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Esprit et réalité

Berdiaeff : L’Objectivation de l’esprit. Symbolisation et réalisation (I)

mercredi 12 novembre 2008

Nicolas Berdiaeff. Esprit et Realité. Aubier Montaigne, 1943
CHAPITRE III L’Objectivation de l’esprit. Symbolisation et réalisation

I

Nous avons montré que l’esprit est sujet et qu’il se révèle dans le sujet [1]. Mais l’esprit s’objective, il se projette à l’extérieur, il s’exprime au dehors, dans l’être qui existe pour un autre. L’esprit s’exprime socialement. Il se socialise. L’esprit entre dans l’histoire : à partir de ce moment, il change beaucoup, on dirait qu’il perd un certain nombre de ses caractères pour en acquérir d’autres. L’esprit est intérieur, un des caractères de l’esprit s’exprime dans ce symbole spatial. Tout ce qui est spirituel vient du dedans, des profondeurs. Mais l’intérieur passe à l’extérieur, se révèle. L’esprit est être-en-soi, mais il devient nécessairement être-pour-les-autres, en s’exprimant activement pour d’autres. Il faut bien que la pensée s’exprime dans une certaine signification, et pourtant il reste vrai que « la pensée exprimée est mensonge ». L’activité de l’esprit le rend expansif. Il est impossible à l’esprit de ne pas sortir.de lui-même pour pénétrer dans l’autre, dans le monde. L’esprit pénètre dans un monde qui n’est pas esprit pur. C’est alors que commence la tragédie de l’esprit. Cette tragédie vient de ce que l’esprit ne peut demeurer être-en-soi et que la sortie de soi ne signifie jamais l’entrée dans le règne de l’esprit objectif, parce.qu’il n’existe pas d’esprit objectif, mais seulement une objectivation de l’esprit. Mais l’esprit subjectif disparaît dans l’objectivation, il devient méconnaissable. Lorsque l’esprit subjectif s’objective il ne passe pas au « toi », à un autre esprit subjectif, il ne communique pas, ne s’unit pas avec celui-ci, mais il pénètre dans l’objet, dans ce monde objectif qui n’a pas d’existence propre et n’est lié à l’existence que par l’esprit subjectif qui se dissimule derrière lui. Quand l’esprit subjectif pénètre dans le monde objectif, il se sépare de lui-même, il se meurt dans l’objectivité.

Feuerbach enseigne que la foi en Dieu n’est autre chose que l’aliénation par l’homme de sa propre nature qui se projette dans la sphère transcendante. Marx a étendu cette conception à l’économie qui lui est apparue, surtout en ce qui concerne l’économie capitaliste, comme une aliénation de la nature humaine de l’ouvrier, de sa puissance de travail qui se trouve transformée en des réalités illusoires considérées comme objectives. Cette aliénation produit des illusions de conscience. C’est cette nature aliénée que Feuerbach et Marx désiraient rendre à l’homme dans toute sa plénitude, mais ils n’y ont pas réussi car l’homme reste pour eux un être purement matériel sans aucun élément spirituel, c’est-à-dire un être amoindri, dépouillé. On peut comprendre l’objectivation de l’esprit dans le monde de l’histoire et de la civilisation comme une aliénation de la nature spirituelle de l’homme. L’homme prend pour des réalités spirituelles appartenant objectivement au monde ce qui n’est en réalité que le produit de l’activité créatrice de l’esprit subjectif. L’esprit subjectif, c’est-à-dire l’esprit tout court, renferme une infinie puissance — l’infini de ses aspirations. Or dans toute objectivation le fini reste vainqueur, il se produit comme un asservissement. L’esprit subjectif est précisément infini, tandis que ce que l’on appelle esprit objectif est fini. Les Grecs mettaient l’objectif au-dessus du subjectif, parce que l’esprit objectif s’était mieux révélé à eux que l’esprit subjectif, ils percevaient l’esprit en tant que cosmos et en tant que monde intelligible. Mais l’esprit subjectif est la liberté et il se révèle dans le christianisme.

N. Hartmann se place à un point de vue tout différent du mien, mais on trouve chez lui des idées très intéressantes sur l’esprit objectif et l’esprit objectivé. Il distingue l’objectif de l’objectivé. Il pousse le problème encore plus loin en distinguant l’Objectivation et l’Objection, le premier processus étant actif, le second passif. Quant à moi, je dirais que l’objectivation de l’esprit est une activité de l’esprit subjectif qui est provoquée par les rapports de l’esprit personnel avec.l’état de morcellement, du monde, par la nécessité d’établir un contact avec cet « autrui » qui lui est étranger. Mais le sujet conçoit les résultats de l’objectivation comme des objets réels qu’il doit accepter passivement. Pour N. Hartmann l’esprit objectif est le support de l’histoire, tandis que l’esprit objectivé nous introduit dans l’infini idéal ; cette façon de s’exprimer produit une confusion des termes. Bien que N. Hartmann ait eu tort d’admettre l’existence d’un esprit objectif, il prend pourtant conscience du conflit entre l’esprit vivant et l’esprit objectivé. Il comprend qu’il se produit là un asservissement de l’esprit vivant. Il va même jusqu’à dire : l’esprit vivant est révolutionnaire, l’esprit objectivé est tyranni-que. L’esprit objectivé est un principe conservateur. Le retour de l’esprit objectivé à l’esprit vivant est inévitable. L’esprit vivant n’est pas un esprit objectif ou objectivé, il est un esprit subjectif, personnel. Je formule cette idée ainsi : ce qui nous ferme l’accès de l’infini, c’est cette objectivation qui donne l’illusion d’un esprit objectif, cette soumission à la loi. L’objectivation de l’esprit est toujours en même temps une socialisation de l’esprit. Or la socialisation de l’esprit finit par le soumettre à la quotidienneté sociale. La socialisation de l’esprit reste, même pendant les révolutions, un principe conservateur, le principe du fini. L’objectivation de l’esprit mène à l’embourgeoisement (au sens spirituel du mot), et par conséquent au tarissement de l’énergie et de l’activité vitales et créatrices. Elle ne mène pas moins inévitablement au mensonge, qu’on considère comme nécessaire à la sécurité de l’organisme social. Ce mensonge socialement utile imprègne tous les processus de socialisation. Le pathos de la vérité pure reste réservé à l’esprit subjectif. L’asservissement de l’esprit à la quotidienneté sociale apparaît dans l’organisation de l’État, de l’Église en tant qu’institution sociale, du dogme en tant que système de concepts rationnels, des académies, des classes sociales, de l’organisation familiale, des mœurs, des lois et des normes. A. tout cela s’oppose l’ardeur de l’esprit subjectif, personnel. Le socialiste religieux L. Rogatz espère que le prolétariat libéré de la propriété et d’une objectivation bien établie s’ouvrira définitivement à l’infini. Cette pensée est intéressante, mais n’a pas encore été justifiée. L’embourgeoisement du prolétariat est un processus de l’objectivation qui ferme l’infini. Toute victoire dans le domaine de la création culturelle ou de la vie sociale signifie une objectivation, une victoire de l’objectif sur le subjectif, du général et du socialisé sur l’individuel. Semblable au feu, à la liberté, à un envol créateur, l’esprit s’oppose à toute société établie, à toute organisation, à toute tradition figée. En utilisant la terminologie de Kant, que je considère du reste comme fausse et peu claire, on pourrait dire que l’esprit est « la chose en soi » et que l’objectivation est « un phénomène ». Il serait mieux de dire que l’esprit est « liberté », tandis que l’objectivation est « nature » (mais non dans le sens où les Romantiques emploient ce mot). L’objectivation a deux sens. Elle signifie d’une part la déchéance du monde, son morcellement et son esclavage, quand les sujets existentiels, les personnes se trouvent transformés en choses, en objets. Mais elle signifie aussi les actes du sujet, de l’esprit personnel, pour rétablir dans ce monde déchu des liaisons, des communications. L’objectivation est donc liée au problème de la culture, et c’est de là que vient sa complexité.

On ne trouve que des symboles dans l’objectivation, aucune réalité fondamentale. L’esprit est réaliste. La culture est symbolique, la vie sociale est symbolique. Dans l’objet on ne rencontre aucune réalité, mais seulement un symbole de la réalité. La réalité est toujours dans le sujet. Aussi bien cette objectivation, qui aboutit à l’apparence d’un esprit objectif, ne peut rien contenir de réellement sacré, mais seulement du sacré symbolique. Rien n’est saint dans l’histoire objective du monde, on n’y trouve qu’une symbolisation conventionnelle ; le sacré n’existe que dans ce qui existe, dans les sujets existentiels. On ne peut connaître la profondeur de l’esprit que d’une façon existentielle, en vivant le destin humain, en traversant la souffrance, l’angoisse, la mort, l’amour, la création ; on la trouve dans la liberté et non dans les objets. La religion est avant tout existentielle, elle est enracinée dans l’esprit, elle touche aux réalités premières. Mais la religion est sujette, elle aussi, à l’objectivation, et dans cette objectivation nous ne trouvons plus les réalités fondamentales, mais seulement des symboles. Il ne faut pas entendre ici le symbolisme dans un sens idéaliste, comme symbole d’un état d’âme, mais d’une façon réelle, comme symbole des réalités premières de l’être même.

Il advient qu’on prenne les symboles pour des réalités, et dans ce cas il est malaisé de revenir aux réalités. La Révélation elle-même court le risque de l’objectivation. Cette objectivation est particulièrement claire dans toutes les conceptions autoritaires de l’Eglise. On se représente la Révélation comme la pénétration dans l’homme d’une réalité objective ou d’un système de concepts auquel on attribue une signification réelle. C’est ainsi que le réalisme naïf interprète la Révélation sans prendre conscience de l’activité du sujet. Mais le réalisme naïf est le produit d’une objectivation naïve et inconsciente faite par le sujet, il n’est qu’une illusion de la conscience fort éloignée de la réalité. Dans cette conception, l’esprit se trouve comme aliéné par lui-même et apparaît comme venant du dehors sous forme d’un système d’objets. La critique de la Révélation, c’est-à-dire la réflexion qui vient la délivrer d’une objectivation naïve, nous conduit à la concevoir comme une action de l’esprit sur l’esprit, de l’Esprit Divin sur l’esprit humain, sur la liberté et la conscience humaines qui sont des réalités actives. La Révélation est un événement intérieur de la vie spirituelle ; ce n’est que dans la vie spirituelle qu’on peut entendre la voix de Dieu. Ce n’est que dans un processus secondaire, quand l’esprit est rejeté au dehors, que la révélation s’objective et qu’elle apparaît comme un événement extérieur, provenant de l’objet. La rencontre avec le Christ dans la foi et l’amour n’est pas une rencontre avec un objet, comme il apparaît dans l’objectivation, mais une rencontre avec un sujet, avec le « Tu », c’est dire qu’elle appartient au plan existentiel. La rencontre avec Dieu est la rencontre avec un sujet et non avec un objet. Or le sujet n’agit jamais sur le sujet comme une objectivité contraignante. L’autorité est au contraire une objectivité contraignante, mais elle ne signifie nullement l’action du sujet sur le sujet, de l’esprit sur l’esprit. L’autorité est une fabrication typique de l’objectivation, de la masse humaine, c’est une symbolisation de l’état spirituel des sujets, de leur non-liberté, de leur absence de maturité spirituelle, de leur aliénation. L’autorité joue un rôle des plus importants dans l’histoire de la quotidienneté sociale.

Mais dans l’authentique réalité spirituelle, ni Dieu ni la Révélation ne représentent une autorité, car il ne s’agit pas de réalités objectives, et sans objectivité on voit disparaître également l’illusion symbolique de l’autorité. Dans sa faiblesse, l’homme cherche une autorité sur laquelle il puisse s’appuyer entièrement. Mais l’autorité sur laquelle il s’appuie est née de sa faiblesse, elle est une projection de sa subjectivité incapable de pénétrer en « autrui », d’atteindre à l’universel concret. Or c’est précisément la faiblesse de l’autorité de laisser l’homme replié sur lui-même. Toute conception de quelque réalité que ce soit comme une objectivité qui agit du dehors engendre précisément ce repliement sur soi, cette impuissance à se dépasser. L’autorité est le pouvoir du principe générique sur le principe individuel, elle s’enracine dans l’être générique. C’est de l’objectivation que naît l’illusion d’une primauté des universaux sur l’existence personnelle.

C’est ce qui advient aux religions lorsqu’elles se socialisent. Ce processus est inévitable dans la vie spirituelle et il signifie que le royaume de Dieu n’est pas encore venu. Le Saint-Esprit se trouve objectivé dans l’Église en tant qu’institution sociale. Il s’agit bien là encore d’une socialisation, c’est-à-dire d’une adaptation à la quotidienneté sociale des masses humaines, à l’aliénation en elles de l’esprit. Seuls quelques privilégiés conservent alors la vraie spiritualité. Mais l’Église n’est pas seulement une institution sociale concernant le monde de la quotidienneté, elle a encore une signification existentielle. Dans cette deuxième conception de l’Église règne la liberté, tout comme l’autorité domine la première. La conscience, qui est la profondeur spirituelle de l’homme, son lieu de rencontre avec Dieu, et qui est en même temps liberté, ne saurait ni s’aliéner ni s’objectiver, ni se transférer à de quelconques organismes collectifs. L’esprit est pur et libre de toute utilité sociale. En tant qu’institution sociale historiquement organisée, l’Eglise est soumise aux lois du monde objectivé, elle tombe sous la domination de l’utile, la vérité s’y obscurcit. Or la vérité est spirituelle, et elle n’est aucunement utile à l’organisation du monde objectivé, de la société objectivée, elle est même néfaste à cette organisation. La vérité est le bouleversement du monde. A l’état pur, et non sous une forme dépendant du monde objectivé, la Révélation chrétienne aurait fait sauter le monde. Mais cette vérité a été objectivée et socialisée ; on l’a aménagée pour servir à la quotidienneté sociale, et c’est à ce prix qu’on a rendu possible le christianisme historique. Le christianisme authentique fondé sur la vérité non objectivée et non socialisée aurait paru dans le monde comme une révolution personnaliste. Même dans l’Évangile, la pureté de la Révélation est ternie par le milieu social humain, par la langue humaine, par la médiocrité humaine. L’esprit ne peut jamais s’exprimer complètement dans ses productions historiques, il se symbolise plutôt qu’il ne se réalise. La phénoménologie de la Révélation nous montre la primauté absolue de l’esprit, c’est-à-dire de la liberté, sur tout être objectivé. Le sacré authentique n’existe que dans l’esprit ; non dans la nature, ni dans l’histoire, ni dans la société, même pas dans une communauté religieuse. La perfection est incompatible avec la finitude, elle n’existe que dans l’infini (apeiron), dans la création infinie. L’objectivation de l’esprit crée les collectivités, qui se considèrent comme un esprit objectif. Mais la communauté spirituelle et existentielle n’est nullement l’esprit objectif. La communauté spirituelle peut exister en toute personne, en tout esprit subjectif, mais elle ne peut être le résultat d’une addition. Cette communauté spirituelle est une certaine qualité du contenu universel de l’esprit individuel subjectif, elle ne se réalise que dans le monde spirituel, non dans le monde objectivé. L’esprit collectif est déjà un produit secondaire, une objectivation. Mais le développement de l’esprit est ambivalent : il n’unit pas toujours, il peut aussi désunir.

L’objectivation est le résultat des rapports entre sujets et des rapports du sujet avec le tout cosmique. Aussi l’objectivation doit s’évaluer de deux façons, positivement et négativement. L’objectivation est liée à la déchéance du monde, au morcellement de ses diverses parties qui cependant sont enchaînées les unes aux autres. Mais l’objectivation de l’esprit crée des liens dans le monde déchu, perçoit le monde dans sa déchéance et l’organise. Sur cette voie se produit une symbolisation, mais jamais une réalisation. Seul l’acte créateur de l’homme permet d’échapper à la malfaisance du temps objectivé, mais l’objectivation des produits de cet acte l’enchaîne de nouveau au temps. L’objectivation clôt, la conscience et la sépare de l’infini. Mais l’esprit ne se distingue pas moins du subconscient que du conscient enclos dans ses limites. L’esprit est le supra-conscient. L’objectivation de l’esprit signifie généralement la subordination aux limites du conscient. L’objectivation est en rapport avec un monde rationalisé, un monde fabriqué par les concepts. Ainsi voit-on disparaître de ce monde tout le mystère de l’existence. Le triomphe définitif de l’esprit signifierait le dépérissement, la disparition du monde objectif, en tant que monde non authentique, et le passage sur le plan existentiel, l’accès à une existence authentique, le passage de la symbolisation à la réalisation. Ce passage n’est possible que dans le véritable amour qui apporte le feu à la terre. Mais le problème est de savoir comment il est possible d’actualiser l’esprit dans le monde, c’est-à-dire de ne pas le laisser replié sur lui-même, à l’état potentiel, sans pourtant l’objectiver, sans l’aliéner, sans rejeter l’existence dans le monde déchu. C’est là le problème spirituel de l’acte créateur. Dans le monde la spiritualité doit être réalisée et non symbolisée, elle doit être réalisée dans l’existence et non dans l’objet. L’homme est un esprit incarné, non un esprit immatériel, et il est appelé à une incarnation créatrice. Mais l’incarnation n’est pas identique à l’objectivation. Dans l’incarnation le « je » peut affronter le « tu » et non l’objet. Telle est l’incarnation de l’amour, de l’amour réel et non symbolique qui se traduit uniquement par des signes. L’objectivation s’égare toujours dans les signes. Dans le monde des objets tout est désigné, mais rien ne peut être réalisé. Dans la connaissance, l’objectivation élabore des concepts, rationalise le réel, sans souci de l’individuel ; dans les rapports entre les hommes, elle élabore les diverses structures politiques, juridiques, familiales, qui demeurent sans commune mesure avec la vie intérieure et le mystère de la personne ; dans la vie morale, elle élabore des normes incapables d’éclairer et de modifier effectivement la vie des hommes ; dans la vie religieuse, elle élabore des dogmes, des canons et des institutions qui dissimulent les rapports réels avec Dieu et le prochain, etc., etc.. On peut dire, en un certain sens, que le monde objectif visible n’est qu’une symbolisation du monde spirituel. L’objectivation de l’esprit inspire des pensées pessimistes. Mais ces pensées pessimistes sur l’objectivation historique de l’esprit ne peuvent cependant saper la foi en l’homme et en sa vocation créatrice. Ce n’est qu’une voie de dédoublement par laquelle l’homme doit passer, il faut qu’il vive le destin dans lequel il s’aliène lui-même, pour revenir ensuite à lui-même. L’homme doit traverser l’objectivation de l’esprit dans la culture, dans l’État, dans la vie nationale et économique, etc. C’est la tragédie de l’esprit dans l’histoire.


[1Le sens des mots sujet et objet, subjectif et objectif, a souvent changé dans l’histoire de la philosophie. Dans la philosophie scolastique, le sens de ces termes n’est pas le même que dans la philosophie moderne.