Philosophia Perennis

Accueil > Soufisme > Pend-namèh, ou Le livre des conseils de Ferid-Eddin Attar

Silvestre de Sacy

Pend-namèh, ou Le livre des conseils de Ferid-Eddin Attar

Internet Archive

samedi 8 novembre 2008

AVERTISSEMENT.

Il y a déjà quelques années que j’ai fait imprimer dans le tome II des Mines de l’Orient, une traduction du Pend-namèh ou Livre des Conseils de Férid-eddin Attar. Cette traduction, faite dès l’année 1787, avoit dû être publiée avec le texte persan, il y a trente ans, ainsi que je favois annoncé dans le tome I.cr des Notices et Extraits des Manuscrits de ia Bibliothèque du Roi. Ce projet étant demeuré saps exécution, j’avois tout-à-fait perdu de vue ce travail, lorsque la publication des Mines de l’Orient m’offrit l’occasion de le faire paroître. Toutefois, je crus alors devoir me borner adonner au public ma traduction, parce que le texte persan avoit paru à Londres en 1809, d’après un manuscrit de la bibliothèque de Tippou - Sahib, et par les soins de M. I. H. Hindley. Je ne me dissimuiois pas à quel point l’édition de M. Hindley est fautive, et combien il eût été à souhaiter qu’on en publiât une nouvelle, plus correcte, et d’après la comparaison de plusieurs manuscrits ; mais je pensai queceseroit trop exiger des éditeurs des Mines de l’Orient, que de leur imposer l’obligation de joindre le texte à ma traduction. D’ailleurs, ce texte n’eût point été imprimé sous mes yeux, et c’est toujours un grave inconvénient : je me déterminai donc à faire paroître la traduction seulementf et telle à-peu-près que je i’avois faite à une époque où je m’occupois assez peu de la littérature persane.

Depuis cette édition,ayant eu occasion de comparer de nouveau ma traduction avec le texte, j’y reconnus un grand nombre d’inexactitudes, quelques contre-sens assez graves, et, en générai , une grande négligence. Je me résolus d’autant plus volontiers à la revoir toute entière sur le texte, que j’avois sons les yeux un assez grand nombre de manuscrits, et qu’ayant acquis une connoissance plus approfondie de la langue persane, je pouvois espérer de donner à ce travail une plus grande perfection. D’ailleurs, des occupations impérieuses et qui réclament presque tous mes instans, ne me permettaient pas de me livrer, pour le moment, à des travaux de longue haleine ; et celui-ci pouvoit me servir de délassement, et me rappeler, du moins de temps en temps, à une littérature à laquelle, par goût et par reconnoissance, je ne saurois jamais devenir tout-à-fait étranger. Il étoit naturel que je désirasse faire tourner ce nouveau travail à l’utilité des personnes qui cultivent les lettres orientales ; et, pour atteindre ce but, il convenoit de publier le texte avec la traduction i j’ai fait plus ; et aux notes qui étoient nécessaires à l’intelligence de l’auteur, j’ai joint une assez grande quantité d’extraits des œuvres d’Attar, de Saadi, de Hafiz, de Djami, de Schahi et de Hosaïn Vaè’z, pour que ce petit volume puisse être considéré comme une sorte d’anthologie persane. Enfin, j’y ai ajouté la vie de Férid-eddin Attar, tirée de l’Histoire des poètes persans, de Dau-letschah Gazi Samarkandi, et une préface écrite en persan, pour laquelle je réclame l’indulgence des savans. On trouvera , immédiatement après cet Avertissement, la traduction de ces deux pièces.

Dans ce poëme, ou plutôt dans ce petit traité de morale mis en vers, l’auteur commence par célébrer la grandeur de Dieu, les merveilles qu’il a opérées dans les siècles anciens en faveur de ses serviteurs, et la toute-puissance par laquelle il dirige tous les événemens, et distribue aux créatures, suivant sa, volonté, les biens et les maux » Ii chante ensuite, suivant un usage dont aucun poète ne s’écarte, les louanges de Mahomet, puis celles des principaux imams ou docteurs de sa religion. Après ces préliminaires, il traite successivement et sans ordre, des caractères de la vraie piété, de la solide dévotion, de la perfection religieuse, du renoncement aux biens de ce monde, des vertus et des vices, de leurs effets, et des signes auxquels on les reconnoît. Il semble par-tout adresser la parole à un disciple chéri et avide d’instruction ; il l’appelle son ami, son frère, et plus souvent son fils. Il n’est presque aucun manquent dans les autres. Il y a encore moins d’uniformité- dans les titres des chapitres , et, parfois, ils ont peu de rapport avec le sujet du chapitre qui les suit. Je suis très-porté à croire que ni ces titres, ni la division en chapitres, ne viennent de Férid-eddin Attar. Je ne me suis attaché, pour rien de tout cela, à un manuscrit exclusivement à tous les autres : j’en ai usé de même dans le choix des variantes. J’ai plutôt consulté le sens et l’ensemble des idées, que le nombre ou le mérite des manuscrits. J’ose dire que cette méthode est à-peu-près la seule qu’on doive suivre quand on publie des poèmes persans. J’en appelle au jugement de tous ceux qui ont été à même de comparer plusieurs manuscrits du Boustan de Saadi, du Schahnamèh de Firdevsi, ou du Divan de Hafiz.

Je ne demanderai point pardon du grand nombre et de la longueur de mes notes. J’ai déjà dit dans quelle intention je les ai composées, et peut-être les amateurs de ce genre de littérature me sauront-ils quelque gré de ma profusion et de ma prolixité. Il m’eût été assurément plus facile et moins dispendieux de me borner aux notes strictement nécessaires.

Je n’ai point cru convenable de donner des notices biographiques des divers auteurs dont j’ai cité des fragmens. Le lecteur pourra consulter la Bibliothèque orientale de d’Herbelot, et divers autres ouvrages, mais sur-tout celui que M. de Hammer a publié à Vienne en 1818, sous ce titre : Geschichte der schœnen Redekünste Perstens, mit einer Blüthenlese aus zweihundert Persischen Dichtem.

Ce volume étoit presque imprimé, lorsque j’ai eu connoissance d’un recueil des œuvres de Férid-eddin Attar, que possède la Bibliothèque du Roi. Dans une de mes notes jointes à la vie d’Attar, je donnerai les titres de tous les ouvrages contenus dans ce volume. Je doute qu’aucun autre qu’un sofi puisse se résoudre à lire cet énorme recueil d’écrits mystiques, où la même idée est sans cesse reproduite, et l’est sous des formes trop peu variées pour soutenir ou réveiller l’attention.

Puisse l’échantillon que je publie de la philosophie religieuse et morale des sofis, ne pas déplaire aux amateurs des Muses orientales, et contribuer à répandre le goût d’une littérature encore trop peu connue !

30 juin 1819.