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Histoire de la Philosophie

Zacharie, évêque de Mételin, mort avant 553 ap. J.-C.

Basile Tatakis - La Philosophie Byzantine

jeudi 11 octobre 2007

félicité
felicidade
bonheur
felicidad
happiness
Bonne chance ou fortune ; le mot grec est un composés fait sur daimon (puissance divine, dieu, destin). (selon R. Guérineau)

Zacharie, évêque de Mételin, dit le Scolastique, Contemporain et ami d’Énée, Gazéen comme lui, s’occupa aussi de la création Création
Criação
criação
creation
creación
du monde Welt
Weltlichkeit
monde
mondanéité
mundo
mundidade
mundanidade
worldliness
mundanidad
dans son dialogue « Ammonios, ou de la création du monde ». A part l’attitude commune d’Énée et de Zacharie, nous avons sur plusieurs points des problèmes et des arguments identiques et il serait intéressant de savoir episteme
saber
savoir
ciência
science
ciencia
lequel des deux dialogues parut le premier. Il se peut bien Bien
agathon
agathón
Bem
Bom
Good
Bueno
naturellement qu’ils soient tous les deux basés sur des lieux communs de l’attitude chrétienne de leur époque. Le dialogue de Zacharie est composé dans le but de réfuter la doctrine sur l’éternité du monde professée à Alexandrie Alexandrie
Alexandria
L’École d’Alexandrie désigne le mouvement platonicien qui a fleuri à Alexandrie entre le IVe et le VIIe siècles apr. J.-C., dont l’initiateur avait été Ammonius Saccas, le maître de Plotin. (d’après Y. Lafrance)
par le néoplatonicien Ammonios Hermeiou, l’élève de Proclus, et le médecin sophiste Gesius. Dès le commencement l’opposition entre paganisme et christianisme se pose d’une manière beaucoup plus tranchée et dure. Ammonios est selon Zacharie un soi Selbst
soi-même
Soi
si mesmo
Self
si mismo
A non-personal, all-inclusive awareness.
-disant philosophe ; quant à Proclus, il est sans ménagement qualifié aphilosophos et asophos. Les doctrines se distinguent en doctrines hell enfer
inferno
hell
éniques et en doctrines chrétiennes et à partir d’un certain moment le principal personnage du dialogue, qui est l’auteur lui-même, se donne le nom de chrétien.

La thèse d’Ammonios, qui est celle de Proclos et d’après laquelle le terme création ne signifie qu’un certain lien de causalité causalidade
causalité
causalidad
causality
, — le monde est né seulement en tant qu’il est l’effet d’une cause causa
cause
aitia
aitía
aition
 ; c’est pourquoi, coéternel au créateur, il est élevé à la même dignité que lui, — oblige Zacharie à développer le concept de Dieu Gott
Dieu
Deus
God
Dios
theos
dans toute sa pureté chrétienne. Dieu, dit-il, est intelligible intelligible En quel sens être en acte se dit-il de l’intelligible ? Est-ce au sens où la statue, comme couple de forme et de matière, est un être en acte ? Est-ce parce que chaque intelligible a reçu une forme ? - Non, c’est que chacun d’eux est une forme et qu’il est parfaitement ce qu’il est. L’intelligence ne passe pas de la puissance à l’acte, d’un état où elle est capable de penser à un état où elle pense effectivement (car il faudrait alors avant elle une autre intelligence qui ne fût pas passée de la puissance à l’acte) ; mais le tout de son être est en elle. L’être en puissance ne consent à passer à l’acte que par l’intervention d’un autre terme, nécessaire à la génération d’un être en acte ; mais l’être qui tire de lui-même et garde éternellement ses manières d’être, est un être en acte. Donc tous les êtres premiers sont des êtres en acte ; car ils possèdent d’eux-mêmes et toujours ce qu’ils doivent posséder. Il en est ainsi également de l’âme qui n’est pas dans la matière mais dans l’intelligible. Quant à l’autre âme, celle qui est dans la matière, comme l’âme végétative, elle est aussi en acte ; elle aussi, elle est ce qu’elle est, parce qu’elle est en acte. ENNÉADES - Bréhier : II, 5 (25) - Que veut dire en puissance et en acte ? 3 et incorporel, incorruptible et immortel, toujours dans le même état, incirconscriptible, au delà de toute description, lien et relation Beziehung
Bezug
Verhältnis
Weiter-reden 
relation
relação
relación
rapport
. Il a été de tout temps temps Philosophes, scientifiques et hommes de la rue ont bien souvent des vues différentes sur ce qu’est le temps, et les progrès des uns influencent les autres depuis des siècles. créateur, comme ayant en lui les raisons créatrices. De même que le médecin est médecin, même quand il ne soigne pas des malades, de même Dieu est créateur, même quand il ne l’est pas effectivement. Il continue d’ailleurs de l’être ser
être
being
ón
Le concept d’être désigne en général ce que nous ressentons exister d’une manière ou d’une autre dans la perception, qu’elle soit sensible ou intelligible. L’étude de l’être est appelée ontologie ou métaphysique.
toujours par sa Providence providence
providência
pronoia
et par le fait qu’il est celui qui contient l’univers Univers L’Univers est un tissu fait de nécessité et de liberté, de rigueur mathématique et de jeu musical ; tout phénomène participe de ces deux principes. [Frithjof Schuon] . D’autre part, ajoute-t-il, le Dieu des chrétiens est le créateur par excellence arete
excellence
vertu
vertue
virtude
virtue
virtud
, puisqu’il a tiré du néant néant La notion de néant est directement et indissociablement liée à la notion d’existence. Évoquer le néant revient à révoquer l’existence et réciproquement.

Le néant est un substantif définissant, selon l’usage, soit un état soit un caractère, l’article suivant s’attache à expliquer ces deux aspects.
la substance substance
substantia
substances
substância
substancia
elle-même et a donné à la forme forme
idea
eidos
eîdos
idéa
En philosophie, on oppose la forme à la matière dans les cas généraux. Chez Aristote, c’est ce vers quoi tend tout changement : elle est à la fois l’acte, l’essence, la perfection, et le principe d’unité de chaque être. (Wikipédia)
la matière matière
hyle
La matière est la substance qui compose tout corps ayant une réalité tangible. Ses trois états les plus communs sont l’état solide, l’état liquide, l’état gazeux. La matière occupe de l’espace et possède une masse. Ainsi, en physique, tout ce qui a une masse est de la matière.
qui lui convenait. « Car nous soutenons, dit-il, que Dieu est le créateur des substances elles-mêmes, et non pas, comme vous, le créateur des formes seulement, celui qui a donné la forme et l’espèce à la matière informe et sans espèce. » Quoique Dieu ait en lui de tout temps la volont voluntas Notre volonté n’est pleinement humaine que par sa participation opérative aux vérités concernant Dieu et nos fins dernières. [Frithjof Schuon] é de créer ce qu’il crée actuellement, il crée seulement quand c’est pour le bien des créatures, non pas pour son compte, ni pour se servir des créatures, comme dit Platon, ni pour être Dieu, mais uniquement parce qu’il est bon, et parce qu’il est Dieu. Quant au monde sensible c’est un blasphème de dire qu’il est éternel comme Dieu. Quand Gesius dit que s’il est vrai que tout ce qui naît, naît dans le temps, il n’est pas possible que* le temps lui-même ait une naissance ; car s’il est né, puisque tout ce qui naît, naît dans le temps, il s’ensuivrait que le temps fût né dans le temps ; ce qui est absurde ; le temps est donc sans naissance, ainsi que le monde lui-même (3) ; Zacharie répond qu’il n’est pas vrai que tout ce qui naît, naît dans le temps. D’ailleurs il n’est pas du tout nécessaire que le temps lui-même naisse dans le temps ; autrement on chercherait un temps sans temps pour qu’il y ait le temps. Le temps naît dans l’éternité, il est l’enfant de l’éternité, de Dieu éternel, comme le monde qui est son image image
eikon
eikón
Il n’y a pas de théophanie qui ne soit préfigurée dans la constitution même de l’être humain, car celui-ci est "fait à l’image de Dieu" ; l’ésotérisme entend actualiser ce que Dieu a mis de divin dans ce miroir de lui-même qu’est l’homme. (Frithjof Schuon, Résumé de métaphysique intégrale)
sensible. Le biais platonicien sous lequel il voit le monde sensible et ses problèmes permet à Zacharie de se plonger dans l’éternité de Dieu. Pour soutenir l’éternité du monde les païens usaient d’un autre argument, celui de la sphère. Le monde, disaient-ils, est comme la sphère sans commencement et sans fin fin
finalité
telos
télos
Le finalisme est une option théorique qui affirme l’existence d’une cause finale de l’univers, de la nature ou de l’humanité. Elle présuppose un dessein, un but ultime, une signification, immanents ou transcendants, présents dès leur origine. Cette perspective est aussi dite téléologique.
. A quoi le chrétien répond quelque peu naïvement : « Ce n’est, dit-il, que pour moi et toi que le commencement de la sphère est insaisissable ; en réalité elle commence quelque part comme quand nous traçons un cercle cercle
círculo
circle
. » De même, en conclut-il, le monde a commencé à partir de quelque point temporel.

Ce qui précède laisse se dessiner clairement la différence profonde qui sépare le Dieu des philosophes grecs de celui des philosophes chrétiens. Le premier est plutôt un principe Principe
arche
arkhê
princípio
Princípio
Principio
Principle
explicatif, une cause métaphysique Metaphysik
métaphysique
metafísica
metaphysics
, qui sert plutôt à lier qu’à séparer les deux mondes, le monde sensible et le monde intelligible. Il offre plusieurs accès et issues de l’un L'Un
hen
hén
L’Un, en philosophie ou en mystique, désigne le Principe suprême, souvent donné comme impensable et ineffable. Historiquement, cette notion prend tout son essor, en philosophie, à partir du néoplatonisme de Plotin au milieu du IIIe siècle. Grammaticalement, le mot « un » est ici employé comme substantif et avec majuscule (comme « Dieu » ou « Être »). Le mot s’oppose principalement à Multiple (dès Platon) et entre dans la liste des transcendantaux (avec Être, Bien, Vrai, Beau... qui sont au-delà des catégories et peuvent se convertir : Un = Bien = Beau). C’est l’Un-Dieu, l’Un-principe, mesure suprême.
à l’autre. C’est un Dieu philosophique qui répond à l’activité d’intellectu intellect
noûs
L’Intellect est l ’« oeil du coeur » ou l’organe de la connaissance directe. Il se projette dans l’âme individuelle en se limitant et se polarisant ; il se manifeste sous un triple aspect, ou si l’on préfère, il se scinde en trois modes : l’intelligence, la volonté et le sentiment. [Frithjof Schuon]
alisation. Le second est purement et simplement Dieu. Il se pose plutôt pour séparer que pour unir les deux mondes. Il n’est pas fait pour aider la raison dianoia
la raison
raison discursive
reason
razão
razón
humaine à expliquer les choses, mais pour la braver. Dès lors ce n’est pas par l’intellect intellect
noûs
L’Intellect est l ’« oeil du coeur » ou l’organe de la connaissance directe. Il se projette dans l’âme individuelle en se limitant et se polarisant ; il se manifeste sous un triple aspect, ou si l’on préfère, il se scinde en trois modes : l’intelligence, la volonté et le sentiment. [Frithjof Schuon]
que nous nous approcherons de l’Inabordable, mais par l’amour amour
eros
éros
amor
love
. Tout étant Lui et en Lui, c’est vers Lui que nous devons toujours nous tourner. A l’éternité du monde le philosophe grec cherche une base pour y fonder la science science
epistêmê
episteme
sciences
Le sens originel du grec : se placer au-dessus de.... Parménide a ouvert la voie à la conception grecque de l’epistêmê en distinguant le monde de l’opinion et celui de la pensée pure et de l’être. (Y. Lafrance)
du sensible et du devenir. Le chrétien y Voit un blasphème contre Dieu. La science du sensible l’intéresse seulement en tant qu’elle l’aide à saisir Dieu.

Zacharie est bien au courant de la philosophie de Platon et d’Aristote, en ce qui a rapport au sujet sujet
objet
La notion du « sujet », loin de n’être que psychologique, est avant tout logique et principielle et ne saurait se restreindre par conséquent à aucun ordre particulier ; la subjectivité évidente des facultés de sensation prouve déjà que le couple sujet-objet n’appartient pas au seul domaine de la psychologie. [Frithjof Schuon]
de son dialogue. Il connaît le Timée, le Phédon, le Phèdre, les théories d’Aristote sur les causes, la puissance acte
puissance
energeia
dynamis
, l’acte, la forme, la matière et la critique qu’il a faite aux idées platoniciennes. Quant aux Pères de l’Église il se rapporte à saint Basile et surtout à Grégoire de Nysse, le Théologos. Seuls les Pères jugés comme orthodoxes attirent son attention.