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Les origines des légendes mulsumanes dans le Coran et dans la vie des Prophètes

Sidersky : LA CHUTE DE L’HOMME

LIBRAIRIE ORIENTALISTE PAUL GEUTHNER, 1949

dimanche 9 novembre 2008

D. Sidersky, Les origines des légendes mulsumanes dans le Coran et dans la vie des Prophètes. Librairie orientaliste Paul Geuthner, 1933

Dans le récit biblique, c’est le serpent qui fut le tentateur qui a incité Ève à manger le fruit défendu. Dans le Coran, le serpent est ignoré totalement. Le tentateur, c’est Satan (Eblis), qui fut jaloux du bonheur d’Adam et d’Eve. Mais Tabari et Al-Kissaï expliquent que c’est le serpent qui aurait facilité l’entrée de Satan au Paradis. Voici le texte coranique :

Sourate VII. — 18. Et toi, ô Adam ! habite, toi et ton épouse, le Paradis ; et mangez de ses fruits partout où vous voudrez ; mais ne vous approchez pas de cet arbre ; car vous seriez du nombre des injustes.

19. — Mais Satan leur suggéra de ne pas pouvoir se regarder l’un l’autre à ce qui leur était resté caché jusqu’alors de leur nudité.

Et il dit : « Votre Seigneur ne vous a interdit cet arbre, que pour que vous ne soyez pas changés en deux Anges et que vous ne deveniez pas immortels. »

20. — Et il leur jura à tous les deux : « En vérité, je suis pour vous un bon conseiller. »

2i- — Et il les engagea dans l’erreur par aveuglement, et lorsqu’ils eurent goûté des fruits de l’arbre, leur nudité leur apparut, et ils commencèrent à coudre sur eux des feuilles du jardin. Et leur Seigneur les appela : « Ne vous avais-je pas défendu cet arbre, et ne vous ai-je pas dit : En vérité, Satan est pour vous un ennemi déclaré ? »

22. — Ils dirent : « O notre Seigneur ! nous nous sommes fait du mal à nous-mêmes ; et, si Tu ne nous pardonnes pas, et si Tu n’as pas pitié de nous, nous serons sûrement des perdus. »

Sourate XX. — 120. Puis, son Seigneur le choisit. Il revint à lui et le guida (dans la voie droite). »

121. — Il dit (à Adam et à son épouse) : « Descendez-en tous deux ensemble, les uns ennemis des autres. C’est de moi que vous viendra la direction. »

La jalousie du serpent tentateur est signalée dans le Talmud (Sanhédrin, 59b)dans les termes suivants :

« Adam était installé au Paradis, et des anges lui rôtissaient de « la viande et rafraîchissaient du vin. En le regardant et envoyant « tous les honneurs qui lui étaient rendus, le serpent devint très « jaloux de l’homme. »

L’association de Satan avec le serpent pour préparer la chute de l’homme est relatée dans les Pirké de R. Eliézer (chapitre XIII) et dans le Midrasch Hagadol (édition Schechter, III, 1, pp. 86-87) dans les termes suivants :

« Samaêl (Satan) était un grand dignitaire dans les cieux... Il « n’a pas trouvé de plus rusé que le serpent pour faire du mal ; il « monta à cheval sur lui pour aller séduire Adam. »

Tabari (l. c., t. L, p. 79) et Al-Kissaï (édition Eisenberg, Le., p. 36) mentionnent tous les deux le très curieux détail suivant :

Dieu avait maudit Éblis (Satan) à cause d’Adam. Lorsque Adam fut dans le Paradis, Éblis chercha un moyen d’y entrer aussi par la ruse, de tromper Adam et de l’égarer. La crainte de Ridhwan, portier du Paradis, l’empêcha d’y entrer. Éblis demanda au serpent de le faire entrer secrètement dans le Paradis. Le serpent ouvrit la bouche, Éblis y entra, et le serpent le porta dans le Paradis et le mit en présence d’Adam.

Cette légende est d’origine chrétienne. Elle est mentionnée dans un livre apocryphe intitulé Les miracles de Jésus, édité récemment par M. Sylvain Grébaut, Patrologia Orientalis, t. XII, fascicule 4, p. 569. Voici ce passage :

« Lorsque Satan eut vu la royauté et la grâce que le Seigneur avait données à Adam, il le jalousa d’une grande jalousie. Le « serpent était le plus rusé de tous les animaux. Satan vint vers lui et lui demanda de lui permettre d’entrer en lui, afin de séduire Adam. Le serpent lui répondit et lui dit : Fais ce que tu veux. Satan entra en lui. Le serpent lui servit de maison et le conduisit au Paradis. »