Philosophia Perennis

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La Pésence totale

Lavelle : La vie de l’esprit est une complicité avec l’être.

La découverte de l’être

lundi 18 août 2008

II La vie de l’esprit est une complicité avec l’être.

Décrire les termes de cette première expérience par laquelle le moi s’inscrit lui-même dans l’être et montrer le rapport qui les unit, c’est poursuivre une action dialectique qui, sans rien ajouter à cette expérience, permet d’en mesurer la richesse et la fécondité. Les étapes de cette recherche n’ont pas un intérêt purement spéculatif, puisque le moi lui-même constitue sa propre nature au cours de ce débat permanent que la conscience, pour naître et pour se développer, soutient avec l’être absolu. Si cette entreprise réussit, on doit sentir à chaque pas le caractère nécessaire des démarches intellectuelles que l’on effectue : pour qu’elles apparaissent comme nécessaires, il suffit qu’on puisse les effectuer, et d’abord qu’on accepte de les tenter.

Car la nécessité que l’on a en vue n’est ni une nécessité extérieure qui nous contraint sans, nous satisfaire, ni cette nécessite purement logique qui, ayant pour objet le simple accord des notions, c’est-à-dire des possibles, n’est pas une nécessité inhérente à l’être même et reste sans écho dans la personnalité parce qu’elle n’intéresse ni notre volonté, ni notre amour. Ces deux sortes de nécessité ont un rôle limité et dérivé : la première suppose l’apparition de la sensibilité et la seconde celle de la raison ; elles se fondent sur une distinction des facultés. Mais la nécessité que nous rencontrons ici est antérieure et plus profonde. Elle ne force pas notre adhésion du dehors, soit, par la passivité des sens, soit par la discipline de la raison. Elle naît au dedans de nous et n’implique pas seulement une coïncidence entre notre pensée et l’essence des choses, mais une véritable complicité entre notre pensée et les choses elles-mêmes. Elle a une valeur ontologique parce qu ?elle accompagne une opération qui est à la fois révélatrice et formatrice de notre être même. Elle atteste en la réalisant l’identité essentielle de l’être pur et de notre être participé. La connaissance la plus profonde que noua puissions acquérir de l’être consiste dans notre propre consentement à être.

Ainsi, pour que notre analyse soit justifiée, il suffit que les opérations que nous décrivons soient des opérations réelles, c’est-à-dire qu’elles puissent être accomplies : mais il faut qu’elles le puissent ; et si elles le peuvent, nous sommes assurés qu’elles nous apporteront la présence constante de l’être, et par là toute la lumière et toute la joie qui accompagnent notre activité consciente de son essence et de la perfection de son exercice.

Chacun doit essayer de saisir la nature de l’être en vérifiant la réalité de certains actes spirituels que nul ne peut accomplir à sa place. Un auteur ne peut que les suggérer et les faciliter, et celui qui remplit le mieux sa tâche, c’est celui qui sait se faire oublier, détourne de lui la pensée du lecteur, laisse celui-ci en présence de soi et lui permet de reconnaître par une sorte de découverte personnelle une vérité qu’il avait maintes fois pressentie et qu’il n’a jamais cessé de porter dans son propre fonds. C’est que tous les hommes contemplent le même être : à chacun d’eux il appartient d’être éveillé par un autre à la pensée ou d’en éveiller à son tour un troisième. Ils ne peuvent communiquer les uns avec les autres que par une communication de chacun d’eux avec le même objet.