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La langue hébraïque restitué

Fabre d’Olivet : NOTES DE LA TRADUCTION DU SÉPHER

Gnostiques de la Révolution

mardi 28 octobre 2008

félicité
felicidade
bonheur
felicidad
happiness
Bonne chance ou fortune ; le mot grec est un composés fait sur daimon (puissance divine, dieu, destin). (selon R. Guérineau)

CHAPITRE PREMIER

1. Beraeshit... premièrement-en-principe Principe
arche
arkhê
princípio
Princípio
Principio
Principle
.

Ce mot, dans la place Ort
lieu
lugar
location
locus
place
où il se trouve, offre trois trinité
trois
triade
ternaire
L’archétype divin de tous les ternaires positifs est la trinité védantine Sat, Chit, Ananda : Dieu, à partir de son Essence surontologique, est pur "Être", pur "Esprit", pure "Félicité". Quand la trinité est horizontale, elle exprime les facultés a priori divines ; quand elle est verticale, elle exprime les tendances cosmiques. [Frithjof Schuon]
sens distincts, l’un L'Un
hen
hén
L’Un, en philosophie ou en mystique, désigne le Principe suprême, souvent donné comme impensable et ineffable. Historiquement, cette notion prend tout son essor, en philosophie, à partir du néoplatonisme de Plotin au milieu du IIIe siècle. Grammaticalement, le mot « un » est ici employé comme substantif et avec majuscule (comme « Dieu » ou « Être »). Le mot s’oppose principalement à Multiple (dès Platon) et entre dans la liste des transcendantaux (avec Être, Bien, Vrai, Beau... qui sont au-delà des catégories et peuvent se convertir : Un = Bien = Beau). C’est l’Un-Dieu, l’Un-principe, mesure suprême.
propre, l’autre figuré, le troisième hiéroglyphique. Moïse les a employés tous les trois, comme cela se prouve par la suite même de son ouvrage. Il a suivi en cela la méthode des prêtres égyptiens ; car je dois dire avant tout que ces prêtres avaient trois manières d’exprimer leur pensée. La première était claire et simple, la seconde symbol symbolon
symbolisme
symboles
symbole
Étymologie grecque : sym-balleîn = « jeter ensemble ». Correspondance naturelle de signifiant à signifié, chez les ésotéristes. (Pierre Riffard)
ique et figurée, la troisième sacrée ou hiéroglyphique. Ils se servaient, à cet effet, de trois sortes de caractères, mais non pas de trois dialectes, comme on pourrait le penser. Le même mot prenait à leur gré le sens propre, figuré, ou hiéroglyphique. Tel était le génie de leur langue. Heraclite a parfaitement exprimé la différence de ces trois styles, en les désignant par les épithètes de parlant, signifiant, et cachant. Les deux dualité
deux
dyade
Quand la dualité est horizontale, elle exprime les pôles "actif" et "passif" ; quand elle est verticale, elle exprime les degrés "absolu" et "relatif", dans l’Ordre divin d’abord et dans l’ordre cosmique ensuite. [Frithjof Schuon]
premières manières, c’est-à-dire celles qui consistaient à prendre les mots dans leur sens propre ou figuré, étaient oratoires ; mais la troisième, qui ne pouvait recevoir sa forme forme
idea
eidos
eîdos
idéa
En philosophie, on oppose la forme à la matière dans les cas généraux. Chez Aristote, c’est ce vers quoi tend tout changement : elle est à la fois l’acte, l’essence, la perfection, et le principe d’unité de chaque être. (Wikipédia)
hiéroglyphique qu’au moyen des caractères dont les mots étaient composés, n’existait que pour les yeux et ne s’employait qu’en écrivant. Nos langues modernes sont entièrement inhabiles à la faire sentir. Moïse, initié dans tous les mystères mystère
mysterion
mystères
Du grec musterion, fermer les yeux ou la bouche. Désigne un secret, les pratiques et les rites réservées aux initiés, un objet de difficile connaissance, et l’initiation des doctrines secrètes. (V. Siret)
du sacerdoce égyptien, s’est servi avec un art Kunst
arte
art
infini Infini L’Infini est pour ainsi dire la dimension intrinsèque de plénitude propre à l’Absolu ; qui dit Absolu, dit Infini, l’un n’étant pas concevable sans l’autre. [Frithjof Schuon] de ces trois manières. Sa phrase est presque toujours constituée de façon à présenter trois sens : c’est pourquoi nulle espèce de mot à mot ne peut rendre sa pensée. Je me suis attaché, autant que je l’ai pu, à exprimer ensemble le sens propre et le sens figuré. Quant au sens hiéroglyphique, il eût été souvent trop dangereux de l’exposer ; mais je n’ai rien rien Le mot rien désigne une absence de chose(s), sans la notion de dénombrement ou de concept mathématique qui s’attache au nombre zéro. « Il n’y a rien ici » signifie qu’aucun objet n’est présent, sans a priori sur la nature des objets qui auraient pu se trouver à l’endroit considéré. négligé pour fournir les moyens d’y parvenir, en posant les principes et en donnant des exemples.

Le mot Beraeshit dont il s’agit ici est un nom modi-ficatif formé du substantif Rjesh, la tête, le chef, le Principe agissant... Il signifie proprement dans le principe, avant tout ; mais, au figuré, il veut dire en principe, en puissance acte
puissance
energeia
dynamis
d’être ser
être
being
ón
Le concept d’être désigne en général ce que nous ressentons exister d’une manière ou d’une autre dans la perception, qu’elle soit sensible ou intelligible. L’étude de l’être est appelée ontologie ou métaphysique.
.

Voici comment on peut arriver au sens hiéroglyphique. Ce que je vais dire servira d’exemple pour la suite. Le mot Raesh, sur lequel s’élève le modificatif Beraeshit, signifie bien Bien
agathon
agathón
Bem
Bom
Good
Bueno
la tête ; mais ce n’est que dans un sens restreint et particulier. Dans un sens plus étendu et plus générique il signifie le principe. Or, qu’est-ce qu’un principe ? Je vais dire de quelle manière l’avaient conçu les premiers auteurs du mot Raesh. Ils avaient conçu une sorte de puissance absolue, au moyen de laquelle tout être relatif est constitué tel ; et ils avaient exprimé leurs idées par le signe potentiel A, et le signe relatif SH réunis. En écriture hiéroglyphique, c’était un point au milieu d’un cercle cercle
círculo
circle
. Le point Le point En géométrie, un point est le plus petit élément constitutif de l’espace géométrique, c’est-à-dire un lieu au sein duquel on ne peut distinguer aucun autre lieu que lui-même. central déployant la circonférence, était l’image image
eikon
eikón
Il n’y a pas de théophanie qui ne soit préfigurée dans la constitution même de l’être humain, car celui-ci est "fait à l’image de Dieu" ; l’ésotérisme entend actualiser ce que Dieu a mis de divin dans ce miroir de lui-même qu’est l’homme. (Frithjof Schuon, Résumé de métaphysique intégrale)
de tout principe. L’écriture littérale rendait le point par A, et le cercle par S ou SH. La lettre S représentait le cercle sensible, la lettre SH le cercle intelligible intelligible En quel sens être en acte se dit-il de l’intelligible ? Est-ce au sens où la statue, comme couple de forme et de matière, est un être en acte ? Est-ce parce que chaque intelligible a reçu une forme ? - Non, c’est que chacun d’eux est une forme et qu’il est parfaitement ce qu’il est. L’intelligence ne passe pas de la puissance à l’acte, d’un état où elle est capable de penser à un état où elle pense effectivement (car il faudrait alors avant elle une autre intelligence qui ne fût pas passée de la puissance à l’acte) ; mais le tout de son être est en elle. L’être en puissance ne consent à passer à l’acte que par l’intervention d’un autre terme, nécessaire à la génération d’un être en acte ; mais l’être qui tire de lui-même et garde éternellement ses manières d’être, est un être en acte. Donc tous les êtres premiers sont des êtres en acte ; car ils possèdent d’eux-mêmes et toujours ce qu’ils doivent posséder. Il en est ainsi également de l’âme qui n’est pas dans la matière mais dans l’intelligible. Quant à l’autre âme, celle qui est dans la matière, comme l’âme végétative, elle est aussi en acte ; elle aussi, elle est ce qu’elle est, parce qu’elle est en acte. ENNÉADES - Bréhier : II, 5 (25) - Que veut dire en puissance et en acte ? 3 qu’on peignait ailé ou entouré de flammes.

Un principe ainsi conçu était, dans un sens universel, applicable à toutes les choses, tant physiques que métaphysiques ; mais dans un sens plus restreint, on l’appliquait au feu feu Dans la philosophie chinoise, il fait partie des cinq éléments avec le métal, l’eau, le bois et la terre.

Chez les alchimistes en occident, il fait partie des quatre éléments inertes de base composant chaque matière avec l’eau, l’air et la terre.
élémentaire ; et selon que le mot radical Ash était pris au propre ou au figuré, il signifiait le jeu sensible ou intelligible, celui de la matière matière
hyle
La matière est la substance qui compose tout corps ayant une réalité tangible. Ses trois états les plus communs sont l’état solide, l’état liquide, l’état gazeux. La matière occupe de l’espace et possède une masse. Ainsi, en physique, tout ce qui a une masse est de la matière.
ou celui de l’esprit esprit
pneuma
L’esprit est constitué par l’ensemble des facultés intellectuelles. Dans de nombreuses traditions religieuses, il s’agit d’un principe de la vie incorporelle de l’être humain. En philosophie, la notion d’esprit est au cœur des traditions dites spiritualistes. On oppose en ce sens corps et esprit (nommé plus volontiers conscience par la philosophie et âme par certaines religions. En psychologie contemporaine, le terme devient synonyme de l’ensemble des activités mentales humaines, conscientes et non-conscientes.
.

Prenant ensuite ce même mot Ash, dont je viens d’expliquer l’origine, on le faisait régir par le signe du mouvement mouvement Selon Aristote, il existe deux types de mouvements, le mouvement naturel ramenant les objets vers leurs lieux d’origine, et le mouvement violent, impulsé par un objet à un autre. propre et déterminant R, et l’on obtenait le composé Raesh, c’est-à-dire, en langage langage Le langage est un ensemble de signes (vocaux, gestuel, graphiques, tactiles, olfactifs, etc.) doté d’une sémantique, et le plus souvent d’une syntaxe (mais ce n’est pas systématique[1]). Plus couramment, le langage est un moyen de communication. hiéroglyphique, tout principe jouissant d’un mouvement propre et déterminant, d’une force innée, bonne ou mauvaise. Cette lettre R se rendait en écriture sacrée par l’image d’un serpent serpent La symbolique du serpent est l’une des plus profondes et complexes. Il n’est guère de cultures et de mythologies qui n’aient leur Grand Serpent, presque toujours marin et ambigu, sinon ambivalent. , debout ou traversant le cercle par le centre centre
centro
center
. Dans le langage ordinaire, on voyait dans le mot Raesh, un chef, un guide, la tête de tel être, de telle chose que ce fût ; dans le langage figuré, on entendait un premier moteur, un signe agissant, un génie bon ou mauvais, une volont voluntas Notre volonté n’est pleinement humaine que par sa participation opérative aux vérités concernant Dieu et nos fins dernières. [Frithjof Schuon] é droite droite
direita
right
ou perverse, un démon, etc. ; dans le langage hiéroglyphique on signalait le Principe principiant universel, dont il n’était point permis de divulguer la connaissance connaissance
gnosis
intuition intellectuelle
gnôsis
connaître
conhecer
gnose
knowledge
know
conocer
conocimiento
.

Voilà les trois significations du mot Raesh qui sert de base au modificatif Beraeshit. [...]

Au reste, voici, pour ne rien omettre dans ce premier article, comment les quatre quatre
quaternité
Quand la quaternité est horizontale, elle se réfère aux qualités universelles ; quand elle est verticale, elle indique les degrés de l’Univers - l’enfoncement dans la relativité. [Frihtjof Schuon]
versions originales rendent ce mot important. La version samaritaine dit : en substantialité, en élémentisation, en commencement. Le targum chaldaïque porte : dans le point culminant des assimilations universelles ; dans Vantériorité des temps temps Philosophes, scientifiques et hommes de la rue ont bien souvent des vues différentes sur ce qu’est le temps, et les progrès des uns influencent les autres depuis des siècles. . Les hellénistes traduisent : en arche, et les latins : in principio.

16. W’aeth-ha-chochabim ... et-l’ipséité-des-étoiles (facultés virtuelles de l’Univers Univers L’Univers est un tissu fait de nécessité et de liberté, de rigueur mathématique et de jeu musical ; tout phénomène participe de ces deux principes. [Frithjof Schuon] ).

Le mot Chochab, traduit vulgairement par étoile, est composé de la racine Ghoh, qui se rapporte à toute idée de forces et de vertus, tant physiques que morales, et de la raison dianoia
la raison
La raison est une faculté de l’esprit humain dont la mise en œuvre nous permet de fixer des critères de vérité et d’erreur, de discerner le bien et le mal et de mettre en œuvre des moyens en vue d’une fin donnée. Cette faculté a donc plusieurs emplois, scientifique, technique et éthique.
mystérieuse Acb, qui développe l’idée de la fécondation de l’Univers. Ainsi, selon le sens figuré et hiéroglyphique, le mot Chochab ne signifie pas seulement étoile, mais la force virtuelle et fécondante de l’univers. On peut voir là-dedans le germe de beaucoup d’idées antiques, soit relativement à la science science
epistêmê
episteme
sciences
Le sens originel du grec : se placer au-dessus de.... Parménide a ouvert la voie à la conception grecque de l’epistêmê en distinguant le monde de l’opinion et celui de la pensée pure et de l’être. (Y. Lafrance)
astrologique dont on sait que les Egyptiens faisaient grand cas, que relativement à la science hermétique.

26. Adam... Je prie ceux qui me lisent sans partialité de remarquer que Moïse ne tombe point ici dans l’erreur moderne, qui a fait de l’homme homme
anthropos
hommes
humanité
L’homme est la personnification d’une alternative aux dimensions qui échappent à sa vision immédiate ; en d’autres termes, la raison d’être même de la condition humaine est de choisir, et de faire le bon choix : d’opter pour la participation libératrice à l’Etre nécessaire, et non pour l’errance asservissante dans le labyrinthe du possible et en direction du néant. (Frithjof Schuon, Perspectives spirituelles et faits humains)
un genre particulier dans le règne animal Tier
animal
zoon
Tierheit
animalidade
, mais qu’après avoir terminé tout ce qu’il voulait dire, et sur le règne élémentaire, et sur le règne végétal, et sur le règne animal, il passe à un règne distinct et plus élevé qu’il nomme Adam. [...]

Le nom donné à Adam ne signifie pas seulement homo, un homme, il caractérise... ce que nous entendons par le Genre humain ; et ce que nous exprimerions beaucoup mieux en disant le Règne hominal : c’est l’homme collectif, l’Homme formé abstractivement par l’assemblage de tous les hommes.

Au sens figuré... la racine DM emporte avec soi Selbst
soi-même
Soi
si mesmo
Self
si mismo
A non-personal, all-inclusive awareness.
toute idée d’assimilation, de similitude, d’homogénéité. Gouvernée par le signe de la stabilité A, elle devient l’image d’une assimilation immortelle, d’une agrégation de parties homogènes et indestructibles. Telle est l’étymologie d’Adam dans son sens figuré. [...]

La racine hiéroglyphique du nom d’Adam, est AD, qui, composée du signe de la puissance unitaire, principiante, et de celui de la divisibilité, offre l’image d’une unité relative, telle qu’on pourrait l’exprimer, par exemple, au moyen du nombre simple quoique composé 10. Cette racine étant revêtue du signe collectif M, prend un développement illimité apeiron
indéterminé
indeterminado
ilimitado
illimité
undetermined
unlimited
 ; c’est-à-dire que le nombre symbolique 10 étant accordé pour représenter la racine AD, le signe M en développera à l’infini la puissance progressive, comme 10 : 100 : 1.000 : 10.000, etc.