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La langue hébraïque restitué

Fabre d’Olivet : NOTES DE LA TRADUCTION DU SÉPHER

Gnostiques de la Révolution

mardi 28 octobre 2008

Gnostiques de la Révolution, Fabre d’Olivet. Choix de textes par André Tenner. Engloff, Paris, 1946

CHAPITRE PREMIER

1. Beraeshit... premièrement-en-principe.

Ce mot, dans la place où il se trouve, offre trois sens distincts, l’un propre, l’autre figuré, le troisième hiéroglyphique. Moïse les a employés tous les trois, comme cela se prouve par la suite même de son ouvrage. Il a suivi en cela la méthode des prêtres égyptiens ; car je dois dire avant tout que ces prêtres avaient trois manières d’exprimer leur pensée. La première était claire et simple, la seconde symbolique et figurée, la troisième sacrée ou hiéroglyphique. Ils se servaient, à cet effet, de trois sortes de caractères, mais non pas de trois dialectes, comme on pourrait le penser. Le même mot prenait à leur gré le sens propre, figuré, ou hiéroglyphique. Tel était le génie de leur langue. Heraclite a parfaitement exprimé la différence de ces trois styles, en les désignant par les épithètes de parlant, signifiant, et cachant. Les deux premières manières, c’est-à-dire celles qui consistaient à prendre les mots dans leur sens propre ou figuré, étaient oratoires ; mais la troisième, qui ne pouvait recevoir sa forme hiéroglyphique qu’au moyen des caractères dont les mots étaient composés, n’existait que pour les yeux et ne s’employait qu’en écrivant. Nos langues modernes sont entièrement inhabiles à la faire sentir. Moïse, initié dans tous les mystères du sacerdoce égyptien, s’est servi avec un art infini de ces trois manières. Sa phrase est presque toujours constituée de façon à présenter trois sens : c’est pourquoi nulle espèce de mot à mot ne peut rendre sa pensée. Je me suis attaché, autant que je l’ai pu, à exprimer ensemble le sens propre et le sens figuré. Quant au sens hiéroglyphique, il eût été souvent trop dangereux de l’exposer ; mais je n’ai rien négligé pour fournir les moyens d’y parvenir, en posant les principes et en donnant des exemples.

Le mot Beraeshit dont il s’agit ici est un nom modi-ficatif formé du substantif Rjesh, la tête, le chef, le Principe agissant... Il signifie proprement dans le principe, avant tout ; mais, au figuré, il veut dire en principe, en puissance d’être.

Voici comment on peut arriver au sens hiéroglyphique. Ce que je vais dire servira d’exemple pour la suite. Le mot Raesh, sur lequel s’élève le modificatif Beraeshit, signifie bien la tête ; mais ce n’est que dans un sens restreint et particulier. Dans un sens plus étendu et plus générique il signifie le principe. Or, qu’est-ce qu’un principe ? Je vais dire de quelle manière l’avaient conçu les premiers auteurs du mot Raesh. Ils avaient conçu une sorte de puissance absolue, au moyen de laquelle tout être relatif est constitué tel ; et ils avaient exprimé leurs idées par le signe potentiel A, et le signe relatif SH réunis. En écriture hiéroglyphique, c’était un point au milieu d’un cercle. Le point central déployant la circonférence, était l’image de tout principe. L’écriture littérale rendait le point par A, et le cercle par S ou SH. La lettre S représentait le cercle sensible, la lettre SH le cercle intelligible qu’on peignait ailé ou entouré de flammes.

Un principe ainsi conçu était, dans un sens universel, applicable à toutes les choses, tant physiques que métaphysiques ; mais dans un sens plus restreint, on l’appliquait au feu élémentaire ; et selon que le mot radical Ash était pris au propre ou au figuré, il signifiait le jeu sensible ou intelligible, celui de la matière ou celui de l’esprit.

Prenant ensuite ce même mot Ash, dont je viens d’expliquer l’origine, on le faisait régir par le signe du mouvement propre et déterminant R, et l’on obtenait le composé Raesh, c’est-à-dire, en langage hiéroglyphique, tout principe jouissant d’un mouvement propre et déterminant, d’une force innée, bonne ou mauvaise. Cette lettre R se rendait en écriture sacrée par l’image d’un serpent, debout ou traversant le cercle par le centre. Dans le langage ordinaire, on voyait dans le mot Raesh, un chef, un guide, la tête de tel être, de telle chose que ce fût ; dans le langage figuré, on entendait un premier moteur, un signe agissant, un génie bon ou mauvais, une volonté droite ou perverse, un démon, etc. ; dans le langage hiéroglyphique on signalait le Principe principiant universel, dont il n’était point permis de divulguer la connaissance.

Voilà les trois significations du mot Raesh qui sert de base au modificatif Beraeshit. [...]

Au reste, voici, pour ne rien omettre dans ce premier article, comment les quatre versions originales rendent ce mot important. La version samaritaine dit : en substantialité, en élémentisation, en commencement. Le targum chaldaïque porte : dans le point culminant des assimilations universelles ; dans Vantériorité des temps. Les hellénistes traduisent : en arche, et les latins : in principio.

16. W’aeth-ha-chochabim ... et-l’ipséité-des-étoiles (facultés virtuelles de l’Univers).

Le mot Chochab, traduit vulgairement par étoile, est composé de la racine Ghoh, qui se rapporte à toute idée de forces et de vertus, tant physiques que morales, et de la raison mystérieuse Acb, qui développe l’idée de la fécondation de l’Univers. Ainsi, selon le sens figuré et hiéroglyphique, le mot Chochab ne signifie pas seulement étoile, mais la force virtuelle et fécondante de l’univers. On peut voir là-dedans le germe de beaucoup d’idées antiques, soit relativement à la science astrologique dont on sait que les Egyptiens faisaient grand cas, que relativement à la science hermétique.

26. Adam... Je prie ceux qui me lisent sans partialité de remarquer que Moïse ne tombe point ici dans l’erreur moderne, qui a fait de l’homme un genre particulier dans le règne animal, mais qu’après avoir terminé tout ce qu’il voulait dire, et sur le règne élémentaire, et sur le règne végétal, et sur le règne animal, il passe à un règne distinct et plus élevé qu’il nomme Adam. [...]

Le nom donné à Adam ne signifie pas seulement homo, un homme, il caractérise... ce que nous entendons par le Genre humain ; et ce que nous exprimerions beaucoup mieux en disant le Règne hominal : c’est l’homme collectif, l’Homme formé abstractivement par l’assemblage de tous les hommes.

Au sens figuré... la racine DM emporte avec soi toute idée d’assimilation, de similitude, d’homogénéité. Gouvernée par le signe de la stabilité A, elle devient l’image d’une assimilation immortelle, d’une agrégation de parties homogènes et indestructibles. Telle est l’étymologie d’Adam dans son sens figuré. [...]

La racine hiéroglyphique du nom d’Adam, est AD, qui, composée du signe de la puissance unitaire, principiante, et de celui de la divisibilité, offre l’image d’une unité relative, telle qu’on pourrait l’exprimer, par exemple, au moyen du nombre simple quoique composé 10. Cette racine étant revêtue du signe collectif M, prend un développement illimité ; c’est-à-dire que le nombre symbolique 10 étant accordé pour représenter la racine AD, le signe M en développera à l’infini la puissance progressive, comme 10 : 100 : 1.000 : 10.000, etc.