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Mythes grecs et mystère chrétien

Rahner : LE MYSTÈRE CHRÉTIEN ET LES MYSTÈRES PAÏENS (III)

Traduction de Henri Voirin

lundi 10 novembre 2008

III

Si nous recherchons un mot d’empreinte grecque qui permette d’exprimer brièvement et profondément le profond problème des rapports entre mystère mystère
mysterion
mystères
Du grec musterion, fermer les yeux ou la bouche. Désigne un secret, les pratiques et les rites réservées aux initiés, un objet de difficile connaissance, et l’initiation des doctrines secrètes. (V. Siret)
antique et chrétien, j’aimerais utiliser, en en détournant le sens, la Tessera christologique du concile de Chalcédoine : asygkytos kai adiairetos « sans mélange, mais sans séparation vereinzelt
isolé
Vereinzeltung
isolement
Vereinzelung
esseulement
singularização
singularidade
individuation
séparation
 ». Il s’agit aussi dans notre problème de maintenir le milieu pour ainsi dire humain-divin divin
divinité
divino
divindade
divindad
divine
divinity
entre un mélange trop humain allant dans le sens d’une dépendance génétique ou idéale, et une séparation qui ne ferait pas sa part à l’homme homme
anthropos
hommes
humanité
L’homme est la personnification d’une alternative aux dimensions qui échappent à sa vision immédiate ; en d’autres termes, la raison d’être même de la condition humaine est de choisir, et de faire le bon choix : d’opter pour la participation libératrice à l’Etre nécessaire, et non pour l’errance asservissante dans le labyrinthe du possible et en direction du néant. (Frithjof Schuon, Perspectives spirituelles et faits humains)
, comme si l’essence essence
ousía
ousia
essência
essentia
esencia
essence
du Christianisme était, dans tout ce qui le concerne, une grandeur grandeur
grandeza
greatness
totalement incommensurable avec l’œuvre humaine d’ici-bas.

C’est donc tout d’abord mon devoir de vous présenter, avec toute l’exactitude de cette méthode irréprochable désignée plus haut, ce qui est asygkytos : la différence essentielle entre la religion religion Le contenu et la raison d’être des religions est le rapport entre Dieu et l’homme ; entre l’Être nécessaire et l’existence contingente. C’est ce rapport qui donne aux religions toute leur puissance et toute leur légitimité ; c’est au contraire leur revendication confessionnelle d’absoluité qui constitue leur relativité. (Frithjof Schuon) révélée du Christianisme et les mystères antiques ; entre le mysterioin apokekrymmenon (Ephésiens, 3, 9) des Chrétiens et les mysteria des Hellénistiques ; entre le « mystère naturel » de la symbol symbolon
symbolisme
symboles
symbole
Étymologie grecque : sym-balleîn = « jeter ensemble ». Correspondance naturelle de signifiant à signifié, chez les ésotéristes. (Pierre Riffard)
ique des mystères grecs et le « mystère surnaturel » de la doctrine du salut salut Dans les religions qui constatent la rupture entre Dieu et les humains, le salut, salut de l’âme ou salut éternel est le rétablissement durable, éternel, des liens entre eux. du nouveau testament. Et cela non pas en vue d’une pure et simple apologétique, mais dans l’intérêt de l’histoire pure.

Le même Clément d’Alexandrie Alexandrie
Alexandria
L’École d’Alexandrie désigne le mouvement platonicien qui a fleuri à Alexandrie entre le IVe et le VIIe siècles apr. J.-C., dont l’initiateur avait été Ammonius Saccas, le maître de Plotin. (d’après Y. Lafrance)
que nous entendîmes auparavant parler encore aux Hellènes « en des images qui leur sont familières », présente en une occasion avec une précision sans pareille la différence essentielle entre mystères antiques et Mystère chrétien : « Dois-je maintenant t’énumérer les mystères ? Je ne veux pas divulguer leurs secrets comme Alcibiade doit l’avoir fait. Mais je veux, conduit par le Logos logos Le Logos est au centre : d’une part il se place au-dessous du pur Absolu et au-dessus du monde "naturel" et "profane", et d’autre part il combine le "céleste" et le "terrestre" - ou le "divin" et l’"humain" - du fait qu’il englobe la dimension déjà relative du Principe et la manifestation de ce Principe au centre cosmique. Le Logos est "Parole incréée" ; il est "vrai homme et vrai Dieu". [Frithjof Schuon] de Vérité aletheia
alêtheia
veritas
vérité
truth
verdad
, découvrir tout à fait clairement le charlatanisme qui est contenu en eux. » Et après avoir décrit, ensuite, dans un chapitre célèbre, d’une importance fondamentale pour l’étude des mystères’ antiques, les plus importantes de leurs fêtes cultuelles, il continue : « Ce sont là les mystères des hommes sans Dieu Gott
Dieu
Deus
God
Dios
theos
. Mais je nomme à bon droit sans Dieu ceux-là qui ne connaissent pas le Dieu qui existe véritablement... mais je vous montre ceci pour que vous abandonniez enfin votre voie Tao
Dao
Voie
Way
Le Tao, qu’on traduit littéralement par "Voie", et qui a donné son nom à la doctrine elle-même, est le Principe suprême, envisagé au point de vue strictement métaphysique. René Guénon
d’erreur et que vous repreniez votre course vers le ciel ciel
cieux
céu
céus
heaven
heavens
cielo
cielos
. Car nous aussi nous avons été des enfants de la colère comme les autres ; mais Dieu, qui est riche en miséricorde, nous a, dans son grand amour amour
eros
éros
amor
love
, quand nous étions morts par nos péchés, revivifiés avec le Christ. Car le Logos est vivant, et celui qui est enseveli avec le Christ est exalté avec Dieu. Nous ne sommes plus enfants de la colère, car nous nous sommes arrachés à l’erreur et nous nous pressons à la rencontre de la vérité (Protreptique, II, 12, 1, 23, 1, 27, 1, 2). » Ici nous saisissons donc, dans la bouche d’un Grec et Chrétien alexandrin, qui certes ne se trouve pas sous le coup d’un soupçon d’hostilité à l’égard des mystères, exprimé en des. paroles et avec une acuité toutes pauliniennes, le contraste insurmontable dans l’essence des deux grandeurs à comparer. Le mysterion de la révélation Révélation La Révélation (on emploie généralement une majuscule dans cette acception du mot) est, pour une religion, la connaissance qu’elle affirme détenir de source divine. Les manifestations divines par lesquelles cette connaissance est parvenue aux hommes sont tantôt des apparitions (théophanies), tantôt l’inspiration à des prophètes de textes considérés comme sacrés. Les religions rattachées à la trilogie judaïsme-christianisme-islam, en particulier, sont dites révélées. du Nouveau Testament, telle qu’elle se présente tout d’abord chez saint Paul (Rom., 16, 25 sq. ; Ire Cor couleur
cor
color
., 2,7/10 ; Col., 1, 26 sq. ; Eph., 1, 8/10 ; 3,3/12) peut être ser
être
being
ón
Le concept d’être désigne en général ce que nous ressentons exister d’une manière ou d’une autre dans la perception, qu’elle soit sensible ou intelligible. L’étude de l’être est appelée ontologie ou métaphysique.
présenté de la façon suivante : est Mystère la décision divinement libre, prise depuis l’éternité aion
aiôn
éon
éternité
eternidade
eternity
eternidad
et cachée dans les profondeurs de la divinité, visant au salut de l’homme pécheur et séparé de Dieu ; ce décret divin est révélé dans le Christ l’homme-Dieu, qui, par sa mort mort La mort d’un être vivant est l’arrêt irréversible de ses fonctions vitales : assimilation de nutriments, respiration, fonctionnement du système nerveux central. On la distingue d’un arrêt temporaire (hibernation, congélation). Elle est suivie de la décomposition de l’organisme mort sous l’action de bactéries ou de nécrophages. , donne aux hommes « la vie vie Le philosophe Michel Henry définit la vie d’un point de vue phénoménologique comme ce qui possède la faculté et le pouvoir « de se sentir et de s’éprouver soi-même en tout point de son être ». Pour lui, la vie est essentiellement force subjective et affectivité, elle consiste en une pure expérience subjective de soi qui oscille en permanence entre la souffrance et la joie.  », ce qui veut dire qu’il appelle à participer aune vie divine proprement dite qui est enveloppée par la volont voluntas Notre volonté n’est pleinement humaine que par sa participation opérative aux vérités concernant Dieu et nos fins dernières. [Frithjof Schuon] é morale dans la foi
foi
faith
pistis
et le sacrement sacrement Le sacrement est un rite cultuel revêtant une dimension sacrée. Les croyants pensent qu’il produit un effet dont la source est Dieu, qui donne sa grâce. Ils y trouvent le symbole et le moyen d’une alliance entre Dieu et les hommes. et qui s’achèvera au-delà de la mort terrestre dans la bienheureuse contemplation contemplation
theoria
theoría
contemplação
contempalción
d’une union totale avec Dieu. Le Mysterion est donc, au moins chez saint Paul, le plan du décret de rédemption rédemption
redemptio
redimere
racheter
redemptor
rédempteur
apolutrôsis
apolytrosis
Le mot français rédemption, est une transcription du latin redemptio, qui vient de redimere : racheter. Le redemptor — qui a donné le français rédempteur — c’est celui qui rachète. la rédemption, dans sa signification théologique, c’est beaucoup plus que la libération économique, politique, sociale. C’est une guérison et un achèvement de l’homme dans une direction qui le conduit au-delà de l’homme. (Claude Tresmontant)
révélé dans le Christ et de son accomplissement [1]. Le Mysterion est le drame extraordinaire de la rédemption de l’homme, laquelle vient des profondeurs de Dieu, se rend visible dans le Christ et l’Église, et retourne aux profondeurs de Dieu, le « Drame de la Vérité » (Protreptique XII, 119, 1) ainsi que dira plus tard Clément d’Alexandrie. C’est pourquoi le Mysterion est toujours aussi une révélation révélation Le terme de révélation doit être réservé précisément à la communication d’une connaissance que l’intelligence humaine ne pouvait pas atteindre à partir de l’expérience. (Claude Tresmontant) et une dissimulation de l’action action
praxis
agir
atuar
ação
act
acción
prattein
divine de salut : révélé dans la communication Mit-teilung 
Mitteilung
communication
comunicação
comunicación
de la vérité par le Christ qui l’annonce ; dissimulé dans l’insaisissabilité de l’expression divine qui ne peut être totalement comprise même après qu’elle a été communiquée et qui ne peut être saisie que par la foi. Aussi ce mystère est-il le drame de la surnature, de la prise en adoption de la créature, prise en adoption qui dépasse en essence la nature nature
physis
phusis
phúsis
Le grec phúsis dérive de la racine indo-européenne bhû-, qui a donné en sanskrit comme verbe : "devenir", "se produire", "avoir lieu" ; comme non : "terre", "sol", "lieu", "état", "condition". Peut désigner aussi bien l’origine, que le déroulement et le résultat de tout processus. (Luc Brisson)
et la pensée humaines d’ici-bas. Le Mysterion Chrétien est toujours une « révélation secrète » : secret, parce que ne s’adressant jamais ici-bas qu’à la foi et ne permettant à l’intérieur de la croyance croyance
croire
crença
crer
belief
believe
reçue qu’une lente montée vers la compréhension, vers la gnose connaissance
gnosis
intuition intellectuelle
gnôsis
connaître
conhecer
gnose
knowledge
know
conocer
conocimiento
sainte ; révélé, parce que « prêché du haut des toits » et s’adressant à l’humanité entière, et excluant tout ésotérisme esoterismo
ésotérisme
esoterism
esotérique
esotérico
esotérica
esoteric
exoterismo
exotérisme
exotérico
exotérica
ou doctrine secrète.

Par là déjà on reconnaît que saint Paul, par l’empreinte qu’il a donnée à sa doctrine et à son langage langage Le langage est un ensemble de signes (vocaux, gestuel, graphiques, tactiles, olfactifs, etc.) doté d’une sémantique, et le plus souvent d’une syntaxe (mais ce n’est pas systématique[1]). Plus couramment, le langage est un moyen de communication. sur le mystère chrétien, se sépare essentiellement de ce que l’on entendait dans la pensée hellénique par mysteria. On peut encore approfondir cette question en considérant la linguistique. Où saint Paul a-t-il pris sa terminologie ? Nous laissons certes (cela avec application des principes ci-dessus exposés) ouverte cette possibilité possibilité
potentialité
Toute-Possibilité
pouvoir
poder
power
qu’il se soit consciemment approprié certaines expressions afin de combattre à Colosses, à Éphèse et à Corinthe ce que nous avons appelé précédemment « air de mystères ». Mais, à côté de telles suppositions, on rencontre les faits : il y avait, déjà avant saint Paul, une utilisation de la langue des mystères. C’est Christ lui-même qui a apporté le message des mysteria tes basileias ton ouranon (Matthieu, 13, 11 ; Marc, 4, 11 ; Luc, 8, 10). Et si nous ne pouvons plus indiquer exactement ce qu’il y avait à cet endroit dans la langue araméenne de Jésus, le mot se trouve en tous cas avant saint Paul chez saint Marc et chez le Matthieu grec.

Et en quel sens ? Les mystères du Royaume sont pour Jésus une « révélation secrète », ce sont ses communications de roi et de souverain, qui sont cependant en même temps temps Philosophes, scientifiques et hommes de la rue ont bien souvent des vues différentes sur ce qu’est le temps, et les progrès des uns influencent les autres depuis des siècles. dissimulées dans la multiplicité Vielfalt
Mannigfaltigkeit
multiplicité
multiplicidade
multiplicidad
multiple
multiplicity
dez mil
ten thousand
dix mille
des paraboles « pour qu’en voyant, ils ne voient point et qu’en entendant ils n’entendent pas » (saint Matthieu, 13, 13). C’est le Christ lui-même qui donne l’interprétation de son mystère. Et ce sens littéral ramène encore à la manière de parler de l’Ancien Testament, en particulier aux livres du Deutéronome : le Mysterion est ici le « sacramentum regis » (Tobie, 12, 7), la décision secrète d’un roi qui n’est communiquée qu’à des confidents, le plan de guerre guerre
guerra
war
éclos dans la poitrine du tout-puissant et qu’il daigne communiquer à son conseil (Judith, 2, 2), la ruse de guerre que le déserteur trahit à l’ennemi et dont il lui donne communication. Tel est donc le contenu de pensée qui est lié pour les traducteurs des Septante au mot mysterion ; Jésus, et après lui saint Paul, l’ont appliqué à la décision divine qui était cachée et est maintenant « connue de tous les saints » (Colossiens, 1, 26). Combien nous sommes éloignés ici d’une signification telle que celle qui est liée dans la pensée hellénique à l’expression (toujours usitée au pluriel) de mysteria ! C’est le mérite de la recherche la plus récente d’avoir montré que le Mysterion du Nouveau Testament ne peut s’interpréter dans ce même sens cultuel qu’il possède dans les religions antiques. Certes, jusque dans le ne siècle, chez saint Ignace et saint Justin et saint Irénée, et même encore chez Clément d’Alexandrie le sens du mot Mysterion reste bien Bien
agathon
agathón
Bem
Bom
Good
Bueno
plutôt du domaine de l’empreinte paulinienne que de celui des cultes antiques de mystère [2]. Le grand drame salvateur de la révélation de Dieu dans le Christ, et en particulier, ne constituant qu’une seule parabole, l’histoire du salut selon l’Ancien Testament, qui trouve dans le Christ son explication et sa conclusion ; les actes de salut du Christ, et avant tout sa mort sur la croix croix
cruz
cross
 ; l’Église, et dans l’Église les sacrements et la formule des vérités contenues dans les symboles symbolon
symbolisme
symboles
symbole
Étymologie grecque : sym-balleîn = « jeter ensemble ». Correspondance naturelle de signifiant à signifié, chez les ésotéristes. (Pierre Riffard)
de la foi : c’est tout cela que l’on nomme Mysterion, parce que ce sont dès actes et des rites et des paroles qui s’écoulent venant de l’insondable conseil de Dieu, et qui dissimulent et indiquent dans leur petite enveloppe visible, modeste, l’insondable richesse de Dieu et qui la font connaître : « Drame de la vérité ». Un Grec inconnu du ive siècle a exprimé cette essence du mystère chrétien par les mots : « Tout ce que nous savons du Christ n’est pas seulement une pure proclamation du verbe, mais un mystère de la piété piété S’il y a un seul mot en latin, qui est le mot pietas, pietatis, pour désigner le sentiment qui fait reconnaître et accomplir tous les devoirs envers les dieux, les parents , la patrie, etc., on peut y distinguer deux dimensions du respect du à Dieu, celle de l’affection qu’on doit lui porter et celle de l’ascèse ; ces deux dimensions sont présentes dans le mot français attachement et la locution attachement fervent peut s’avérer comme un bon synonyme de piété. Wikipédia . Car tout l’ordonnancement de salut du Christ est nommé un mystère parce que le mystère n’apparaît pas seulement dans une lettre pure et simple, mais qu’il est publié dans un acte acte
puissance
energeia
dynamis
, en to pragmati keryttetai [3]. »

Ce mystère chrétien nous avons maintenant à le mettre plus exactement en parallèle avec les mystères antiques pour constater clairement la différence. On peut les considérer ensemble sous trois trinité
trois
triade
ternaire
L’archétype divin de tous les ternaires positifs est la trinité védantine Sat, Chit, Ananda : Dieu, à partir de son Essence surontologique, est pur "Être", pur "Esprit", pure "Félicité". Quand la trinité est horizontale, elle exprime les facultés a priori divines ; quand elle est verticale, elle exprime les tendances cosmiques. [Frithjof Schuon]
points de vue : le Christianisme est un mystère de la révélation, un mystère d’exigence morale, et un mystère du rachat par la grâce. Et c’est justement en cela que résident des oppositions insurmontables vis-à-vis de la religiosité des mystères grecs.

Mystère de la révélation du Dieu unique dans la personne historique du Christ : donc bâtissant sur le monothéisme le plus strict, acceptant avec foi une doctrine dogmatique aux frontières exactement déterminées, prêchée par Jésus-Christ qui a été crucifié sous Ponce-Pilate. Que l’on s’arrête au contraire à la forme forme
idea
eidos
eîdos
idéa
En philosophie, on oppose la forme à la matière dans les cas généraux. Chez Aristote, c’est ce vers quoi tend tout changement : elle est à la fois l’acte, l’essence, la perfection, et le principe d’unité de chaque être. (Wikipédia)
des mystères antiques telle qu’elle était au commencement de l’ère chrétienne : encore aucune trace de l’Hénothéisme d’empreinte solaire rassemblé péniblement seulement depuis le début du me siècle en une pensée à symboles théosophiques ; irrelevance des légendes cultuelles confusément multiples ; désir désir
epithymia
epithymía
épithymétikon
épithymia
de salut de conception naturaliste de pure sentimentalité. C’est et demeure une énigme que de savoir episteme
saber
savoir
ciência
science
ciencia
comment l’on osait, dans les temps où « l’histoire des religions » agissait sans entraves, se contenter de comparer l’une avec l’autre les deux grandeurs ou comment l’on cherchait à faire dériver les doctrines fondamentales du Christianisme des religions de mystères. « Sans être un prophète, on peut prédire qu’une génération genèse
genesis
génesis
génération
Même dans l’Iliade (XIV 201, 246), où son usage est attesté pour la première fois, génesis désigne non seulement la "naissance", mais aussi la "génération", "le fait de venir à l’être". [Luc Brisson]
future ne pourra plus saisir, tout simplement, avec quel sérieux on a auparavant établi une parenté intérieure entre les mystères et le Christianisme au sujet sujet
objet
La notion du « sujet », loin de n’être que psychologique, est avant tout logique et principielle et ne saurait se restreindre par conséquent à aucun ordre particulier ; la subjectivité évidente des facultés de sensation prouve déjà que le couple sujet-objet n’appartient pas au seul domaine de la psychologie. [Frithjof Schuon]
d’un si grand nombre de conceptions fondamentales [4]. » La révélation chrétienne n’est pas mythe mythe Un mythe est un récit, porté à l’origine par une tradition orale, qui propose une explication pour certains aspects fondamentaux du monde : sa création (cosmogonie), les phénomènes naturels, le statut de l’être humain, ses rapports avec le divin, la nature ou encore avec les autres humains (d’un autre sexe, d’un autre groupe), etc. , mais histoire, et son précipité constitue l’essence visible de l’Église, visible dans le verbe clairement compréhensible du Nouveau Testament, dans la tradition diadosis
tradition
tradição
tradición
apostolique que l’on peut présenter avec précision et dans la solide empreinte de la forme fondamentale des sacrements. Le Dieu du mystère chrétien n’est pas ce produit de la pensée ou ce produit de la nostalgie de l’homme hellénique dans sa recherche religieuse, quoique ce produit soit sublime, ce n’est pas le Dieu des doctes, même pas le Dieu des mystiques, mais le Dieu dont Pascal disait dans un célèbre passage : « Dieu d’Abraham, d’Isaac et de Jacob, non des philosophes et des doctes, Dieu qui ne peut être trouvé que sur les voies enseignées dans l’Évangile. » C’est pourquoi le mystère chrétien est, pour ce qui est purement grec, une folie (Ire Corinthiens, 1, 23). Car c’est l’humanisation et la mort humaine de Dieu. « Le message de Jésus crucifié est totalement étranger aux mythes, dit G. Kittel dans ses exposés de l’Université d’Upsal, il n’est pas un chant et pas un son, pas une pensée, pas un mythe, pas un symbole. Il ne parle pas d’une lointaine légende, mais d’une forme de l’histoire très immédiatement proche, très réaliste, très brutale, et ignominieuse, très redoutable... Le redoutable réalisme de la croix n’est atténué par aucune sorte de patine du temps ni par aucune sorte d’esthétique. On comprend pourquoi cette prédication devait être une folie et un scandale scandale
skandalon
scandalum
Les mots français " scandale ", " scandaliser ", proviennent du latin ecclésiastique scandalum, qui signifie " piège, obstacle contre lequel on bute ".
Le mot latin scandalum traduit le mot grec skandalon, qui signifie : " piège placé sur le chemin, obstacle pour faire tomber ". [Claude Tresmontant]
. Et pourtant les choses se tiennent de très près : le même réalisme, la même réalité réalité
le réel
Le mot réalité désigne le caractère de ce qui existe effectivement, par opposition à ce qui est imaginé, rêvé ou fictif. Les questions que pose ce concept sont fondamentales pour la science et la philosophie.
historique toute nue dans laquelle se concentre tout le scandale, tout le mépris du Christianisme qui apparaît dans le monde Welt
Weltlichkeit
monde
mondanéité
mundo
mundidade
mundanidade
worldliness
mundanidad
, est en même temps la racine dernière et la plus profonde de sa force... De belles et profondes pensées, un enchantement plein de mystère, le mystère — tout cela les religions antiques le connaissaient aussi bien et mieux que le Christianisme primitif. Si leurs croyants écoutèrent du côté du Christianisme, ils le firent seulement parce qu’il était le message d’un besoin tout réaliste de vérité [5]. » C’est ainsi que disparut, pour le Chrétien qui s’était élevé du mol enchantement de l’air grec des mystères dans la clarté rédemptrice de la foi au Christ, toute la nature de ce culte des mystères, tel un mauvais spectre, tout d’un coup.

Mystère d’exigence morale. Pour rendre sensible ici la différence fondamentale entre le Christianisme et les Mystères, nous devrions traiter plus exactement de cette question qu’un chercheur aussi compétent que J. Leipoldt a nommée « un sujet d’une extraordinaire portée » [6], c’est-à-dire de la question des rapports entre la religiosité antique des mystères et l’exigence d’un effort moral. Quoique les mystères antiques ne soient pas tous propres, en raison soit de leur origine due aux rites de la végétation, soit aussi de leur allure sexuelle, à avoir une influence sur la formation et sur les exigences morales, nous ne voulons cependant pas être aussi sceptique que le fut autrefois E. Rohde [7] et comme l’est encore G. Kittel [8] ; nous avons bien plutôt là, suivant l’exemple du si distingué et si fin J. Leipoldt, à distinguer entre les exigences morales des mystères de l’antiquité grecque et le manque presque total d’éthique des cultes de mystères importés de l’Orient non grec ; également, nous voulons établir une distinction convenable entre le niveau moral des mystères au début de l’ère chrétienne et leur transposition morale tentée à partir du IIIe siècle, laquelle s’écoule, en même temps que leur uniformisation, vers une consolation de l’âme âme
psyche
psukhê
alma
soul
allant dans le sens de l’Hénothéisme solaire. Mais qu’alors on oppose au résultat d’une appréciation des mystères aussi favorable qu’on voudra l’élévation morale des exigences du Nouveau Testament et aussi la réalisation de ces exigences dans le Christianisme primitif : quelle différence de hauteur vraiment incommensurable — et ce n’est pas là par exemple la constatation d’une apologétique prévenue, mais le résultat le plus pur d’un examen des sources, présenté par des chercheurs que l’on ne peut soupçonner d’avoir fait cette constatation historique sous l’influence d’un attachement à une croyance [9]. Non, comparés quant à leurs exigences morales le Christianisme et les mystères sont en face l’un L'Un
hen
hén
L’Un, en philosophie ou en mystique, désigne le Principe suprême, souvent donné comme impensable et ineffable. Historiquement, cette notion prend tout son essor, en philosophie, à partir du néoplatonisme de Plotin au milieu du IIIe siècle. Grammaticalement, le mot « un » est ici employé comme substantif et avec majuscule (comme « Dieu » ou « Être »). Le mot s’oppose principalement à Multiple (dès Platon) et entre dans la liste des transcendantaux (avec Être, Bien, Vrai, Beau... qui sont au-delà des catégories et peuvent se convertir : Un = Bien = Beau). C’est l’Un-Dieu, l’Un-principe, mesure suprême.
de l’autre comme des mondes séparés entre lesquels ne s’écoule aucun courant de force qui puisse les relier. La religiosité des mystères est dans le cas le plus favorable la tentative tragique et toujours liée à la terre terre L’ordre "terrestre", - qu’il s’agisse de notre terre ou d’autres mondes analogues qui nous restent forcément inconnus, l’ordre "terrestre" donc est ce monde purement "naturel" que nous avons mentionné plus haut. [Frithjof Schuon] d’une purification purification Si on part de l’idée que la Vérité est au fond de nous-mêmes comme une lumière informelle dont nous n’avons qu’à prendre conscience, les formules doctrinales apparaîtront surtout comme des barrières contre l’erreur ; c’est la purification du coeur, sa libération des obstacles obscurcissants, qui sera tout l’essentiel [NA : Omar Khayyam, dans son Traité de Métaphysique, dit que les Soufis sont « ceux qui cherchent la connaissance, non par la réflexion et la spéculation (comme les théologiens et les philosophes), mais en purifiant leur âme (l’égo passif, statique), en corrigeant leur caractère (l’égo actif, dynamique) ; et en libérant l’intellect des obstacles qui proviennent de la nature corporelle. Quand cette substance se présente, purifiée, devant la Gloire divine, alors les modèles (intellectuels, principiels) des connaissances (mentales, manifestées) se révéleront certainement dans cet autre monde (de la Réalité transcendante) ». (Frithjof Schuon, Perspectives spirituelles et faits humains) morale (qui n’est souvent qu’une purification rituelle) et d’une élévation de l’âme à l’aide de ses propres forces — le Christianisme n’est pas une ascension ascensão
ascension
, mais la descente de Dieu et l’infusion de la force de grâce divine pour la transformation morale qui s’accomplit dans l’amour envers le Christ.

Ceci est en étroite dépendance avec la troisième différence : le Christianisme est un mystère du rachat par la Grâce. On a certes écrit beaucoup sur les « religions hellénistiques de rédemption » — ou mieux, on a poétisé, et c’est là le cas classique de cette déplorable manie qui consiste à peindre le tableau des mystères antiques en couleurs chrétiennes. Ici aussi la recherche la plus récente, et ceci dans tous les camps, est parvenue à des résultats essentiellement plus modérés. Sans nier la nostalgie d’un Dieu de salut qui existait en général au début de l’ère chrétienne mais qui était vague, nostalgie qui était aussi celle d’un âge d’or de la paix paix
paz
peace
, on doit exposer avec autant de clarté que le salut promis par tous les mystères se composait en totalité d’une rédemption copiée sur la nature et transposée dans l’au-delà. « L’idée idée Une idée est une représentation de l’esprit. C’est un objet de l’univers intérieur humain qui s’appuie et se construit à travers des images diffuses et oniriques. L’idée n’existe que si elle est exprimée, autrement elle reste une partie d’une élaboration mentale (proche de la conscience). que le Dieu meurt et ressuscite pour conduire ses fidèles à la vie éternelle n’existe dans aucune religion hellénique à mystères », écrit avec objectivité subjectivité
objectivité
Il faut distinguer dans l’objectivation universelle deux modes fondamentaux, - l’un « subjectif » et l’autre « objectif », - dont voici le premier entre l’objet comme tel et le Sujet pur et infini se situe en quelque sorte le Sujet objectivé, c’est-à-dire l’acte cognitif qui ramène l’objet brut, par analyse et par synthèse, au Sujet : cette fonction objectivante (par rapport au Sujet qui alors se projette pour ainsi dire sur le plan objectif) ou subjectivante (par rapport à l’objet qui est intégré dans le subjectif et ramené ainsi au Sujet divin) est l’esprit connaissant ou discernant, l’intelligence manifestée, la conscience relative, donc susceptible d’être à son tour objet de connaissance. [Frithjof Schuon]
et informat information Ce qui donne à une multiplicité d’éléments disparates une unité organique, une structure subsistante. C’est la forme, au sens aristotélicien, le lien, le sundesmos qui fait d’une multiplicité une unité substantielle. C’est aussi le sens bien connu : un enseignement, une connaissance, communiquée, par quelqu’un qui sait, à quelqu’un qui ne sait pas. [Claude Tresmontant] ion l’auteur français A. Boulanger [10]. Le salut annoncé par le Christ se trouve à un tout autre plan. Il suppose le péché péché Péché est un mot utilisé dans les religions et certaines sectes pour désigner une transgression volontaire ou non de ce que celle-ci considère comme loi divine. Il est souvent défini comme une désobéissance, un refus, un obstacle au salut ou encore comme une cause de mort de l’âme. moral, il est en même temps un rachat de la faute, du mal mal
kakos
Le mal est la "possibilité de l’impossible", sans laquelle l’Infini ne serait pas l’Infini. (Frithjof Schuon)
éthique et théologique, mais pas une libération délivrance
libération
liberação
moksha
liberation
liberación
de la matérialité de la chair chair
sarx
carne
carnal
carnalidade
carnalidad
carnality
charnel
pensée en quelque sorte comme contraire à Dieu et mauvaise. La rédemption chrétienne est la rémission du péché par la mort du Christ sur la croix — et, même un chercheur aussi certain de la dépendance génétique du Christianisme à l’égard des mystères que l’est R. Reitzenstem voit là un contraste essentiel : « Ce qu’il y a de nouveau dans le Christianisme, c’est la rédemption en tant que rémission du péché. Le redoutable sérieux de la prédication du péché et de l’expiation manque dans l’Hellénisme [11]. » Et, comme le péché, la vie nouvelle dont il est fait don dans le mystère chrétien se trouve aussi par-delà tout ce qui est purement naturel : c’est la « vie éternelle », la « renaissance » et la « contemplation » entendues en un sens tel qu’aucun témoignage ne permet de les constater dans la religiosité des mystères. A. Oepke résume ainsi cette différence fondamentale : « D’une part individualisme de renaissance intemporel, naturaliste, d’autre part dépendance spirituelle par rapport Beziehung
Bezug
Verhältnis
Weiter-reden 
relation
relação
relación
rapport
à l’histoire, recréation de la totalité comprise dans un sens eschatologique [12]. » Et selon J. A. Festugière, un des connaisseurs les plus avertis de l’esprit esprit
pneuma
espírito
spirit
mente
mind
hellène, l’union à Dieu dans les mystères se maintient toujours à l’intérieur de la sphère qui dépend de la sensibilité, le pneuma purement spirituel du mystère chrétien l’enlève de tout plan qui soit lié à la nature [13]. F. J. Dölger dit : « Chez les divinités des mystères, le Dieu est mis sur le même plan que la nature. La fête de la résurrection est pour cette raison... non pas une fête de remémoration d’un événement historique mais le souvenir d’un résultat qui se répète chaque année [14]. » Le mystère chrétien de la rédemption ne peut donc être saisi qu’à l’aide de l’idée de la filiation divine surnaturelle perdue dans le péché d’Adam et reconquise par la croix ; et le mystère de la grâce ne peut être saisi qu’à l’aide du concept, relevant de la pensée eschatologique, de la contemplation directe de Dieu qui trouve sa perfection perfection
perfeição
perfección
dans l’au-delà. Mais ce sont là les dogmes fondamentaux du Christianisme tels que Jésus les a proclamés et que saint Paul les a formulés. Là, l’essence du mystère chrétien est quelque chose d’absolument nouveau et de tout autre que les mystères antiques et il reste que, vu de cette façon, le résultat de l’histoire comparée des religions ne peut être que la reconnaissance toujours plus profonde de l’impossibilité de comparer le Christianisme. G. Kittel, le théologien protestant, a conclu ses exposés suédois d’un mot que je me permets aussi de placer à la fin Ende
la fin
o final
o fim
el fin
finalité
finalidade
finalidad
the end
the goal
purpose
propósito
telos
télos
meta
de mon exposé sur l’asygkytos sur l’impossibilité de comparer mystère hellène et chrétien : « La confession du Christianisme primitif est celle-ci : Maintenant nous sommes devenus justes par la foi et ainsi nous avons la paix avec Dieu par notre Seigneur Jésus-Christ. Je suis certain que ni la mort, ni la vie ni aucune créature ne pourraient nous séparer de l’amour de Dieu qui est en Jésus-Christ, notre maître. » Celui qui a compris ces versets, celui-là sait où se trouve la particularité, la différence, celui-là sait où réside la force la plus profonde du Christianisme primitif par rapport aux autres religions et conceptions du monde de son temps [15]. »

Après avoir séparé les choses dans une clarté aussi précise, nous avons le droit et la possibilité de les rassembler à nouveau car elles sont néanmoins combinées encore, adiairetos, par celui qui est le Dieu des Hellènes et le père de Jésus-Christ. C’est seulement maintenant que nous pouvons, avec une optique, juste évaluer en quoi consistent les influences réciproques entre les mystères antiques et le Christianisme antique. Nous reprenons à ce point de vue les trois simples points de contact présentés plus haut et sur lesquels un échange peut s’être produit.

Une multiplicité de pensées, de paroles et de rites que l’on a désignée autrefois, sans précautions, par le mot « emprunts », a pris vie dans l’existence Existenz
existence
exister
existentia
existência
existencia
bios
de l’Église antique venant d’une origine qui n’a rien rien Le mot rien désigne une absence de chose(s), sans la notion de dénombrement ou de concept mathématique qui s’attache au nombre zéro. « Il n’y a rien ici » signifie qu’aucun objet n’est présent, sans a priori sur la nature des objets qui auraient pu se trouver à l’endroit considéré. de commun avec un héritage à effet historique, mais qui provient du cheminement profond de la communauté humaine, de la nature spirituelle et corporelle commune aux Chrétiens et aux païens : « venant d’en bas », avons-nous nommé cela antérieurement. Chaque religion se crée des figures sensibles des vérités spirituelles : nous les nommons des symboles. Même la religion révélée de l’homme-Dieu ne pouvait parler que par des images humainement saisissables : « Et il ne vous a pas parlé sans paraboles » (Marc, 4, 34). Et le contenu d’au-delà de sa prédication s’enveloppe dans les images d’une humanité primitive que sont le père, le roi, la lumière lumière La lumière semble avoir fait l’objet d’une interprétation symbolique dès que les hommes se sont mis à croire dans un au-delà. Depuis la possible déification du feu, devenu élément vital pour l’Homme préhistorique, puis l’un des quatre éléments de la philosophie de la Grèce antique, jusqu’à la théologie chrétienne de Dieu comme "lumière des lumières", l’illumination étant présente dans de nombreuses religions, on n’a eu de cesse que de lui accorder des origines et vertus surnaturelles. , l’obscurité, l’eau l’eau
água
water
qui vit, le feu Feuer
fogo
feu
fire
pyr
qui brûle, la perle et la semence. La même remarque s’applique aux rites du culte qu’il a instaurés pour indiquer et réaliser la grâce de l’au-delà : ablution et nourriture et onction et mets. Si dès lors, il se présente des ressemblances et des formes identiques dans les religions de mystères (après que l’on a interrogé de façon circonspecte, et que l’on a pesé les textes servant de sources), nous touchons alors à la loi que K. Prümm [16] a nommée la loi de connexité de la chose et de la forme : l’homme religieux, nous dit-il, doit se servir toujours et de nouveau des symboles primitifs fournis par la nature afin d’exprimer un au-delà, un monde pensé, un monde plus haut. La communauté réside donc dans le fait que la nature humaine est orientée vers le symbolisme. Le même chercheur a, dans un autre ouvrage et à propos d’un autre sujet, caractérisé avec bonheur félicité
felicidade
bonheur
felicidad
happiness
eudaimonia
la théologie teologia
théologie
teología
theology
La théologie ( en grec ancien θεολογία , littéralement « discours sur la divinité ou le divin, le Θεός [Theos] ») est l’étude, qui se veut rationnelle, des réalités relatives au divin. Wikipédia
du symbole : « Ce n’est pas une merveille que l’on redécouvre justement aujourd’hui le Symbolisme de l’Église antique. Toutes les périodes durant lesquelles on reprend conscience Gewissen
conscience
consciência
conciencia
consciencia
Bewusstsein
Bewußtsein
consciencidade
consciousness
de l’existence et de la présence présence Le sens du sacré, c’est aussi la conscience innée de la présence de Dieu, c’est sentir cette présence sacramentellement dans les symboles et ontologiquement en toutes choses. [Frithjof Schuon] d’un royaume spirituel, parfois après une période où l’on se tourne vers ce qui est extérieur et visible et superficiel, vers la matière matière
hyle
La matière est la substance qui compose tout corps ayant une réalité tangible. Ses trois états les plus communs sont l’état solide, l’état liquide, l’état gazeux. La matière occupe de l’espace et possède une masse. Ainsi, en physique, tout ce qui a une masse est de la matière.
et ses manifestations, sont heureuses d’utiliser le symbole. C’est en lui que la coexistence du sensible et du monde spirituel trouve son explication, que la tension des deux mondes dans lesquels l’homme se trouve placé, est surmontée. C’est parce que la jeune Église était libre de toute sénilité fatiguée, c’est parce qu’elle pensait avec la fraîcheur de la jeunesse, c’est pour cette raison qu’elle a saisi si rapidement et si promptement le symbole qui lui était présenté et qui vivait déjà dans l’Écriture, les paroles et les actes du Seigneur et qu’elle a continué à les développer. Clément d’Alexandrie a placé au cinquième livre de ses « Tapisseries », une digression, toute remplie de savoir et de haute valeur par la plénitude de ses preuves philosophiques, sur la justification du symbole. Parmi les exemples païens d’usage des symboles, il a en particulier introduit ici les cultes secrets. C’est là que réside en fait, à ce qu’il me semble, le seul point de contact digne d’être mentionné entre les mystères antiques et le culte chrétien [17]. »

Cela nous conduit à la deuxième source de possibilité d’échanges entre la vie antique et la nature chrétienne — et cette source déjà se place Ort
lieu
lugar
location
locus
place
maintenant sur la ligne qui se présente sous le jour historique et que nous avons désignée comme « venant du milieu ». Beaucoup de choses que l’on a présentées auparavant comme des emprunts directs aux cultes de mystères pénètrent dans la vie chrétienne par suite d’une communauté culturelle avec les Hellènes. Il en a déjà été ainsi dans les paroles cultuelles et les usages avec lesquels le Grec forme ses mystères : là aussi, on forme des symboles dont les éléments sont empruntés en totalité à la vie courante. Car c’est là une loi fondamentale de la formation religieuse : « Les idées et les moyens d’expression, quand ils concernent les hautes régions de la religion en général ont leur patrie, d’origine, tous, en dernier lieu dans une sphère plus basse [18]. » Si, pour cette raison, aussi bien dans le culte chrétien que dans le culte hellénique, des rites et des paroles, des gestes et des consécrations identiques ou semblables peuvent être constatés, il ne peut s’agir d’un emprunt mais d’une propriété commune provenant du domaine de la vie familiale ou civile. Si le Mystagogue baise l’autel, et si le prêtre chrétien en fait autant ; si tous deux passent le seuil du sanctuaire du pied droit ; si dans les mystères et dans le rituel baptismal de l’ancien Christianisme on tend au catéchumène le lait et le miel : tout cela ne constitue pas des « influences » dues aux mystères et s’exerçant sur le Christianisme, mais simplement des choses de la vie quotidienne qui, ici et là, et indépendamment l’une de l’autre, devinrent un symbole s’appliquant à des matières totalement différentes. Ce sera le mérite durable de Fr. J. Dölger d’avoir justement souligné ce fait dans ses recherches sur « Antiquité et Christianisme » et cela avec une étonnante science science
epistêmê
episteme
sciences
Le sens originel du grec : se placer au-dessus de.... Parménide a ouvert la voie à la conception grecque de l’epistêmê en distinguant le monde de l’opinion et celui de la pensée pure et de l’être. (Y. Lafrance)
des choses et une méthode inattaquable, et il y a lieu d’espérer que le futur « Dictionnaire de l’Antiquité et du Christianisme » qui a commencé en soulevant tant d’espoir, éclaircira cette question dans un domaine de vaste étendue.

Un troisième domaine des sources des emprunts apparents faits par le Christianisme aux mystères de l’Antiquité récente réside encore dans une communauté humaine de pensée religieuse : nous pourrions nommer cela la loi sociologique du caractère secret. Plus la science que possède un homme pieux est profonde et pénétrante, plus clairement cette expérience expérience
aisthesis
perception
aísthesis
sensation
experiência
sensação
percepção
impressão
impression
impresión
percepción
sensación
tend à ce qu’il dissimule pudiquement devant les non-initiés. Et cela d’autant plus qu’existe le danger que la masse profane fasse irruption dans une sainteté sainteté Les saints sont des hommes ou des femmes distingués dans les diverses traditions religieuses par leur relation particulière avec le divin et leur élévation spirituelle. Wikipédia de cette sorte. Nous savons par la belle étude d’O. Casel [19] l’histoire de ce silence silence mystique chez les Grecs. Un vieux proverbe orphique passe par les cœurs de tous les hommes pieux hellènes : phthegxomai ais themis esti, thyras epithesthe bebeloi [20]. Et dans les Hermética, il est écrit : « Faire connaître à de nombreuses personnes ce morceau plein de toute la majesté de Dieu, ce serait le signe d’un esprit athée [21]. » Telle est aussi la sagesse sophia
sagesse
sabedoria
wisdom
sabedoría
σοφία
du nouveau pythagorisme : « On ne doit pas faire part des biens de la science à celui dont l’âme n’est pas purifiée. Car il n’est pas permis de donner connaissance au premier venu de choses acquises avec de si grandes peines, ni de présenter au profane les mystères des déesses d’Eleusis Éleusis
mystères d’Éleusis
Elêusis
Eleusis
 [22]. » Mais cette loi ne commence à s’appliquer dans le Christianisme que lorsque les circonstances extérieures le favorisent. Bien que la prédication chrétienne soit publique, qu’elle soit un mystère « prêché du haut des toits » et qui s’adresse à tous les hommes, elle doit cependant à partir du me siècle se défendre contre les incursions de la masse : alors, et alors seulement apparaît la discipline dite de l’arcane, et sa conformation proprement dite n’intervient qu’au ive siècle. Et là il n’est que trop compréhensible que les Pères de l’Église qui viennent du Néoplatonisme créent une langue qui sans doute est maintenant formée à partir du monde religieux des mystères qui sont en train de mourir. Les mystères du baptême et de l’autel du sacrifice sacrifice Sacrifice, étymologiquement « fait de rendre sacré » (du latin sacrificium, de sacer facere). sont entourés de rites les enveloppant de respect et de crainte, et bientôt l’iconostase interdit à ceux qui ne sont pas initiés tout regard dans le domaine du Saint des Saints : ils deviennent les phrikta kai phobera mysteria, les mystères effroyables, qui font geler [23]. « Les initiés le savent », cela sonne dans toutes les prédications grecques [24] et le pseudo-Aréopagite encore met en garde le Chrétien initié qui a accompli toutes les étapes de la Mystagogie divine, contre le bavardage : « Prends garde à ne pas trahir le Saint des Saints, garde les mystères du Dieu caché de telle sorte que le non-initié ne puisse y prendre part, en ne communiquant ce qui est sacré qu’à des saints et dans une lumière sainte [25]. »

Nous pouvons, en allant plus profondément, indiquer une quatrième source grâce à laquelle la langue des mystères antiques exerça une influence sur la pensée chrétienne. Cela est caché dans la nature du symbole verbal et de l’action symbolique, à savoir que ce qui tombe sous les sens n’est jamais capable de traduire et d’épuiser l’objet de la pensée spirituelle. Le symbole conserve toujours ses arrière-plans secrets, il est comme un vêtement vêtement Un vêtement est un objet, en général en tissu, venant couvrir une partie du corps. qui indique la forme du corps Körper
corpo
corps
soma
cuerpo
body
et qui en même temps la dissimule. Oui, cette nature sensible du symbole est justement nécessaire pour dissimuler la splendeur de l’au-delà et pour ne l’ouvrir qu’à ceux-là qui ont reçu des yeux pour elle. La théologie symbolique de l’antiquité hellène en avait certes conscience et c’est justement ici que l’on rencontre une clef merveilleuse pour donner le sens des rites cultuels de tous les mystères. Les vérités divines éblouiraient l’œil humain dans leur non-enveloppement céleste, et les initiés savent que le vrai ne produit pas une représentation toute nue de lui-même, dit Macrobe dans le commentaire du Somnium Scipionis. Et c’est pourquoi les mystères aussi seraient enveloppés, comme dans des langes, de la couverture protectrice des symboles : « ipsa mysteria figurarum cuniculis opperiuntur [26]. » C’est donc totalement preuve de sagesse hellène lorsque Clément d’Alexandrie écrit : « C’est pourquoi tous les songes et allégories ne peuvent être qu’obscurs pour les hommes, et cela non pas par une malveillance de la part de Dieu (car il est injuste de se représenter Dieu plein d’un tel sentiment) mais afin que celui qui cherche (à les comprendre) se donne la peine de pénétrer dans le sens de l’énigme et de s’élever ainsi vers la découverte de la vérité [27]. » Et il cite à ce sujet le mot profond de Sophocle : « Et Dieu est tel, je le sais avec certitude : Pour le sage sa parole divine est toujours pleine d’énigmes Aux faibles, elle simplifie, elle enseigne beaucoup de choses en peu de mots [28] ».

Mais cela, pense-t-il, saint Paul en avait conscience, lorsqu’il écrivait : « Quant à nous, nous publions la sagesse de Dieu dans le mystère. » (Ire Corinthiens, 2, 7). En fait c’est dans cette mystique grecque du symbole du verbe que se trouve cachée la source où est apparue l’Exégèse allégorique allégorie
allégorique
alegoria
alegórico
allegory
, telle qu’elle fut constituée à Alexandrie. La parole divine de l’Écriture est un Mystère, et, derrière le sens audible des paroles et des images, et même derrière tout le récit historique du salut, se dissimulent des empires inouïs de l’esprit et des possibilités insoupçonnées de montée vers la vérité sans images. Celui qui a reçu le regard nécessaire pour cela, pour celui-là, ce qui est vraisemblable pour les sens n’est que la terminaison extrême, plongeant dans ce monde obscur, d’un monde de l’au-delà plus réel, la miniature et l’esquisse de ce qui dans les dimensions extraordinaires de la pensée divine constitue la base primitive et la fin dernière de toute pensée créée. L’homme qui possède ce regard est le vrai « Gnostique », qui est « initié » au mystère de la parole divine. Mais ici aussi, et justement ici, malgré toute cette ressemblance ressemblance
homoiosis
RESSEMBLANCE (ÊTRE À LA) : signifie l’identité ultime de l’homme, la personne douée de raison et d’intelligence. (Philocalie, dir. Olivier Clément) VOIR eikon (image)
des terminologies de mystères qui s’écoule dans des pensées de cette sorte, le Gnostique chrétien se distingue du Gnostique extrachrétien. La Gnose chrétienne (nous pourrions déjà dire à la place de cette expression : la mystique chrétienne) demeure toujours dans les limites de la foi, du sens historique de la parole de Dieu, de l’Église visible. La Gnose extra-chrétienne veut la rédemption par la science, se libère du Verbe écrit et s’isole dans la solitude ou dans les conventicules. C’est ainsi donc que nous distinguerons ici aussi dans ce domaine le plus interne de l’histoire spirituelle antique, où la réalité mystique se forme de pensée chrétienne et de verbe grec, entre la matière et l’expression — pour reconnaître ensuite avec d’autant plus de liberté liberdade
liberté
freedom
liberdad
La liberté est la faculté d’agir selon sa volonté sans être entravé par le pouvoir d’autrui. Elle est définie :

* négativement : absence de soumission, de servitude, de contrainte exercée par autrui. L’être humain est indépendant.

* positivement : autonomie et spontanéité du sujet rationnel ; les comportements humains volontaires se fondent sur la liberté et sont qualifiés de libres.
- d’esprit avec quelle richesse dans ce domaine justement ce qu’il y avait de meilleur dans le monde des mystères antiques s’est écoulé dans le domaine chrétien. Saint Jean Chrysostome a circonscrit un jour profondément l’essence de cette théologie symbolique et mystique : « C’est absolument un mystère bien qu’elle soit prêchée tout partout. Car elle demeure incompréhensible pour ceux qui n’ont pas pour elle la compréhension nécessaire. Mais elle n’est pas dévoilée par sagesse humaine, mais par l’Esprit-Saint Esprit-Saint
Saint-Esprit
Espírito Santo
Holy Ghost
Holy Spirit
Le Saint-Esprit représente, comme la Vierge, le mystère du divin Amour. [Frithjof Schuon]
dans la mesure où il nous est possible de recevoir l’Esprit [29]. » C’est un sentiment antique des mystères, mais tourné vers le domaine chrétien : ce n’est plus la sophia qui soulève pour nous le voile du symbole, mais le pneuma hagion. Le Latin Chrysologus voit en cela la raison dianoia
la raison
raison discursive
reason
razão
razón
pour laquelle Christ a enveloppé sa doctrine dans des Paraboles : « hinc est quod doctrinam suam Christus parabolis velat, tegit figuris, sacramentis opperit, reddit obscuram mysteriis (Sermon 96, 1). » Et c’est ainsi que le Christianisme n’est jamais seulement la religion du mot nu, de l’entendement pur et simple, de l’exigence morale, mais celle du mot enveloppé, de la sagesse qui aime, de la grâce qui se cache dans les symboles sacramentels — et pour cela aussi la religion de la mystique où derrière la simplicité du verbe et des rites cultuels se révèlent les infinitudes de Dieu. Mais (et c’est ce qui est proprement chrétien) seul Dieu est le Mystagogue et l’Hiérophante de ces mystères : c’est seulement lorsque son esprit accorde la possibilité de contempler que l’homme devient un Épopte du mystère chrétien. C’est pourquoi Clément dit : « Celui qui est encore aveugle et so urd, sans compréhension et dépourvu du regard audacieux et perçant d’une âme qui aime à contempler, regard que seul le Rédempteur confère, celui-là doit, tel l’être Sein
Seyn
l’être
estre
o ser
seer
the being
be-ing
el ser
esse
non encore initié]aux fêtes mystérieuses et tel un danseur d’un chœur qui ne saurait rien du rythme demeurer en dehors de la danse divine, parce qu’il n’est pas encore pur et qu’il n’est pas encore digne de la vérité sainte (Stromata V, 4, 19, 2). » Et voici encore maintenant ce qui concerne le dernier domaine des sources de tant de ressemblances entre mystère antique et chrétien. Plus la recherche actuelle est devenue lucide, plus elle a porté avec acuité son intérêt vers la possibilité suivante : sur l’influence possible du Christianisme sur la formation des mystères de l’antiquité récente. Par la distinction soigneuse que nous avons exposée plus haut, nous avons acquis une idée claire de la façon dont les rapports entre les mystères et le Christianisme se sont modifiés dans la période récente par rapport à ce qu’ils étaient dans le siècle de saint Paul et de Clément : le Christianisme vainqueur se trouve en présence du monde des mystères, fatigué, en décompostiion, mais toujours encore riche. Or, c’est justement dans ce ive siècle que nous avons le plus grand nombre de témoignages sur les cultes de mystères. N’aurait-il donc pas alors été possible que le culte chrétien ait influé sur la forme des mystères qui tombaient en ruines, et que, par là, maint témoignage et document provenant des cultes de mystères, que l’on a adopté jusqu’alors sans esprit critique, ait déjà subi l’influence chrétienne ? Nous devrons certes procéder ici avec la plus grande précaution. Mais un chercheur aussi compétent que Fr. Cumont n’hésite pas à dire : « Le Christianisme lui-même a influencé ses ennemis, depuis qu’il était devenu dans le monde une force morale. Les prêtres phrygiens de la Mère mère
mãe
mother
madre
Suprême mirent en parallèle leurs fêtes de l’Équinoxe de Printemps avec la fête chrétienne de Pâques et ils accordèrent au sang versé dans le Tauraubolium la force rédemptrice qui était propre à l’Agneau de Dieu [30]. » Il est connu que les servants du culte du même mystère se plaignaient de ce que les Chrétiens, et pas seulement eux, fussent les imitateurs du mystère du sang qui pardon pardon Si l’homme demande pardon à Dieu, c’est, en dernière analyse, pour se conformer à une réalité normative, à la vérité tout court. [Frithjof Schuon] ne au « dies sanguinis » (24 mars) [31]. Saint Augustin encore s’irrite devant ses auditeurs contre un servant du culte d’Attis qui fait de la propagande en affirmant « que même le Dieu qui est sous le bonnet phrygien est un Chrétien [32] ». On voit là en tout cas que le monde des mystères en voie de disparition était prêt à accepter des influences chrétiennes. C’est ainsi que H. Hepding écrivait dans son ouvrage sur Attis : « Dans la période finale, les interprétations allégoriques des mythes mêlées de spéculations théosophiques provenant de la philosophie dominante, et peut-être, çà et là, des pensées reposant sur une base chrétienne peuvent avoir contribué à l’intériorisation et à l’approfondissement du contenu religieux des mystères [33]. » Et en ce qui a trait au Taurobolium du mystère d’Attis, il pense : « Il n’est certes pas impossible que la doctrine chrétienne de la rédemption par le sang du Christ, de la rémission du péché par le sang de l’Agneau ait contribué à former ce baptême de sang (Ibid. p. 200, rem. 7). » Cette influence devient plus vraisemblable si nous nous rappelons à quel point le monothéisme juif a influé sur les mystères, et en particulier sur les pratiques mystérieuses des papyrus magiques [34]. Et saint Augustin encore doit mettre en garde ses fidèles contre les servants des mystères qui mêlent aussi aux textes de leurs paroles magiques le nom du Christ [35]. Si donc nous apprécions sous ce rapport cette inscription de l’an 376 après J.-C. par laquelle l’aristocrate romain Aedesius énumère la multiplicité de ses initiations et se fait gloire d’être « in aeter-num renatus », sa valeur de témoignage, en ce qui concerne une doctrine de renaissance si souvent attribuée aux mystères (et que l’on a voulu justifier uniquement à l’aide de cette inscription), doit s’affaiblir notablement. Ce témoignage provient d’une période où l’Église à Rome se trouvait déjà dans l’éclat le plus élevé d’une consécration officielle, et où, au-dessus de la grotte des mystères phrygiens, s’élevait déjà au Vatican la basilique de Saint-Pierre que Constantin avait construite, et où le mystère chrétien de la renaissance éternelle grâce au baptême était véritablement « prêché du haut des toits » et où l’on ne portait plus par les rues de Rome le bois du pin mort du mystère phrygien, mais le bois de la croix du nouveau mystère dont Firmicus Maternus chantait la louange. De ces deux mystères, celui de la croix et celui du baptême, nous aurons à reparler. C’est en eux que s’achève la victoire du Christianisme sur les mystères antiques. L’Eglise a pris dans son giron le Grec, et elle l’y a convié par les paroles que Clément d’Alexandrie a adressées jadis aux Hellènes, qu’il voit devant lui sous la forme du vieux devin Tirésias :

« Viens aussi, toi, vieillard ! Rejette le service de Bacchus, laisse-toi conduire vers la vérité. Vois, je te tends le bois de la croix, afin que tu t’appuies sur lui. Presse-toi, Tirésias, viens à la foi ! Tu deviendras un voyant. Le Christ, par qui les yeux aveugles se remettent à voir, éclaire, plus clairement que le soleil. Tu verras le ciel, vieillard, que tu ne pouvais contempler à Thèbes. Oh ! que vraiment saints sont ces mystères, que cette lumière est pure ! Je suis baigné de la lumière du flambeau afin de contempler le ciel et Dieu. Je deviens saint, parce que je suis initié à ces mystères ( Protreptique XII, 119, 3 ; 120, 1). »


[1Cf. D. Deden, Le Mystère Paulinien : Eph. Theol. Lovan. (1936).

[2Cf. à ce sujet : K. Prümm : Mysterium und Verwandtes bei Hippolyt und bei Athanasius : Zeitschr. f. kath. Théologie 63 (1939) p. 207 sqq, 350 sqq.

[3Ps-Chrysostome : Homélie de Noël (PG 59, 687)

[4K. Prümm : Das antike Heidentum, p. 308.

[5Die Religionsgeschichte und das Urchristentum, Gütersloh 1932, p. 124.

[6Der Sieg des Christentums uber die Religionen der alten Welt (Composé pour L. Ihmels, sous le titre : « Das Erbe Martin Luthers und die gegenwârtige theologische F rschung ») Leipzig 1928, p. 66.

[7Psyché I (6e éd. 1910) 313.

[8Die Religionsgeschichte und das Urchristentum, p. 116 sq.

[9Cf. à ce sujet aussi Kt Latte, Schuld und Sünde in der griechischen Religion : Archiv fur Religionswissenschaft 20 (1920/21), 254 sqq.

[10A. Boulanger : Orphée, Rapports de l’Orphisme et du Christianisme, Paris 1925. — K. Prümm, Christentum als Neuheitserlebnis, p. 142 sq.

[11Poimandres, Leipzig 1904, p. 180, note 1.

[12Dans son article sur « Heilsbedeutung der Taufe auf Ghristus » : G. Kittel, Theologisches Wörterbuch zum Neuen Testament I, Stuttgart 1933, p. 539.

[13L’idéal religieux des Grecs, p. 219.

[14Ichthys I, Munster 1928 (Réimpression) p. 7. — Cf. aussi les exposés fondamentaux de Dölger : « Mysterienwesen und Urchristentum » et « Zur Methode der Forschung » dans la Theologische Revue 15 (1916) p. 385 sqq., 433 sqq.

[15Die Religionsgeschichte und das Urchristentum, p. 132.

[16Das antike Heidentum, p. 331.

[17Das Christentum als Neuheitserlebnis, p. 415-417.

[18K. Prümm, Das antike Heidentum, p. 328, rem. 3.

[19De veterum Philosophorum silentio mystico, Giessen 1919.

[20Conservé par Eusèbe : Praeparatio evangelica III, 7 (PG 21 180 B).

[21Corpus Hermeticum II, 1, II, 11. — Cf. G. Anrich, Das antike Mysterienwesen, p. 70.

[22Jamblique, Vie de Pythagore 17, 35 (Cf. Anrich p. 69).

[23Cf. une série de preuves à ce sujet chez Anrich, p. 157.

[24Cf. Anrich p. 158.

[25Ecclesiastica Hierarchia I, 1. Cf. à ce sujet H. Koch, Pseudo-Dionysius Areopagita in seinen Beziehungen zum Neuplatonismus und Mysterienwesen, Mayence 1900, p. 108 sqq.

[26Somnium Scipionis 1, 2, 17 — Saturn. V, 13, 40.

[27Stromata V, 4, 24, 2.

[28Sophocle, Fragmentum Incertum 704.

[29Homélie VII, 2 sur la première lettre aux Corinthiens.

[30Die orientalischen Religionen im römischen Heidentum, discours préliminaire, p. XI.

[31Fr. Cumont, op. cit., p. 65.

[32Tractatus in Joannem, VII, 6.

[33Attis, Seine Mythen und sein Kult, p. 179.

[34Voyez les documents chez Fr. Cumont, op. cit., p. 58-60, p. 231, (rem. 60.

[35Miscent praecantationibus suis nomen Christi (PL 35, 1440 B).