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Histoire de la Philosophie

Procope de Gaza, entre 465-529 ap. J.-C.

Basile Tatakis - La Philosophie Byzantine

jeudi 11 octobre 2007

Commentateur et rhéteur, Procope, le frère de Zacharie, n’est pas étranger à la philosophie. Nous trouvons, dans des chapitres introductifs aux commentaires, des pensées qui méritent notre attention. Ainsi dans le commentaire in Isaïam prophetam, il soutient que « le prophète voit... mais non pas en une extase de son intelligence, comme certains le croient, l’intelligence humaine se voilant par l’Esprit. Ceci n’est pas digne de l’Épidémie divine, parce que le divin apporte la perfection et non pas la privation des raisonnements naturels... car la lumière ne cause pas l’aveuglement ; elle invite, au contraire la faculté de voir à agir ; de même Dieu appelle l’intelligence pure à une contemplation spirituelle. Il est d’une puissance maligne, et d’elle seule, de causer une extase pour le mal de ceux qui l’ont reçue ». Attitude nettement rationaliste et spiritualiste visant Plotin et ceux qui, suivant la théorie plotinienne sur l’extase, interprétaient mal les textes des écritures relatifs à l’extase. Ainsi le Prophète, au moment de l’inspiration, qui est l’extase, alors qu’il reçoit la visite de l’esprit divin, ne cesse pas d’être un sujet pensant et raisonnant. Il est justement un être humain qui atteint la perfection.

Procope n’a pas manqué de combattre lui aussi la doctrine de l’éternité du monde. Il y a consacré sa « Réfutation des éléments théologiques » de Proclos, dont on ne peut pas se faire une idée d’après le fragment qui en subsiste.

Procope revient à la même question dans son commentaire « in Genesim » : si, dit-il, la matière est éternelle, elle est aussi inaltérable ; car s’il faut qu’elle subisse une altération, celle-ci portera sur l’éternité seule, ce qui, par hypothèse, est impossible. La matière étant sans qualité, sans quantité et sans forme, ne peut pas subir d’altération dans des propriétés qu’elle n’a pas. Procope trouve dans la suite, plusieurs autres inconvénients, auxquels cette théorie nous mène et finit par se demander : « Comment Dieu ne serait pas plutôt le père du monde, ou son créateur le faisant naître comme le soleil l’aurore et non pas comme un fondateur d’une ville lui réglant sa vie. » « Si Dieu, ajoute-t-il, et le monde sont coéternels, corps simples et corps composés sont créés en même temps ; mais alors comment ceux-ci viennent-ils de ceux-là ? Et ceux qui sont en puissance existent en même temps que ceux qui sont en acte, les imparfaits en même temps que les parfaits, lesquels, par nature, viennent des imparfaits, comme par exemple les hommes mûrs viennent des enfants, les fruits des semences, les augmentations des diminutions et ainsi de suite. » Enfin si Dieu et le monde sont coéternels, il n’y aura rien de neuf dans le monde. Passage très intéressant, puisqu’il implique que la doctrine sur la création du monde adopte l’idée que le monde a son histoire, sa progression historique. On ne peut plus Voir le monde horizontalement, comme quelque chose à la surface duquel, — le fond restant toujours identique à soi — ont lieu des altérations, ou dans une évolution nécessaire mais cyclique, qui n’est pas une évolution mais une répétition réglée d’avance par l’Heimarméné. Avec la doctrine de la création le devenir du monde commence à prendre un autre sens ; c’est un devenir qui suit la verticale ; et quoique tout dans le monde soit réglé par la sagesse divine, cela n’empêche qu’il y ait de la place pour le nouveau. Ainsi la notion du devenir acquiert un contenu nouveau et plus riche.