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La langue hébraïque restitué

Fabre d’Olivet : EN GUISE DE COMMENTAIRE DE LA TRADUCTION DU SÉPHER

Fragments extraits de la Lettre à Lord Byron et des commentaires au Caïn du poète anglais.

mardi 28 octobre 2008

Gnostiques de la Révolution, Fabre d’Olivet. Choix de textes par André Tenner. Engloff, Paris, 1946

L’amour.

Adam parle :

Mon amour, dans Eden, était pur et simple comme moi ; c’était un sentiment mêlé avec ma vie, qui ne me paraissait pas en être distinct. Je n’aurais pu cesser d’aimer, quand je l’aurais voulu. L’amour était comme le principe de mon être, et la lumière de ma vie. A présent, au contraire, mon être en est devenu le principe, et ma vie s’en est détachée. J’ai connu comme un sentiment libre ce que je ne connaissais que comme un mode d’existence.

Le règne hominal.

Adam est ce que j’ai appelé le règne hominal [...] C’est l’Homme conçu abstractivement : c’est-à-dire la masse générale de tous les hommes qui composent, ont composé ou composeront l’humanité ; qui jouissent, ont joui, ou jouiront, de la Vie humaine ; et cette masse ainsi conçue comme un seul être, vit d’une vie propre, universelle, qui se particularise et se réfléchit dans les individus des deux sexes. Considéré sous ce rapport, Adam est mâle et femelle.

Soit qu’Adam se conçoive dans son essence universelle ou particulière, Eve est toujours sa faculté créatrice, sa force efficiente, sa volonté propre, au moyen de laquelle il se manifeste à l’extérieur. Dans le principe de son existence universelle, Eve n’est pas distinguée de la faculté créatrice universelle dont émane Adam. Ce n’est qu’au moment de sa distinction, qu’Adam devient un être indépendant et libre, et qu’il peut exercer à l’extérieur, selon sa volonté propre, sa force efficiente, créatrice. C’est toujours par Eve qu’Adam se modifie en bien ou en mal. Eve fait tout en lui ou hors de lui.

Caïn et Abel.

Caïn et Abel sont les deux forces primordiales de la nature élémentaire. Ce sont les deux premiers êtres cosmogoniques produits par Eve, après que, par un certain mouvement vers la nature élémentaire, elle a perdu son nom d’Aïsha, qui désignait la nature intellectuelle d’Adam, pour prendre celui d’Eve, qui n’exprime plus que la vie matérielle de cet être universel. C’est dans cette vie matérielle que Caïn et Abel ont pris naissance, et que leurs principes, qui y étaient en puissance d’être, dès l’origine des choses, sont passés en acte pour produire tout ce qui doit à l’avenir constituer cette vie. Caïn peut être conçu comme l’action de la force compressive, et Abel comme celle de la force expansive. Ces deux actions, selon la force desquelles tout existe dans la nature, issues de la même source, sont ennemies dès le moment de leur naissance. Elles agissent incessamment l’une sur l’autre, et cherchent à, se dominer réciproquement, et à se réduire à leur propre nature. L’action compressive, plus énergique que l’action expansive, la surmonte toujours dans l’origine ; et l’accablant pour ainsi dire, compacte la substance universelle sur laquelle elle agit, et donne l’existence aux formes matérielles qui n’étaient pas auparavant.

En personnifiant [...] on a transformé en fait historique [...] un acte cosmogonique qui a commencé à l’origine de la vie élémentaire, qui dure encore, et qui durera jusqu’à ce que cette vie fasse place à une autre.

Souffrance des animaux.

Malheureux animaux ! vous partagez encore Avec les fils d’Adam son destin rigoureux. Comme nous, sans avoir goûté la triste pomme ! Comme nous, sans avoir acquis plus de savoir. Byron.

Adam parle à Caïn :

... Je fis ce qu’il (Nahash) voulut ; mais, comme je te l’ai assez raconté, l’effet épouvantable qui suivit mon acte criminel fut très loin de répondre à notre attente. Le cours que suivait ma vie dans l’éternité s’arrêta ; tout s’arrêta autour de moi ; et je vis avec une indescriptible stupeur que les productions de mon Eden et toutes les créatures que j’y avais mises, consolidées par une force qui m’était inconnue, ne dépendaient plus des actes de ma volonté. Un mouvement rétrograde avait tout envahi. Emporté avec tout le reste dans ce mouvement épouvantable, c’est en vain que j’essaierais de te peindre mon angoisse. Elle est autant au-dessus de ton imagination que toutes les forces réunies de tous les hommes sont au-dessus de la force d’un homme. C’est au milieu de cette angoisse que la voix du Très-Haut se fit entendre à moi, et que sa miséricorde daigna y mettre un terme en changeant, par sa toute-puissance, le mode de mon existence, que rien autre ne pouvait changer. Alors je pris des formes analogues à celles que mes productions avaient prises. Je devins corporel comme elles. L’Eternel Dieu aurait pu sans doute anéantir mes productions ; mais comme la souffrance, qui était la suite inévitable de ma faute, ne pouvait se guérir qu’en se divisant à l’infini, et que, plus elle était partagée et divisée, plus elle devenait supportable, et tendait d’autant plus vite à s’effacer, il daigna faire concourir à ma guérison toute la nature corporelle qui était mon ouvrage. Ainsi la masse des douleurs qui devait peser à l’avenir sur la totalité des hommes à naître de moi, fut allégée dans un très grand degré par le partage qui en fut fait sur les animaux. Ce fut un grand acte de miséricorde de sa part en faveur de l’humanité ; car, je le répète, les animaux pouvaient être anéantis ; mais, en tant que mon ouvrage, ils ne pouvaient pas continuer à vivre de ma vie sans en partager les vicissitudes. Ils n’étaient pas plus innocents que mes descendants ne le sont et ne le seront ; car, encore une fois, tous ces êtres, sous quelque point de eue qu’on les considère, ne sont que moi, que moi-même, dont l’unité est passée à la diversité.

Ainsi donc, désirer que les animaux n’éprouvassent aucune fatigue, et n’eussent aucune douleur, ce serait désirer que les hommes en supportassent davantage, ce qui ne serait ni juste, ni pieux : car tous ont la même origine, à cette différence seule que celle de l’homme est plus noble, et tend plus directement à l’immortalité. [...]

... C’est que non seulement les animaux partagent les souffrances d’Adam, et qu’ils les allègent en les partageant, mais que ce Nahash lui-même, ce souverain des esprits, comme il s’intitule, Lucifer ou Satan comme tu voudras l’appeler, les partage aussi et qu’il les allège de la même manière.

L’espace et le temps.

... Car surtout considère
Que l’Espace et le Temps sont les seuls éternels. (Byron.)

« Non, Nahash, vous dit-il (Adam), non : l’Espace et le Temps ne sont pas les seuls immuables, puisque l’Espace, comme vous devriez le savoir, n’est qu’un mode de l’Immensité ; et le Temps, qu’un moment de l’Eternité. Et, si vous le pouvez, jetez les yeux dans cette profondeur, et considérez ce que je vous ai déjà dit : qu’après avoir été induit par vous à cueillir le fruit de la science, ma vie à son aurore, qui s’avançait d’un cours majestueux et doux dans l’Eternité, s’arrêta tout à coup et prit un mouvement rétrograde. Elle rentra donc dans la nuit d’où elle était sortie, et ce fut l’Espace ; elle recula donc dans l’Eternité, et ce fut le Temps. »

Souffrance des hommes et son remède.

Adam parle :

... Ce moyen, mon fils, était de changer le mode de mon existence, de mettre dans l’Immensité l’Espace, dans l’Eternité le Temps, et, ce qui est plus admirable encore, de réduire l’unité à la divisibilité. C’est ce qui fut fait. Ainsi ma souffrance, qui sans cela eût été unique et éternelle, devint temporelle et fractionnelle. D’universel je devins particulier ; et la division qui devait avoir lieu dans mon essence commença. Cette division, qui s’est manifestée à ta naissance et à celle d’Abel, s’effectue par la génération. Un grand charme y est attaché par l’Eternel Dieu, et c’est sans doute un de ses plus grands bienfaits ; car, pour que ce moyen de guérison pût opérer, il fallait qu’il fût irrésistible, comme je te l’ai dit. »

... Aucune de ces fractions ne pourra dire qu’elle est innocente, puisqu’elle ne sera pas née dans l’innocence ; elle ne pourra pas dire qu’elle est condamnée, puisqu’il n’y a pas eu condamnation, mais seulement remède appliqué à un mal auquel cette fraction avait participé avec le Tout dont elle faisait partie. Et si cette fraction, effrayée comme tu l’es maintenant, de cette mort à laquelle elle est soumise, comme tout ce qui dépend de l’Espace et du Temps, se rebelle contre elle, elle fera preuve d’ignorance de plus d’une manière ; car tous les moyens nécessaires lui seront donnés, selon la position où elle se trouvera, pour qu’elle sache que la mort n’est qu’une simple mutation, un changement d’état conduisant de la diversité à l’unité, de la même manière que la naissance conduit de l’unité à la diversité. Il est même possible que cette fraction de moi-même, si elle s’épure aux rayons de l’Intelligence, parvienne à saisir dans mon sein toute la vérité que je possède, et comprenne aussi bien que je le comprends que naître et mourir ne sont que la manifestation de ce mouvement mystérieux qui porte de l’Immensité à l’Espace, et de l’Espace à l’Immensité ; de l’Eternité au Temps, et du Temps à l’Eternité : en sorte que pour elle la naissance et la mort ne seront plus autre chose qu’un changement d’état, un passage de l’état d’essence à celui de nature, ou de l’état de nature à celui d’essence.