Philosophia Perennis

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Le Mystère de Noël

Edith Stein : LES VOIES DU SALUT

Trad. L. et E. Zwiauer

jeudi 13 novembre 2008

félicité
felicidade
bonheur
felicidad
happiness
Bonne chance ou fortune ; le mot grec est un composés fait sur daimon (puissance divine, dieu, destin). (selon R. Guérineau)

Pouvons-nous encore dire : « Que ta volont voluntas Notre volonté n’est pleinement humaine que par sa participation opérative aux vérités concernant Dieu et nos fins dernières. [Frithjof Schuon] é soit faite », si nous ne connaissons plus les véritables exigences de Dieu Gott
Dieu
Deus
God
Dios
theos
 ? Pouvons-nous encore demeurer dans ses voies si la lumière lumière La lumière semble avoir fait l’objet d’une interprétation symbolique dès que les hommes se sont mis à croire dans un au-delà. Depuis la possible déification du feu, devenu élément vital pour l’Homme préhistorique, puis l’un des quatre éléments de la philosophie de la Grèce antique, jusqu’à la théologie chrétienne de Dieu comme "lumière des lumières", l’illumination étant présente dans de nombreuses religions, on n’a eu de cesse que de lui accorder des origines et vertus surnaturelles. intérieure s’éteint ? Oui, car même si cette possibilité possibilité
potentialité
Toute-Possibilité
pouvoir
poder
power
existe en principe Principe
arche
arkhê
princípio
Princípio
Principio
Principle
, il est de tels et si puissants moyens qu’il est réellement peu vraisemblable que nous puissions nous perdre.

Dieu est venu pour nous sauver, nous lier à lui, nous lier entre nous, conformer notre volonté à la sienne. Connaissant notre nature nature
physis
phusis
phúsis
Le grec phúsis dérive de la racine indo-européenne bhû-, qui a donné en sanskrit comme verbe : "devenir", "se produire", "avoir lieu" ; comme non : "terre", "sol", "lieu", "état", "condition". Peut désigner aussi bien l’origine, que le déroulement et le résultat de tout processus. (Luc Brisson)
, Il en tient compte et nous donne tout ce qui peut nous aider à atteindre le but. L’Enfant divin divin
divinité
divino
divindade
divindad
divine
divinity
est devenu le Maître ; Il nous enseigne ce que nous devons faire.

Pour imprégner toute notre vie vie Le philosophe Michel Henry définit la vie d’un point de vue phénoménologique comme ce qui possède la faculté et le pouvoir « de se sentir et de s’éprouver soi-même en tout point de son être ». Pour lui, la vie est essentiellement force subjective et affectivité, elle consiste en une pure expérience subjective de soi qui oscille en permanence entre la souffrance et la joie. d’homme homme
anthropos
hommes
humanité
L’homme est la personnification d’une alternative aux dimensions qui échappent à sa vision immédiate ; en d’autres termes, la raison d’être même de la condition humaine est de choisir, et de faire le bon choix : d’opter pour la participation libératrice à l’Etre nécessaire, et non pour l’errance asservissante dans le labyrinthe du possible et en direction du néant. (Frithjof Schuon, Perspectives spirituelles et faits humains)
de la vie divine, il ne suffit pas de s’agenouiller une fois par an devant la crèche et de se laisser captiver par le charme de la sainte Nuit. Il faut, tout au long de la vie, communiquer avec Dieu, docile à l’enseignement qu’il nous a transmis, obéissant à ses lois.

Tout d’abord, nous devons prier comme notre Sauveur nous l’a lui-même appris : « Demandez, et vous recevrez. » Promesse certaine que nous serons exaucés. Celui qui, chaque jour, dit de tout son cœur coeur
kardia
cœur
coração
coración
heart
 : « Seigneur, que ta volonté soit faite », peut avoir confiance : il ne manquera pas d’accomplir la volonté divine même si, subjectivement, il n’en a plus la certitude.

Allons plus loin : le Christ ne nous a pas laissés orphelins. Il a envoyé son Esprit esprit
pneuma
espírito
spirit
mente
mind
qui nous enseigne toute vérité aletheia
alêtheia
veritas
vérité
truth
verdad
. Il a établi son Église que son Esprit dirige, et institué ses vicaires par la bouche desquels l’Esprit nous parle un langage langage Le langage est un ensemble de signes (vocaux, gestuel, graphiques, tactiles, olfactifs, etc.) doté d’une sémantique, et le plus souvent d’une syntaxe (mais ce n’est pas systématique[1]). Plus couramment, le langage est un moyen de communication. d’hommes. En elle, il a rassemblé les fidèles en une communauté, et veut que chacun soit responsable des autres. Ainsi ne sommes-nous pas seuls, et si la confiance en notre propre discernement et même en notre propre prière vient à faire défaut, la force de l’obéissance et la force de l’intercession y suppléent.

« Et le Verbe s’est fait chair chair
sarx
carne
carnal
carnalidade
carnalidad
carnality
charnel
. » Ce mystère mystère
mysterion
mystères
Du grec musterion, fermer les yeux ou la bouche. Désigne un secret, les pratiques et les rites réservées aux initiés, un objet de difficile connaissance, et l’initiation des doctrines secrètes. (V. Siret)
est devenu vérité dans l’étable de Bethléem. Mais il s’est encore accompli sous une autre forme forme
idea
eidos
eîdos
idéa
En philosophie, on oppose la forme à la matière dans les cas généraux. Chez Aristote, c’est ce vers quoi tend tout changement : elle est à la fois l’acte, l’essence, la perfection, et le principe d’unité de chaque être. (Wikipédia)
 : « Celui qui mange ma chair et boit mon sang possède la vie éternelle. »

Le Sauveur, sachant que nous sommes et demeurons des hommes qui, chaque jour, avons à combattre nos mauvais penchants vient d’une manière véritablement divine au secours de notre humanité. De même que notre corps Körper
corpo
corps
soma
cuerpo
body
charnel a besoin du pain quotidien, ainsi la vie divine en nous exige une nourriture sans cesse renouvelée. « Voici le pain vivant qui est descendu du ciel ciel
cieux
céu
céus
heaven
heavens
cielo
cielos
. » En celui qui vraiment le reçoit comme sa nourriture s’accomplit chaque jour le mystère de Noël, l’Incarnation incarnation
sárkosis
Le mot vient du grec sarx, qui signifie chair, et a été inspiré par la parole de l’évangéliste Jean : "et le Verbe s’est fait chair" (Jn 1,14). La théologie conçoit l’incarnation "du fils de Dieu" en tant qu’événement fondateur de la foi. [Le Goaziou]
du Verbe. Il n’est pas de chemin plus sûr pour demeurer un avec Dieu et pour s’enraciner chaque jour plus fortement et plus profondément dans le Corps mystique du Christ.

Je sais bien Bien
agathon
agathón
Bem
Bom
Good
Bueno
que pour beaucoup cette option apparaît comme trop radicale. En fait, elle implique pour la plupart une transformation totale du comportement et de la vie intérieure. Mais il faut justement qu’il en soit ainsi. Faire en nous place Ort
lieu
lugar
location
locus
place
à l’Eucharistie, afin que le Seigneur transforme notre vie en la sienne, est-ce là trop exiger ?

On perd bien son temps temps Philosophes, scientifiques et hommes de la rue ont bien souvent des vues différentes sur ce qu’est le temps, et les progrès des uns influencent les autres depuis des siècles. à des lectures futiles, à traîner dans les cafés, à bavarder au coin des rues, toutes distractions dans lesquelles se gaspillent le temps et les forces. Ne serait-il vraiment pas possible de réserver une heure le matin pour se recueillir au lieu de se distraire, acquérir des forces au lieu de s’épuiser, afin d’être ser
être
being
ón
Le concept d’être désigne en général ce que nous ressentons exister d’une manière ou d’une autre dans la perception, qu’elle soit sensible ou intelligible. L’étude de l’être est appelée ontologie ou métaphysique.
prêts à affronter les tâches journalières ?

Mais évidemment, cette heure ne suffira pas. Elle donnera à toute notre journée son vrai sens, et il ne nous sera plus possible de nous laisser aller, même pour un moment.

On ne peut échapper au jugement de celui que l’on fréquente chaque jour. Même lorsque aucune parole n’est échangée, on perçoit au comportement des autres ce que l’on est soi Selbst
soi-même
Soi
si mesmo
Self
si mismo
A non-personal, all-inclusive awareness.
-même. On cherche à se conformer à son entourage, et si l’on n’y parvient pas la vie commune tourne au supplice. Il en est ainsi dans les rapports quotidiens avec le Sauveur. Devenant chaque jour plus sensible à ce qui Lui plaît ou Lui déplaît, celui qui était naguère facilement satisfait de lui-même voit tout désormais sous un autre jour. Il constate bien des laideurs, et les corrige autant qu’il est possible. Il découvre maintes choses qu’il ne peut juger ni belles ni bonnes et auxquelles cependant il lui est difficile de porter remède. Ainsi devient-il tout doucement plus petit et plus humble humilité
tapeinophrosyne
humble
humiliation
Selon Jean-Claude Larchet (Thérapeutique des maladies spirituelles), consiste pour l’homme à reconnaître ses limites, sa faiblesse, son impuissance, son ignorance, et aussi à s’abaisser volontairement, "à se regarder comme un néant malgré la grandeur et le nombre de ses mérites" (St. Jean Chrysostome).
, plus patient, plus indulgent au brin de paille qui est dans l’œil du prochain, car il est suffisamment occupé par l’une des poutres qui sont dans le sien. Et il apprend alors à se supporter lui-même dans la lumière inexorable de la présence divine, et à s’abandonner à la miséricorde de Dieu qui, finalement, triomphe de ce qui nargue ses forces.

La route est longue qui conduit de la suffisance du « bon catholique » qui « remplit ses devoirs », lit un « bon journal », vote « bien », etc., mais pour le reste fait comme il lui plaît, jusqu’à l’abandon aux mains de Dieu, dans la simplicité de l’enfant et l’humilité du publi-cain. Mais celui qui a fait une fois un pas dans cette voie Tao
Dao
Voie
Way
Le Tao, qu’on traduit littéralement par "Voie", et qui a donné son nom à la doctrine elle-même, est le Principe suprême, envisagé au point de vue strictement métaphysique. René Guénon
ne reviendra pas en arrière.

Ainsi la vie filiale en Dieu consiste à devenir à la fois petit et grand. Vivre de l’Eucharistie nous contraint à sortir totalement des étroites limites de notre vie personnelle pour nous enraciner et nous faire croître dans toutes les dimensions de la vie du Christ.

Qui visite le Seigneur dans sa maison ne l’entretiendra pas toujours de sa propre personne, ni de ses affaires, mais s’intéressera d’abord aux choses de Dieu. Participer chaque jour au Saint-Sacrifice sacrifice Sacrifice, étymologiquement « fait de rendre sacré » (du latin sacrificium, de sacer facere). nous entraîne comme à notre insu dans le courant de la vie de l’Église. Les prières et les rites de l’autel, tout au long du cycle liturgique, nous montrent l’histoire du salut salut Dans les religions qui constatent la rupture entre Dieu et les humains, le salut, salut de l’âme ou salut éternel est le rétablissement durable, éternel, des liens entre eux. et nous en donnent une intelligence intelligence Notre intelligence n’est pleinement humaine que par les vérités concernant Dieu et nos fins dernières. Elle opère la compréhension de Dieu, du monde, de l’homme. [Frithjof Schuon] toujours plus profonde. L’action action
praxis
agir
atuar
ação
act
acción
prattein
sacrificielle nous imprègne toujours davantage du mystère central de notre foi
foi
faith
pistis
Croire sincèrement, c’est croire comme si on voyait ; c’est admettre avec tout notre être ; c’est donc se détacher du multiple, du divers, de tout ce qui n’est pas l’Un ; c’est toute la voie, jusqu’à l’union. [Schuon]
, pivot de l’histoire du monde Welt
Weltlichkeit
monde
mondanéité
mundo
mundidade
mundanidade
worldliness
mundanidad
, mystère d’Incarnation et de Rédemption. Comment assister au Saint-Sacrifice avec un esprit et un cœur ouverts sans être pénétrés de sa finalité fin
finalité
telos
télos
Le finalisme est une option théorique qui affirme l’existence d’une cause finale de l’univers, de la nature ou de l’humanité. Elle présuppose un dessein, un but ultime, une signification, immanents ou transcendants, présents dès leur origine. Cette perspective est aussi dite téléologique.
, sans être saisis du désir désir
epithymia
epithymía
épithymétikon
épithymia
d’engloutir notre petite vie personnelle dans la grande œuvre du Rédempteur.

Les mystères du christianisme sont un tout indivisible. En aborder un seul c’est les aborder tous. Ainsi, le chemin de Bethléem nous entraîne-t-il irrésistiblement vers le Calvaire, de la Crèche à la Croix croix
cruz
cross
.

Quand la Très Sainte Vierge vierge
virginité
parthenía
parthenos
Les Père l’entende dans son sens large d’"une continence parfaite", d’"un renoncement absolu à l’exercice de la sexualité". [Jean-Claude Larchet]
porta l’Enfant au Temple, il lui fut prédit qu’une épée transpercerait son âme âme
psyche
psukhê
alma
soul
, que son fils était donné pour la chute chute
queda
decadência
caída
fall
et la résurrection d’un grand nombre, et comme un signe de contradiction ! Annonce de la souffrance souffrance
sofrimento
suffering
sofrimiento
, du combat entre la lumière et les ténèbres ténèbres Les ténèbres sont d’abord un concept ou une croyance religieuse qui désigne le néant, la mort, l’état de l’âme privée de Dieu, de la grâce, et qui signifie privation totale de lumière, obscurité. Le mot est attesté dès le XIIe siècle. Du latin tenebræ, ayant la même signification. qui déjà s’était manifesté à la Crèche.

Il arrive, en certaines années, que la Chandeleur, fête du cycle de l’Incarnation, et la Septuagésime, prélude de la Passion, tombent presque en même temps. Dans la nuit du péché péché Péché est un mot utilisé dans les religions et certaines sectes pour désigner une transgression volontaire ou non de ce que celle-ci considère comme loi divine. Il est souvent défini comme une désobéissance, un refus, un obstacle au salut ou encore comme une cause de mort de l’âme. rayonne l’étoile de Bethléem. Sur l’éclat de la lumière qui émane de la Crèche, tombe l’ombre de la Croix. La lumière s’éteint dans les ténèbres du vendredi saint, mais pour surgir plus rayonnante encore, soleil de miséricorde, à l’aube du troisième jour.

La voie du Fils de Dieu fait Homme, par Gethsemani et le Golgotha, conduit au triomphe de Pâques.

Avec le Fils de Homme, à travers la souffrance et la mort mort La mort d’un être vivant est l’arrêt irréversible de ses fonctions vitales : assimilation de nutriments, respiration, fonctionnement du système nerveux central. On la distingue d’un arrêt temporaire (hibernation, congélation). Elle est suivie de la décomposition de l’organisme mort sous l’action de bactéries ou de nécrophages. , notre cheminement, celui de toute l’humanité, aboutit aussi à la gloire de la Résurrection.