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La science occulte et les sciences occultes.

Dr. Paul Carton : LA LOI DE CAUSALITÉ

Librairie Le François, 1935

lundi 3 novembre 2008

Le besoin de savoir. — L’enfant est curieux ; il ne cesse d’interroger. L’homme éprouve le besoin de connaître ; il a le désir de trouver ; il s’ingénie à découvrir. Sa raison le pousse à chercher des explications. Constatant des effets dans le monde extérieur et dans lui-même, il en recherche les causes. Cette incitation naturelle provient de ce que la vie répond à un apprentissage, effectué à l’aide des choses matérielles.

Déjà, un embryon de raisonnement se voit chez les animaux qui savent relier un effet à une cause, garder un souvenir de ce lien et.en tirer un parti pour accepter une attirance on se comporter avec répulsion.

Un sauvage se contentera, comme l’enfant, d’une explication naïve, rudimentaire, insuffisante ou même factice. Un homme évolué emploie sa raison, plus développée, à rechercher,avec soin, le pourquoi et le comment. Le savant, le sage et le saint sont tourmentés par la passion de la vérité, c’est-à-dire de la recherche des causes exactes et initiales.

La découverte de la loi. — Les recherches de détail de plus en plus poussées et l’instruction de plus en plus étendue conduisent aux principes. L’analyse précède. Puis, la constatation répétée que les mêmes causes engendrent les mêmes effets produit dans l’esprit de l’homme le sentiment d’une loi à laquelle il faut obéir, elle démontre aussi que le hasard est une apparence et que le mystère cache une ignorance. La loi de causalité, ainsi établie, a servi à l’organisation légale de la société, avec les progrès de la civilisation, et à l’effacement des superstitions.

La science expérimentale. — La possibilité de faire soi-même acte de créateur, en déterminant certains résultats constants, chaque fois que l’on met en branle une cause constante, a donné naissance à la science expérimentale moderne. Il en est résulté une grande précision dans la détermination des causes dernières et un grand nombre d’inventions qui ont perfectionné l’industrie et facilité la vie.

Le pourquoi et le comment sont le fondement de la connaissance et du progrès. — La science occulte insiste sur la nécessité de rechercher non seulement les causes prochaines et visibles, mais surtout les causes lointaines, profondes et cachées. Elle apprend à ne pas se contenter, comme les sauvages ou les cerveaux primaires, d’explications candides, de raisons fictives ou de causes très secondaires.

En outre, quand quelque chose d’inconnu ou d’imprévu se produit, le besoin de comprendre le pourquoi et le comment se manifeste par une tension de la volonté et une angoisse du cœur qui, pour être fructueuses, doivent s’accompagner d’humilité et de bonne volonté. En effet, quand on se trouve en face de l’incompréhensible, c’est-à-dire de ce qu’on ne peut expliquer par ce que l’on sait déjà ou par les enseignements généralement admis, il n’y a plus qu’un moyen d’aboutir et de découvrir la vérité, c’est de faire l’âne de bonne volonté, c’est-à-dire de faire table rase de tout ce qui est routine, préjugé, convention, approbation, consentement et de reprendre le problème par la base, en s’instruisant prudemment par essais, expériences et contre-épreuves, puis en colligeant les résultats, pour les ériger en lois et, enfin, en rassemblant les lois secondaires partielles, pour aboutir à la loi générale synthétique et à la Cause initiale.

Les causes secondaires sont souvent trompeuses. Les causes premières sont seules véritables. — Le science humaine est trop souvent l’œuvre de cerveaux primaires. C’est pourquoi elle donne lieu si souvent à de lourdes erreurs de conduite. En effet, l’homme insuffisamment et incomplètement éduqué borne ses investigations au visible, nie l’existence de l’invisible, devient matérialiste et athée. Dans tout ce qu’il décide, il agit en aveugle, il se maltraite lui-même et il maltraite son prochain et son ambiance naturelle.

Avant d’en arriver à comprendre qu’il n’y a de science que du général, qu’il n’y a rien de juste ni de vrai en dehors d’un ensemble de lois synthétiques et enfin qu’il n’y a de puissance qui ne vient que de Dieu, l’homme commet de multiples fautes. Il se contente de la recherche des causes secondes, il ne sait pas encore remonter la filiation des événements, ni suivre les enchaînements pour aboutir aux causes premières.

C’est ainsi qu’en médecine, le primaire rapportera aux microbes ou aux organopathies localisées la cause des maladies au lieu de remonter jusqu’aux raisons initiales, les viciations humorales, les altérations de l’état général et les réceptivités morbides engendrées par les fautes alimentaires et hygiéniques et, en fin de compte, causées par des errements de conduite physique, psychique et spirituelle. Il verra la multiplicité morbide, sans soupçonner l’unité morbide essentielle de toutes les maladies. Il ne se rendra pas compte que, même en médecine, les causes initiales sont occultes et plus spirituelles que matérielles.

L’existence universelle de causes ordonnées et hiérarchisées implique l’existence d’une Cause suprême, créatrice,législatrice et conservatrice qui est Dieu. — Des lois existent qui règlent dans l’univers, dans la Nature et dans l’homme les phénomènes matériels, les opérations de la vie et les actions de l’esprit invisible qui meut la matière.

Ces lois (que l’on retrouve, analogues, dans le macrocosme et dans le microcosme) impliquent l’existence d’une cause commune qui est la raison de tout, la cause de tout, le conservateur providentiel de tout, et le but. Cette cause initiale, créatrice et législatrice est Dieu

La passion de la Vérité. — Le besoin de savoir qui se manifeste dans l’homme par la recherche des causes, puis, chez les élites, par une soif de vérité, poussée jusqu’à l’Absolu qui est Dieu, résume le but occulte de la vie, qui est la possession méritée de la vie et de la Vérité éternelles en Dieu. C’est pourquoi le Verbe incarné, Fils unique de Dieu, est venu sauver les hommes, en leur apportant la vérité : « Je suis le chemin, la vérité et la vie » (Jean, XIV ; 6). « Je suis venu pour rendre témoignage à la vérité. Quiconque est de la vérité, écoute ma voix. » (Jean, XVIII ; 37)

La médecine des causes apparentes et la médecine des causes occultes. — Il existe une médecine en quelque sorte illégale, science matérialiste officielle, science primaire du cadavre, qui ne connaît dans la constitution de l’homme que son organisme matériel et dans l’origine de ses maladies que les altérations pathologiques de ses viscères et que les développements parasitaires des germes microbiens. Aussi, pour soigner cette matière se sert-elle de remèdes secondaires, purement antisymptomatiques, artificiels et trompeurs. Elle crée un rééquilibre factice et momentané, en se bornant à opposer un calmant à une douleur, un vaccin ou un sérum à un microbe, ou encore, en homœopathie, un semblable atténué à un semblable.

Mais il existe, d’autre part, une médecine, en quelque sorte légale et sage, une médecine occultiste qui étudie l’homme jusque dans ses forces impondérables de vie, et immatérielles de direction intellectuelle et spirituelle. Elle s’élève jusqu’à la recherche des causes premières des troubles de la santé.Elle remonte jusqu’aux lois invisibles de la santé et jusqu’à l’Ordonnateur Unique de ces lois. Elle assigne ainsi un but à la vie et un ordre véridique aux actions thérapeutiques. Elle démontre que, pour être conduit en bon ordre ou guéri, l’homme doit se comporter en imitateur des lois naturelles et en serviteur des lois divines.

Muni de cette science occulte, un médecin initié est en état de découvrir les raisons premières des perturbations organiques et des causes vraiment effectives des maladies. Il est capable de faire le contraire des causes du mal, en prescrivant le contraire de ce qui l’entretient ou de ce qui le fera récidiver, si on se contente de le contenir artificiellement ou de le déplacer par des remèdes pharmaceutiques allopathiques ou homœopathiques. Aussi, quand un médecin, bon occultiste, semble ne faire que des prescriptions matérielles de régime ordonné et de soins synthétisés, matériels, individualisés et unifiés, ce n’est là qu’une apparence visible. En vérité, il met en branle des forces vitales fonctionnelles.il dirige avec logique le potentiel vital individuel, il dématérialise avec prudence et avec progression lente ; il opère une transmutation spirituelle occulte, à l’aide de règlements matériels qui assurent du même coup l’ordre organique et la pratique de la vérité dans l’esprit. C’est ce qu’Hippocrate avait déjà proclamé, en ces termes : « Un des points les plus importants à découvrir, c’est la cause des maladies, l’origine et la source des maux qui affligent le corps. En effet,quiconque connaîtrait la cause d’une maladie serait capable d’y porter remède, en y appliquant le contraire de ce qui a produit le mal, dès son origine ; car le plus grand art médical n’est fait que de la recherche et de la direction des causes naturelles. Par exemple, la faim est un mal ou une maladie, puisque l’on peut appeler maladie tout ce dont le corps souffre. Quel est donc le remède de la faim ? C’est ce qui la calme : c’est la nourriture. C’est donc par l’alimentation que l’on doit guérir la faim. De même, la soif est apaisée parla boisson ; la pléthore se guérit par des éliminations ; les évacuations parles récupérations ; la fatigue de l’exercice par le repos ; la fatigue du repos par l’exercice. En un mot, les contraires se guérissent par les contraires. La médecine consiste essentiellement à savoir retrancher ou ajouter,retrancher ce qui est dangereux ou excessif, ajouter ce qui est utile ou insuffisant. Qui remplit « mieux cette double indication est le meilleur médecin ; qui y fait le plus de manquements est le plus ignorant de l’art médical et le plus mauvais médecin. » (Gardeil, 640 ; 1 et Littré, 93 ; VI)

« Ne rien faire au hasard, ne rien manquer à observer. Amener les contraires par gradation et, dans cette gradation, mettre des intermissions. » ( Littré, 285 ; V ;

« A tous égards donc, la médecine doit participer à la sagesse. Les médecins, en effet, sont continuellement obligés de reconnaître la toute-puissance de la Divinité, car ils ont appris à discerner son pouvoir dans les maladies et les symptômes. Ils ne sauraient attribuer à leur art un mérite intrinsèque, se voyant souvent déçus dans leurs entreprises. Et lorsque la médecine réussit, c’est à la Divinité quelle en est redevable. » (449 ; I)

Faisons remarquer que, dans l’esprit d’Hippocrate, agir par des moyens contraires ne signifie pas du tout une lutte purement antisymptomatique, faite à l’aide de produits pharmaceutiques, tels que les calmants contre la douleur, les antithermiques contre la lièvre, les hypnotiques contre l’insomnie, etc., car ces procédés n’agissent que sur les effets. Ils n’écartent pas les causes. Or, laisser subsister les causes toxiques ou énergétiques de désordre organique et se contenter d’en masquer les effets par des interventions chimiques (massives ou infinitésimales), cela n’aboutit qu’à déplacer ou à aggraver le mal.

En réalité, agir par les contraires c’est supprimer les causes nocives, relevées dans le régime ou dans l’hygiène, et c’est les remplacer par des moyens diététiques ou hygiéniques qui guérissent en agissant d’une façon opposée au mal, c’est-à-dire en remplaçant les intolérances par des tolérances, les inadaptations par des adaptations, les carences par des synthèses, les surmenages par de la mesure, les excès par des réductions, les insuffisances par des reprises, le froid nocif par de la chaleur, les rétentions par des éliminations, etc. Toutes ces interventions, habilement manœuvrées, ramènent l’équilibre et l’ordre dans les humeurs, la puissance et l’efficacité dans les défenses et les immunités naturelles et, en fin de compte, procurent seules des guérisons exactes et durables.