discipline de l’esprit esprit
pneuma
L’esprit est constitué par l’ensemble des facultés intellectuelles. Dans de nombreuses traditions religieuses, il s’agit d’un principe de la vie incorporelle de l’être humain. En philosophie, la notion d’esprit est au cœur des traditions dites spiritualistes. On oppose en ce sens corps et esprit (nommé plus volontiers conscience par la philosophie et âme par certaines religions. En psychologie contemporaine, le terme devient synonyme de l’ensemble des activités mentales humaines, conscientes et non-conscientes.
les exercices du gymnase, et s’être appliqué à se former un corps solide et sain autant qu’à rendre son âme belle et forte.

Sa première éducation terminée, ou pendant même qu’elle durait encore, Socrate apprit le métier de son père. Il l’exerça quelque temps et non sans habileté, puisqu’il eut l’honneur de sculpter, dans le siècle de Phidias, un ouvrage public. En effet, c’était à son ciseau, nous dit-on, qu’étaient dues les trois trinité
trois
triade
ternaire
L’archétype divin de tous les ternaires positifs est la trinité védantine Sat, Chit, Ananda : Dieu, à partir de son Essence surontologique, est pur "Être", pur "Esprit", pure "Félicité". Quand la trinité est horizontale, elle exprime les facultés a priori divines ; quand elle est verticale, elle exprime les tendances cosmiques. [Frithjof Schuon]
Grâces vêtues, que l’on voyait taillées sur l’enceinte de l’Acropole, derrière la statue d’Athèna. Socrate néanmoins ne paraît pas s’être adonné longtemps à l’art de la sculpture. Un jour, comme il cherchait à faire revivre en la pierre tous les attraits d’un modèle, une voix divine et secrète lui dit :

— Comment se fait-il, ô Socrate, que tu te donnes tant de peines pour exécuter dans la pierre la copie sans âme d’un modèle étranger, et que tu ne songes pas à sculpter ta propre âme et à te rendre sur terre terre L’ordre "terrestre", - qu’il s’agisse de notre terre ou d’autres mondes analogues qui nous restent forcément inconnus, l’ordre "terrestre" donc est ce monde purement "naturel" que nous avons mentionné plus haut. [Frithjof Schuon] la statue vivante de ce que sont les Dieux ? »

Pour répondre à cet appel impérieux et précis, Socrate depuis ce jour délaissa le marteau et le ciseau du sculpteur. Mais comment fit-il, puisqu’il était sans fortune, dit-on, ou tout au moins sans grande aisance, pour s’assurer ce strict nécessaire à la vie, même méditative ? Suivant les uns, Socrate se contenta du peu que lui procurait son léger patrimoine ; selon les autres, ce fut un de ses disciples, Criton, qui, par ses générosités aussi assidues qu’abondantes, lui permit de vivre, dès sa sortie de l’atelier paternel, sans aucune autre préoccupation que celle de se vouer corps et âme à sa divine vocation, et qui, jusqu’à la fui tragique de son maître, prit toujours un soin particulier de soulager sa pauvreté et de lui donner du loisir. Ne cherchant désormais qu’à façonner son âme, Socrate se mit à fréquenter Athènes, à rechercher les sages et à les écouter. Ayant eu l’heur de naître dans le plus beau beleza
belo
beauté
beau
beauty
belleza
siècle de l’histoire de sa patrie, et dans une cité qui rayonnait d’une atmosphère intellectu intellect
noûs
L’Intellect est l ’« oeil du coeur » ou l’organe de la connaissance directe. Il se projette dans l’âme individuelle en se limitant et se polarisant ; il se manifeste sous un triple aspect, ou si l’on préfère, il se scinde en trois modes : l’intelligence, la volonté et le sentiment. [Frithjof Schuon]
elle et morale incomparable, jamais, dans ce foyer où se donnaient rendez-vous tous les artistes et tous les philosophes, plus noble esprit ne se trouva respirer dans une ambiance plus noble. Sachant ce qu’il voulait et possédant la claire intelligence des moyens qui pouvaient le conduire à son but, le fils de Sophronisque, pour mieux apprendre et comprendre, non seulement allait se renseigner chez les doctes, mais, poussé par une curiosité ardente de connaître et par un amour amour
eros
éros
amor
love
jaloux de tout ce qui était vérité aletheia
alêtheia
veritas
vérité
truth
verdad
, il se plaisait encore à interroger les plus simples. Dès le matin, se mettant à l’école de la vie et des réalités permanentes, il se promenait sur la place Ort
lieu
lugar
location
locus
place
publique. Toute occasion lui était bonne pour arrêter les gens et converser avec eux. Artisans ou marchands, hommes politiques ou sophistes sophistes 1. un ensemble de penseurs, d’orateurs et d’enseignants grecs du Ve siècle av. J.-C. (et du début du siècle suivant) ;
2. chez Platon et la plupart des philosophes jusqu’à nos jours, une perversion volontaire du raisonnement démonstratif à des fins le plus souvent immorales, en faisant usage de méthode, d’argument divers, afin de rendre indiscutable son propos. Le philosophe n’usant que de sa raison (maïeutique chez Socrate, doute hyperbolique chez Descartes) pour arriver à ses fins.
3. le développement de la réflexion et de l’enseignement rhétorique, en principe à partir du IVe siècle av. J.-C., en pratique à partir du IIe siècle ap. J.-C. dans l’Empire romain.
, jeunes garçons ou hommes faits, tous devaient s’attendre à être interrogés et happés par cet enquêteur infatigable et tenace, qui savait se mettre à la portée des esprits les plus humbles. Son humeur humeur Le terme humeur vient du latin umor, qui est lui-même un mot venant du grec ancien et qui signifie liquide. Un autre mot en français qui a la même racine est le mot humour, mais son acception actuelle est plus récente (XVIIIe siècle). Il vient de l’anglo-normand humour qui vient lui-même du vieux français humor. Également, en anglais américain, humour s’orthographie humor, mais le même mot n’est pas prononcé de manières très différentes entre les anglophones britanniques et américains. enjouée, sa grâce insinuante, son astuce indiscrète et capricieuse de faune, son ironie insidieuse et mordante retenaient l’attention et captivaient tous ceux qui lui prêtaient l’oreille.

Toutefois ce zèle pour la sagesse, que Socrate manifesta dès sa première adolescence, s’il favorisait le perfectionnement de son âme, ne contribuait point à accroître le bien-être et l’aisance d’un modeste foyer. Au lieu de concourir en effet à sortir de la gêne et son père et sa mère, Socrate passait ses journées à errer dans les rues enchevêtrées d’Athènes et à s’y attarder, soit en d’interminables causeries chez les boutiquiers de la ville, soit e>i de longues et immobiles songeries sous l’abri des portiques. Il négligeait le soin de ses affaires domestiques pour s’adonner tout entier à la quête quête L’homme en quête de Dieu doit descendre en son cœur pour retrouver le Paradis perdu et réaliser l’« Unicité de l’Existence » (Wahdat el-Wujûd). des vertus et en éveiller le goût chez ses concitoyens. Une telle conduite n’était pas pour être agréable à son père. Obligé de travailler pour vivre, Sophronisque exigeait que son fils restât à l’atelier et le secondât. Mais Socrate, suivant aveuglément la voix qui l’inspirait, ne pouvait se résoudre à manier le ciseau.

— J’aime à m’instruire, dis ait-il. Or, si belles qu’elles soient, les œuvres d’art, quand on les interroge, ne vous répondent que par un vénérable silence. Mais les hommes savent parler dans la ville, et j’ai besoin de les entendre. »

Pour mettre fin fin
finalité
telos
télos
Le finalisme est une option théorique qui affirme l’existence d’une cause finale de l’univers, de la nature ou de l’humanité. Elle présuppose un dessein, un but ultime, une signification, immanents ou transcendants, présents dès leur origine. Cette perspective est aussi dite téléologique.
à ses anxiétés, Sophronisque, un jour, se rendit consulter un oracle.

— Quelle conduite, demanda-t-il au dieu Dieu La conception exacte de Dieu varie en fonction des philosophies et des religions. Dieu désigne généralement un « être suprême » dont les qualités sont illimitées, l’individuation personnelle ou impersonnelle du principe de l’univers, c’est-à-dire sa raison « première » en tant qu’essence primordiale - Dieu est alors souvent considéré comme le démiurge ou créateur - et sa raison « dernière » en tant que finalité et sens de la vie, dans les religions monothéistes. , dois-je tenir vis-à-vis de mon fils ? »

— Ne t’inquiète pas de Socrate, répondit l’oracle ; laisse-le faire tout ce que bon lui semble. Ne le violente pas, ne le détourne pas, donne toute liberté à ses inclinations. Prie seulement pour lui les Muses et le grand Zeus, car il possède un guide qui l’emporte sur tous les maîtres les plus sages du monde. »

Ce guide, communément appelé le Génie de Socrate, était une voix mystérieuse et précise qu’il entendait parfois au fond de sa conscience Gewissen
conscience
consciência
conciencia
consciencia
Bewusstsein
Bewußtsein
consciencidade
consciousness
. Ce Génie divin divin
divinité
Ce terme désigne la qualité d’être un dieu ou une déesse (une déité), ou Dieu (la Déité). Il est alors synonyme de divinité en tant que substantif.
se communiquait à lui par une sorte de langage langage Le langage est un ensemble de signes (vocaux, gestuel, graphiques, tactiles, olfactifs, etc.) doté d’une sémantique, et le plus souvent d’une syntaxe (mais ce n’est pas systématique[1]). Plus couramment, le langage est un moyen de communication. intérieur, qui pénétrait son âme, l’avertissait comme un signal, lui indiquait la vérité, et lui conseillait tantôt de s’abstenir au moment même d’agir action
praxis
agir
atuar
ação
act
acción
prattein
, tantôt d’agir au lieu de s’abstenir. Ce fut cette voix qui le détourna du métier de sculpteur, comme elle devait l’écarter plus tard de la carrière politique. Tant qu’il vécut, en effet, tout l’effort de cet étrange inspiré ne chercha qu’à vérifier dans la vie et qu’à soumettre à l’examen de son intelligence ce que lui dictaient la science science
epistêmê
episteme
sciences
Le sens originel du grec : se placer au-dessus de.... Parménide a ouvert la voie à la conception grecque de l’epistêmê en distinguant le monde de l’opinion et celui de la pensée pure et de l’être. (Y. Lafrance)
et la lumière lumière La lumière semble avoir fait l’objet d’une interprétation symbolique dès que les hommes se sont mis à croire dans un au-delà. Depuis la possible déification du feu, devenu élément vital pour l’Homme préhistorique, puis l’un des quatre éléments de la philosophie de la Grèce antique, jusqu’à la théologie chrétienne de Dieu comme "lumière des lumières", l’illumination étant présente dans de nombreuses religions, on n’a eu de cesse que de lui accorder des origines et vertus surnaturelles. du Génie intérieur qui instruisait son âme, et qui lui prescrivait cette éminente occupation : régénérer les hommes par l’étude du vrai et par la pratique du bien, donner un sens à la vie, un but à l’existence, et orienter vers ce but notre conduite morale. Cette grandiose et bienfaisante mission apparut toujours à Socrate comme un ordre émanant de la volont voluntas Notre volonté n’est pleinement humaine que par sa participation opérative aux vérités concernant Dieu et nos fins dernières. [Frithjof Schuon] é du ciel ciel
cieux
céu
céus
heaven
heavens
cielo
cielos
.

D’autre part, ce Génie tutélaire, qui continuellement assistait, informa information Ce qui donne à une multiplicité d’éléments disparates une unité organique, une structure subsistante. C’est la forme, au sens aristotélicien, le lien, le sundesmos qui fait d’une multiplicité une unité substantielle. C’est aussi le sens bien connu : un enseignement, une connaissance, communiquée, par quelqu’un qui sait, à quelqu’un qui ne sait pas. [Claude Tresmontant] it et guidait le fils de Sophronisque, le conseillait aussi quand il s’agissait de diriger, d’inspirer et de servir ses amis. Jamais personne, dit-on, n’avait négligé, sans avoir à s’en repentir, les avertissements qu’il suggérait à Socrate. Un jour, raconte-t-on, le fils de Sophronisque rencontra Criton, son riche et généreux ami, avec un bandeau sur l’œil.

— Qu’as-tu, lui demanda Socrate ?

— En me promenant l’autre jour avec toi, lui répondit Criton, tu sais bien que je me suis un instant écarté du chemin. Or, à ce moment, comme je passais sous un arbre, j’ai voulu faire plier une branche ; elle m’a échappé ; et, en se redressant, elle m’a frappé dans l’œil.

— Pourquoi, lui dit alors Socrate, ne m’as-tu pas obéi, quand, averti selon ma coutume par un instinct divin, je t’ai prié de ne point me quitter ? »

Une autre fois, Socrate se trouva être invité à souper en compagnie de Timarque. Or ce Timarque avait projeté de se défaire traîtreusement d’un de ses ennemis, le soir même du jour fixé pour ce repas. Comme ce convive aux noirs desseins sentait l’heure qui le pressait, il se leva de table, et s’excusa de s’absenter en disant qu’il reviendrait sous peu. Socrate, comme tout le monde d’ailleurs, ignorait ce misérable projet. S’adressant à Timarque, il le pria de ne point sortir, et ce malheureux se remit à sa place. Peu après cependant, il se leva de table pour la seconde fois, et redit à Socrate qu’il était forcé de s’en aller un instant. Mais, obéissant à la voix d’un mystérieux pressentiment, le fils de Sophronisque lui conseilla derechef et avec insistance de rester avec lui. Timarque se rassit. Enfin, pour la troisième fois et sans rien dire à Socrate, il se leva, et, sans attirer l’attention de personne, se déroba. Quelques jours après, Timarque fut arrêté et condamné pour meurtre. Comme on le traînait au supplice :

— Je meurs, dit-il tout haut à son frère, pour n’avoir point voulu obéir à Socrate ! ».


Voir en ligne : Platonisme