Philosophia Perennis

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Essai sur la langue et la philosophie des Indiens

Schlegel : SYSTEME DE LA TRANSMIGRATION DES ÂMES ET DE L’ÉMANATION.

Trad. M. A. Mazure

dimanche 6 avril 2008

félicité
felicidade
bonheur
felicidad
happiness
Bonne chance ou fortune ; le mot grec est un composés fait sur daimon (puissance divine, dieu, destin). (selon R. Guérineau)

CHAPITRE II - SYSTEME DE LA TRANSMIGRATION DES ÂMES ET DE L’ÉMANATION.

Parmi toutes les philosophies et les religions qui reconnaissent l’Asie pour leur terre terre L’ordre "terrestre", - qu’il s’agisse de notre terre ou d’autres mondes analogues qui nous restent forcément inconnus, l’ordre "terrestre" donc est ce monde purement "naturel" que nous avons mentionné plus haut. [Frithjof Schuon] natale, il n’y en a aucune chez qui l’origine indienne soit aussi avérée, et, si l’on excepte les traditions mosaïques, aucune qui soit plus ancienne que le système de l’émanation et de la transmigration des-âmes. Ce que cette doctrine contient d’essentiel se trouve exprimé dans le premier livre des lois de Manou, monument auquel une saine critique ne saurait assigner moins d’antiquité qu’à quelque autre monument que ce soit dans l’Europe occidentale. Depuis des milliers d’années, comme encore aujourd’hui, ce livre est le fondement fondement La métaphore sous-jacente à la notion de fondement en explique l’importance dans la tradition philosophique occidentale. Depuis que Socrate a refusé le savoir dispersé et versatile, donc sans fondement, des sophistes, cette tradition s’est en quelque sorte proposé l’entreprise séculaire de fonder le savoir et les pratiques humaines. En ce sens radical, fonder, c’est trouver le point d’où partir pour que ce que l’on construit ne puisse être ébranlé et remis en question. (selon les éditeurs des « Notions Philosophiques ») de la législation, de la constitution, on peut dire même de toute la vie vie Le philosophe Michel Henry définit la vie d’un point de vue phénoménologique comme ce qui possède la faculté et le pouvoir « de se sentir et de s’éprouver soi-même en tout point de son être ». Pour lui, la vie est essentiellement force subjective et affectivité, elle consiste en une pure expérience subjective de soi qui oscille en permanence entre la souffrance et la joie. des Indiens ; il forme forme
idea
eidos
eîdos
idéa
En philosophie, on oppose la forme à la matière dans les cas généraux. Chez Aristote, c’est ce vers quoi tend tout changement : elle est à la fois l’acte, l’essence, la perfection, et le principe d’unité de chaque être. (Wikipédia)
, à n’en pouvoir possibilité
potentialité
Toute-Possibilité
pouvoir
poder
power
douter, le tissu primitif et dominant de leur tradition diadosis
tradition
tradição
tradición
et de leur mythologie. Néanmoins, on peut encore, et même sans parler des Védas, puiser des éclaircissements plus sûrs que n’en donnent les lois de Monou, dans la plus ancienne philosophie de l’Inde, qui est appelée la Mimansa, et qui a été fondée par Joimini, l’auteur du Samoved.

Tout à l’heure nous rendrons évidente la connexion intime et nécessaire qui existe entre l’émanation et la métempsycose, quand on prend la première dans son sens originaire et le plus ancien. Et d’abord, pour bien Bien
agathon
agathón
Bem
Bom
Good
Bueno
comprendre le sens propre de ce système, il faut faire abstraction de tout ce qui, à des époques plus récentes, chez les Chaldéens, chez les Grecs, a été appelé émanation, alors qu’aucun système n’était plus reproduit dans sa pureté première, mais était devenu comme un affluent de doctrines diverses ou opposées que l’on désignait sous la vague dénomination de philosophie orientale. Surtout il ne faut pas confondre le système de l’émanation avec le panthéisme panthéisme On qualifie volontiers de « panthéisme » la tendance adoratrice qui en résulte, en oubliant, d’une part que ce vocable ne désigne que la réduction du Divin au monde visible, et d’autre part que Dieu est réellement immanent au monde - sans quoi celui-ci ne pourrait exister -, à divers degrés et sans préjudice de sa rigoureuse transcendance. [Frithjof Schuon] . Celui qui est accoutumé aux formes dialectiques de la philosophie européenne plus moderne peut bien trouver dans la hardiesse, dans l’imagination de tout système oriental, quelque chose qui touche au panthéisme, et sans doute cette affinité doit se montrer particulièrement dans des temps temps Philosophes, scientifiques et hommes de la rue ont bien souvent des vues différentes sur ce qu’est le temps, et les progrès des uns influencent les autres depuis des siècles. plus rapprochés ; mais la différence qui sépare ces deux doctrines est essentielle et radicale. L’individualité, dans l’ancienne doctrine des Hindous, comme elle l’est dans le panthéisme, n’est point abolie ou niée. Le retour de l’individu dans le sein Sein
Seyn
l’être
estre
o ser
seer
the being
be-ing
el ser
esse
de Dieu Gott
Dieu
Deus
God
Dios
theos
est seulement possible, il n’est point d’absolue nécessité nécessité Nécessité, en Grec Ananké, est mère des trois Moires :

* Clotho présidait au passé (de klôthousa, filer),
* Lachésis au présent (de léxis,prédestination),
* Atropos au futur (d’atrepta, irréversible).
. Le mal mal
kakos
Le mal est la "possibilité de l’impossible", sans laquelle l’Infini ne serait pas l’Infini. (Frithjof Schuon)
, tant qu’il persiste, est éternellement séparé du bien ; il est rejeté loin de Dieu ; et, pour me servir d’une expression appartenant à une théologie plus récente, l’éternité des peines de l’enfer enfer
inferno
hell
n’est point un système que l’on ne puisse pas concilier avec celui de l’émanation ; il en fait bien plutôt la substance substance
substantia
substances
substância
substancia
même.

Quant au problème du bien et du mal, rien rien Le mot rien désigne une absence de chose(s), sans la notion de dénombrement ou de concept mathématique qui s’attache au nombre zéro. « Il n’y a rien ici » signifie qu’aucun objet n’est présent, sans a priori sur la nature des objets qui auraient pu se trouver à l’endroit considéré. de plus différent que la double solution qui lui est donnée par le panthéisme et par l’émanation. Celui-là apprend que tout est bien, car tout est un ; chaque manifestation Offenbarkeit
manifestação
manifestation
manifestación
Bekundungsschichten
de ce que nous appelons injustice , vice vice
vices
kakíai
Le vice désigne d’une manière générale et non morale ce qui est défectueux, le défaut. En morale, c’est un penchant devenu habitude que la morale religieuse ou sociale réprouve (en matière sexuelle mais pas seulement), ou un défaut excessif. Wikipédia
, n’est qu’apparence, illusion vaine. De là l’influence destructive du panthéisme sur la vie morale. En effet, prenez telle direction qui vous conviendra, enchaînez votre volont voluntas Notre volonté n’est pleinement humaine que par sa participation opérative aux vérités concernant Dieu et nos fins dernières. [Frithjof Schuon] é dans telle croyance dont vous supposez que la voix inférieur manifeste la vérité aletheia
alêtheia
veritas
vérité
truth
verdad
, il n’en sera pour cela ni plus ni moins ; et dans le fond, si vous restez fidèle à ce principe Principe
arche
arkhê
princípio
Princípio
Principio
Principle
fatal, tontes vos actions seront indifférentes, pour vous sera à jamais abolie et déclarée nulle l’éternelle différence qui exista entre le bien et le mal. Il en est bien autrement dans l’émanation : tout ce qui à reçu l’existence Existenz
existence
exister
existentia
existência
existencia
bios
est malheureux ; le monde Welt
Weltlichkeit
monde
mondanéité
mundo
mundidade
mundanidade
worldliness
mundanidad
lui-même est mauvais, il est corrompu dans sa racine, parce que tout n’est qu’une lamentable dégradation de la parfaite félicité de l’Être ser
être
being
ón
Le concept d’être désigne en général ce que nous ressentons exister d’une manière ou d’une autre dans la perception, qu’elle soit sensible ou intelligible. L’étude de l’être est appelée ontologie ou métaphysique.
éternel.

Il serait superflu de s’appuyer sur une argumentation en forme pour réfuter le système dont nous nous occupons ici. Il ne repose pas sur des fondements dialectiques, sur des démonstrations ; il revêt plutôt la forme d’une fiction arbitraire, aussi bien que les cosmogonies et les autres conceptions purement poétiques. Cependant on peut bien l’appeler un système, car il existe entre ses éléments une connexion profonde ; et sans doute c’est à cette circonstance, ou plutôt c’est à l’ancienne tradition Tradição
Tradition
Tradición
sophia perennis
religio perennis
Selon Guénon, la Tradition, est par essence d’origine « supra-humaine », c’est même très exactement là sa juste définition et rien de ce qui est traditionnel ne peut être qualifié de tel sans la présence de cet élément fondamental, vital et axial, qui en détermine le caractère propre et authentique.
et à sa source prétendue divine divin
divinité
divino
divindade
divindad
divine
divinity
, qu’il doit une partie de la certitude par laquelle depuis tant de siècles il s’impose à ses sectateurs. Il vaut certainement la peine que l’on s’attache à le comprendre ; rie fût-ce que par sa prérogative d’être là plus ancienne doctrine de l’esprit esprit
pneuma
espírito
spirit
mente
mind
humain qui soit reconnue par l’histoire, et d’avoir exercé une influence immense sur le développement postérieur et sur l’histoire de l’humanité homme
anthropos
hommes
humanité
L’homme est la personnification d’une alternative aux dimensions qui échappent à sa vision immédiate ; en d’autres termes, la raison d’être même de la condition humaine est de choisir, et de faire le bon choix : d’opter pour la participation libératrice à l’Etre nécessaire, et non pour l’errance asservissante dans le labyrinthe du possible et en direction du néant. (Frithjof Schuon, Perspectives spirituelles et faits humains)
. Mais, pour le comprendre, il faut, avant toute chose, avoir saisi le sentiment même qui lui sert de base, et c’est ce que nous allons entreprendre.

Lorsque Monou a célébré la création Création
Criação
criação
creation
creación
de toutes, les forces de la nature nature
physis
phusis
phúsis
Le grec phúsis dérive de la racine indo-européenne bhû-, qui a donné en sanskrit comme verbe : "devenir", "se produire", "avoir lieu" ; comme non : "terre", "sol", "lieu", "état", "condition". Peut désigner aussi bien l’origine, que le déroulement et le résultat de tout processus. (Luc Brisson)
, des êtres vivants, des animaux et des plantes, tous également regardés comme autant d’esprits revêtus d’une enveloppe corporelle, il termine par une vue générale, et s’écrie ;

« Enveloppes d’une multitude do formes ténébreuses, récompense de leurs actions, les êtres ont tout la conscience Gewissen
conscience
consciência
conciencia
consciencia
Bewusstsein
Bewußtsein
consciencidade
consciousness
de leur but, ils éprouvent le sentiment de joie et celui de la douleur. »

Ainsi enchaînés dans l’obscurité, remplis d’un sentiment intérieur, ayant la conscience de là mort mort La mort d’un être vivant est l’arrêt irréversible de ses fonctions vitales : assimilation de nutriments, respiration, fonctionnement du système nerveux central. On la distingue d’un arrêt temporaire (hibernation, congélation). Elle est suivie de la décomposition de l’organisme mort sous l’action de bactéries ou de nécrophages. et de leur faute, et de la dette qu’ils doivent à l’expiation, tous les êtres marchent dans la route qui leur a été assignée dès le commencement ; ils ont un but inévitable où les pousse leur Créateur :

« Ils marchent vers te but (tout les êtres), à partir de Dieu jusqu’à la plante, dans ce monde horrible de l’existence, qui toujours s’incline et descend dans là corruption. »

Dans ces paroles se trouve, pour ainsi dire, l’âme âme
psyche
psukhê
alma
soul
de tout le système ; on y voit le sentiment qui lui sert de base et qui règne sur l’ensemble. Que l’on se rappelle ce que les poètes anciens, dans leurs sentences détachées, ont coutume de chanter sur le malheur de l’existence ; ces accents qu’ils font entendre, après avoir jeté sur la surface entière du monde un regard d’effroi ; ces traits pénétrants qui donnent une signification si profonde aux tragédies antiques , par le spectacle d’une sombre fatalité que nous voyons empreinte dans les traditions dans les histoires mêmes des hommes et des dieux ; ... eh bien, si l’on réunit tous les traits épars de cette poésie pour en former un seul tableau, un tout harmonique ; si enfin, de ce qu’il y a de mobile dans le jeu de la poésie, on compose une doctrine sérieuse , fixe, inaltérable , on aura l’idée la plus claire, la plus complète du système de l’émanation , et, par suite, du plus ancien point de vue de la pensée indienne.

A cette doctrine se rattachait la fiction des quatre quatre
quaternité
Quand la quaternité est horizontale, elle se réfère aux qualités universelles ; quand elle est verticale, elle indique les degrés de l’Univers - l’enfoncement dans la relativité. [Frihtjof Schuon]
âges, se succédant dans une proportion marquée. Chaque époque qui passe est toujours plus imparfaite, plus malheureuse que celle qui l’a précédée, et cela jusqu’à l’âge présent qui est le quatrième et le dernier degré du malheur. C’est encore de cette manière qu’il faut expliquer les quatre états ou castes indiennes comme une décroissance de plus en plus profonde vers l’imperfection terrestre. De là également la doctrine des trois trinité
trois
triade
ternaire
L’archétype divin de tous les ternaires positifs est la trinité védantine Sat, Chit, Ananda : Dieu, à partir de son Essence surontologique, est pur "Être", pur "Esprit", pure "Félicité". Quand la trinité est horizontale, elle exprime les facultés a priori divines ; quand elle est verticale, elle exprime les tendances cosmiques. [Frithjof Schuon]
mondes, troilokyon, et celle des trois forces primitives, troigunyon, dont la première est vraie, sotwo ; la seconde est illusoire et n’ayant qu’une apparence de réalité , rojo, et la troisième est ténébreuse, tomo. Dans le système de l’émanation, vous voyez régner aussi la même loi d’une dégradation constante, soit que l’on considère ces forces de la nature comme spirituelles ou comme purement matérielles.

De l’essence essence
ousía
ousia
essência
essentia
esencia
essence
de l’être infini Unendlichkeit
unendlich
Infinito
Infini
Infinite
infinito
infini
infinite
, Monou fait sortir l’esprit ; de l’esprit, le moi ; car l’esprit est le second créateur. Monou crée les êtres individuels, après que Brahma lui-même a mis an jour les forces primitives et générales de la nature et de l’esprit. Brighou fait produira ces éléments, d’abord de l’esprit, puis l’un L'Un
hen
hén
L’Un, en philosophie ou en mystique, désigne le Principe suprême, souvent donné comme impensable et ineffable. Historiquement, cette notion prend tout son essor, en philosophie, à partir du néoplatonisme de Plotin au milieu du IIIe siècle. Grammaticalement, le mot « un » est ici employé comme substantif et avec majuscule (comme « Dieu » ou « Être »). Le mot s’oppose principalement à Multiple (dès Platon) et entre dans la liste des transcendantaux (avec Être, Bien, Vrai, Beau... qui sont au-delà des catégories et peuvent se convertir : Un = Bien = Beau). C’est l’Un-Dieu, l’Un-principe, mesure suprême.
de l’autre, dans une manifestation successive et selon les degrés de perfection perfection
perfeição
perfección
et de subtilité qu’on leur supposait. Cette loi d’une perpétuelle dégradation, d’une corruption que rien ne peut éviter, cette tristesse tristesse
lype
Selon Jean-Claude Larchet (Thérapeutique des maladies spirituelles), au lieu d’utiliser la tristesse, "passion naturelle et irréprochable", pour pleurer ses péchés et s’affliger de son éloignement de Dieu et de la perte des biens spirituels, l’homme l’utilise au contraire à pleurer la perte de biens sensibles, s’afflige de n’avoir pu satisfaire tel désir, ni obtenir un plaisir attendu, ou encore d’avoir subi tel désagrément dans ses rapports avec ses semblables. Il fait de la tristesse une maladie de l’âme.
sans borne au souvenir de la faute inexpiable et de la mort, sont l’esprit général de ce système. Après cela, les degrés et les forces originelles de l’émanation diffèrent dans les diverses représentations qui en sont faites par les poètes ; car le caprice de l’imagination ne s’impose point de bornes sur cet objet sujet
objet
La notion du « sujet », loin de n’être que psychologique, est avant tout logique et principielle et ne saurait se restreindre par conséquent à aucun ordre particulier ; la subjectivité évidente des facultés de sensation prouve déjà que le couple sujet-objet n’appartient pas au seul domaine de la psychologie. [Frithjof Schuon]
.

Parmi les divinités de la fable indienne qui appartiennent spécialement au système de l’émanation et en général au cercle cercle
círculo
circle
d’idées que je viens d’établir, il faut placer en première ligne Brahma. Qu’est-ce que Brahma, selon le livre de Monou ? C’est l’esprit éternel, le moi infini, le roi et le maître des êtres, et, comme il est appelé de préférence dans des écrits d’une date plus rapprochée, il est le père et l’ancêtre de tous les mondes. Éternel, inconcevable, seul, existant par lui-même , il est le lui proprement dit, il est Dieu même. Plus tardées mêmes caractères se trouvent attribués à Sivah et à Wischnou par les adorateurs particuliers de ces divinités. Mais, dans le livre de Monou, Brahma occupe le premier rang ; le sens plus restreint, celui dans lequel ce dieu est pris pour l’élément constitutif de la terre Terre
Terra
Earth
Tierra
, doit être regardé comme tenant à une conception plus récente.

En effet, si l’on écarte les fictions mensongères, les grossiers égarements dont la doctrine de l’émanation a pu être surchargée ; si l’on fait la part des altérations de la doctrine primitive, introduites par une superstition sinistre, effrayante, profanant, envenimant tout, qui fut trop prompte h se glisser à travers toute la pensée, toute l’existence de ce peuple, nous ne pouvons pas refuser aux anciens habitants de l’Inde la connaissance connaissance
gnosis
intuition intellectuelle
gnôsis
connaître
conhecer
gnose
knowledge
know
conocer
conocimiento
du vrai Dieu. Leurs plus anciens monument » écrits sont pleins « le sentences et d’expressions dignes, claires, élevées, qui contiennent un sens aussi profond, aussi distinct et significatif que tout ce que la langue humaine a pu trouver jamais de plus expressif relativement à la Divinité. Comment donc une si haute sagesse sophia
sagesse
sabedoria
wisdom
sabedoría
σοφία
peut-elle s’allier avec un système qui serait la plénitude même do l’erreur ?

Mais ce qui doit exciter encore plus d’étonnement que de trouver la croyance en Dieu associée aux plus anciens systèmes de la superstition, c’est de voir encore dans ce système la croyance à l’immortalité de l’âme, non-seulement comme une opinion vraisemblable, comme une découverte à la suite d’une longue et successive méditation méditation Le terme méditation (du latin meditatio) désigne une pratique mentale ou spirituelle. Elle consiste en une attention portée sur un certain objet de pensée (méditer un principe philosophique par exemple, dans le sens d’en approfondir le sens) ou sur soi (dans le sens de pratique méditative afin de réaliser son identité spirituelle). La méditation implique généralement que le pratiquant amène son attention de façon centripète sur un seul point de référence. , ou bien comme une fiction égarée, un écho lointain venu d’un monde vague et obscur ; mais comme une certitude solide et tellement claire que la pensée d’une autre vie est le motif régulateur qui préside à toutes les actions des Indiens ; Elle est le but, elle est l’âme de la constitution, des lois, des règlements, et des usages.les plus ordinaires de la vie.

Il serait absolument impossible d’expliquer ce dernier fait d’une manière non pas satisfaisante , mais seulement claire et intelligible intelligible En quel sens être en acte se dit-il de l’intelligible ? Est-ce au sens où la statue, comme couple de forme et de matière, est un être en acte ? Est-ce parce que chaque intelligible a reçu une forme ? - Non, c’est que chacun d’eux est une forme et qu’il est parfaitement ce qu’il est. L’intelligence ne passe pas de la puissance à l’acte, d’un état où elle est capable de penser à un état où elle pense effectivement (car il faudrait alors avant elle une autre intelligence qui ne fût pas passée de la puissance à l’acte) ; mais le tout de son être est en elle. L’être en puissance ne consent à passer à l’acte que par l’intervention d’un autre terme, nécessaire à la génération d’un être en acte ; mais l’être qui tire de lui-même et garde éternellement ses manières d’être, est un être en acte. Donc tous les êtres premiers sont des êtres en acte ; car ils possèdent d’eux-mêmes et toujours ce qu’ils doivent posséder. Il en est ainsi également de l’âme qui n’est pas dans la matière mais dans l’intelligible. Quant à l’autre âme, celle qui est dans la matière, comme l’âme végétative, elle est aussi en acte ; elle aussi, elle est ce qu’elle est, parce qu’elle est en acte. ENNÉADES - Bréhier : II, 5 (25) - Que veut dire en puissance et en acte ? 3 , si l’on se bordait à l’hypothèse d’un développement successif par lequel l’esprit humain aurait, dit-on, passé, à partir d’un certain état de barbarie qui aurait été son berceau. Ce n’est point ici le lieu Ort
lieu
lugar
location
locus
place
de dévoiler le principe mystérieux à l’aide duquel la certitude de l’immortalité a été si étroitement liée à la connaissance du vrai Dieu. Je demanderai seulement si ceux-là suivent un bon procédé philosophique qui composent l’idée de la Divinité au moyen de syllogismes, et qui fondent la preuve de son être sur les vraisemblances fournies par la nature externe, et sur les besoins ou les conceptions de leur propre nature. Il me semble, pour moi, qu’il est de toute nécessité que nous ayons connu Dieu pour retrouver ses traces dans la nature et dans la conscience, et que procéder ainsi, c’est dépouiller cette grande idée du caractère de simplicité et de dignité qui est en elle. Je ne parle point de ceux qui veulent tirer la notion de Dieu du moi ou d’une loi de l’entendement ; ceux-là devraient bien au moins mettre quelque chose à la place de celui dont ils ont perdu la notion.

En un mot, si l’on considère le système indien de l’émanation comme un développement naturel de l’esprit, il est absolument inexplicable ; si, au contraire, on l’envisage comme une révélation Révélation La Révélation (on emploie généralement une majuscule dans cette acception du mot) est, pour une religion, la connaissance qu’elle affirme détenir de source divine. Les manifestations divines par lesquelles cette connaissance est parvenue aux hommes sont tantôt des apparitions (théophanies), tantôt l’inspiration à des prophètes de textes considérés comme sacrés. Les religions rattachées à la trilogie judaïsme-christianisme-islam, en particulier, sont dites révélées. altérée ou mal comprise, tout alors s’éclaircit, le système devient très-facile à expliquer. Ainsi, nous trouverions dans l’histoire même un motif suffisant de présumer et de supposer ce que d’autres motifs plus décisifs nous font regarder comme sûr, savoir episteme
saber
savoir
ciência
science
ciencia
, que celui qui a organise l’homme et l’a si magnifiquement doué a bien pu donner à cet homme nouveau-créé la faculté de contempler la profondeur de l’être infini : Dieu a retiré pour jamais l’homme de la chaîne des êtres mortels ; non-seulement il l’a mis en relation Beziehung
Bezug
Verhältnis
Weiter-reden 
relation
relação
relación
rapport
avec ceux du monde invisible, mais encore il lui a accordé la noble mais périlleuse prérogative de choisir entre son bonheur ou son malheur éternel.

Il ne faut pas que l’on se représente cette révélation comme l’entretien d’un père à son fils, soit par des images représentatives, soit par des mots ; cette comparaison d’ailleurs ne mériterait pas d’être écartée comme indigne et dépourvue de toute réalité. Mais on doit la regarder, cette révélation, comme une manifestation du sentiment intérieur. Partout où se trouve le sentiment du vrai, là se trouvent aisément les mots et les signes, sans qu’il soit besoin d’un secours plus éloigné ; les signes seront d’autant plus nobles, plus expressifs, que le sentiment qui les inspire est plus grand et plus profond. Mais enfin, comment cette vérité, ainsi communiquée à l’homme d’une manière divine, a-t-elle pu s’altérer dans son intelligence intelligence Notre intelligence n’est pleinement humaine que par les vérités concernant Dieu et nos fins dernières. Elle opère la compréhension de Dieu, du monde, de l’homme. [Frithjof Schuon]  ? Quoi qu’il en soit, si on ôte toute révélation, l’homme demeurera à jamais dans le rang des brutes, peut-être au haut de l’échelle ; peut-être aussi sera-t-il la plus sauvage, la plus malheureuse des races animées. Si l’intelligence de la divine vérité ne pouvait présider aux actes libres de la vie, il ne serait plus qu’un instrument aveugle et passif. Cette erreur, la plus ancienne de toutes, née du mauvais emploi des dons de Dieu et de l’obscurcissement ou de l’altération de la sagesse divine, est celle que nous rencontrons dans les monuments primitifs de l’Inde ; et toujours nous les trouverons plus clairs et plus instructifs , à mesure que nous connaîtrons davantage ce peuple, le plus civilisé et le plus sage des « peuples anciens. L’émanation est le premier système qui ait succédé à la vérité primordiale ; il contient de sauvages fictions, des erreurs grossières , mais partout des traces évidentes -de la « vérité divine, et de cette tristesse profonde qui dut être le premier résultat de la Chute chute
queda
decadência
caída
fall
de l’homme. Or, voici comment ce passage a dû s’opérer.

Il a entre la conception de l’être partit et l’esprit du monde extérieur et imparfait un intervalle que l’imagination ne pouvait remplir autrement que par le système de l’émanation ; c’est ce que l’on m’accordera sans difficulté. Non-seulement ce système est la racine de la plus antique et de la plus générale superstition du monde ; mais il est devenu plus tard une source vive de poésie. Tout ce qui existe est un écoulement de la divinité ; tout être est un dieu , plus limité, plus indécis que le dieu suprême ; tout est animé, vivant ; tout est plein de dieux. C’est un hylosoïsme, non-seulement un polythéisme ; mais, si j’ose ainsi parler, c’est un système où tous les êtres sont dieux ( allgotterei ), comme on le voit dans l’Inde où la foule des divinités est innombrable. L’abondance de la poésie, sa plénitude originelle et que la civilisation n’a pas produite , est ce qui distingue une mythologie sortie de cette source fertile, d’avec les indigentes mythologie » qui ont pour objet les âmes des morts. Or, c’est cette dernière espèce de mythologie qui a coutume de régner parmi des peuples moins civilisés, ou, pour l’exprimer d’une manière plus précise, chez les peuples qui sont restés le plus à l’écart du courant des traditions anciennes : si toutefois, ce dont il est permis de douter, il s’est jamais rencontré un peuple affranchi de toute communication Mit-teilung 
Mitteilung
communication
comunicação
comunicación
avec d’autres peuples plus civilisés, pins nobles, c’est-à-dire avec des peuples qui auraient pu puiser d’une manière plus prochaine, plus immédiate, à la source de toute poésie et de toute imagination. Mais cette plenitude si riche et si vive, dont je parlais tout à l’heure, appartenant à la mythologie fondée sur l’émanation, est commune à la mythologie grecque et à celle de l’Inde, quoique d’ailleurs l’une et l’autre soient fort différentes par leur caractère et par leur esprit.

Maintenant, que la déification déification
theosis
deificação
deificación
des grands hommes et des saints personnages ne s’oppose en rien au système du polythéisme ayant pour principe l’émanation d’une source commune, mais, au contraire, qu elle s’y rattache naturellement ; c’est ce qu’il est presque inutile de démontrer. En effet, la plus étroite parenté intérieure ou extérieure, la proximité de l’individu par rapport à l’être originel, fixent les degrés de sa dignité, de sa noblesse, et déterminent son plus ou moiuó de droit au respect et à l’adoration.

A la suite de Brahma, nous trouvons aussi les dix saints patriarches, occupant une place très-importante dans la mythologie indienne ; puis, les sept grands richis ou prêtres du monde primitif , lesquels ont été plus tard transportés dans les étoiles ; nous trouvons enfin Kashyopo et toute la race issue par lui de Diti et Aditi, la nuit et la sérénité, jusqu’aux deux tiges des enfants du soleil et des fils de la lune.

Nous nous contenterons ici d’établir la simple possibilité que les dix patriarches de l’Inde n’aient été que des hommes divinisés, sans vouloir contredire le moins du monde l’opinion d’une signification symbol symbolon
symbolisme
symboles
symbole
Étymologie grecque : sym-balleîn = « jeter ensemble ». Correspondance naturelle de signifiant à signifié, chez les ésotéristes. (Pierre Riffard)
ique. On ne peut nier que ce qu’il y a de réellement historique dans les mythes indiens ne se soit plus d’une fois fondu avec les idées de l’émanation. La généalogie des patriarches et des héros est liée à la cosmogonie de la nature ; sans doute les sept Monous ou Richis sont les sept AEons, les créateurs et les ordonnateurs en second de l’univers Univers L’Univers est un tissu fait de nécessité et de liberté, de rigueur mathématique et de jeu musical ; tout phénomène participe de ces deux principes. [Frithjof Schuon] . Ils sont autant de périodes du développement du plus grand patriarche, ils sont les époques de sa manifestation. Et cependant faudrait-il pour cela refuser de voir dans cette tradition un certain fonds historique ?

Une recherche prolongée nous induirait dans trop de détails ; un jour elle pourra être poursuivie d’une manière plus féconde et avec des sources plus riches. Dans cette exposition des principales époques de la pensée orientale, nous nous bornerons aux généralités qui ressortent de la mythologie de l’Inde, et qui ont d’ailleurs une empreinte si forte de leur origine, que ce que nous en possédons aujourd’hui est suffisant pour ne pas entièrement révoquer en doute leur essentielle signification.

Le système de l’émanation se présente sous son aspect le plus avantageux et le plus beau beleza
belo
beauté
beau
beauty
belleza
, quand on l’envisage comme doctrine du retour. Partant de ce principe que l’homme a son origine en Dieu, ce système prend occasion de lui rappeler le retour à son origine, de lui montrer la réunion avec la divinité comme devant être le but unique de ses actions et de ses efforts. De là découle là signification vraiment sainte de beaucoup de lois indiennes, des coutumes, des mœurs, le sérieux et la haute gravité qui président à l’existence entière de ce peuple. Toutefois, l’esprit peut bien s’être séparé promptement de cette doctrine, tellement qu’il n’en soit resté que des usages morts et des exercices d’expiation : c’est ce qui explique comment, dans les temps les plus rapprochés de son berceau, la superstition et l’erreur ont pu s’y mêler.

C’est d’après un point de vue dominant dans le système de l’émanation qu’il faut chercher l’idée de la transmigration des âmes. Ce point de vue, c’est la gradation des espèces et des êtres vivants, tous enveloppes sous des formes multipliées, et sans repos repos
repouso
stillness
quietud
quietness
se rapprochant et s’éloignant de leur source commune. Il y a encore une étroite affinité entre ce système et celui d’une vie antérieure et de la préexistence des âmes, ou plutôt cette préexistence est un principe essentiel de la doctrine de l’émanation ; on y trouve aussi des pensées plus élevées, provenant du souvenir obscurci d’une perfection divine qui aurait existe dans l’état antérieur, souvenir qui est surtout éveillé par le spectacle du beau. C’est à cette doctrine et à ces sortes de souvenirs que fait allusion Kalidas, dans son drame si connu et si populaire de Sacontala. Quand cette idée de la transmigration a non-seulement un sens physique , mais encore est liée avec celle d’une corruption morale, du malheur de tous les êtres, de la purification purification Si on part de l’idée que la Vérité est au fond de nous-mêmes comme une lumière informelle dont nous n’avons qu’à prendre conscience, les formules doctrinales apparaîtront surtout comme des barrières contre l’erreur ; c’est la purification du coeur, sa libération des obstacles obscurcissants, qui sera tout l’essentiel [NA : Omar Khayyam, dans son Traité de Métaphysique, dit que les Soufis sont « ceux qui cherchent la connaissance, non par la réflexion et la spéculation (comme les théologiens et les philosophes), mais en purifiant leur âme (l’égo passif, statique), en corrigeant leur caractère (l’égo actif, dynamique) ; et en libérant l’intellect des obstacles qui proviennent de la nature corporelle. Quand cette substance se présente, purifiée, devant la Gloire divine, alors les modèles (intellectuels, principiels) des connaissances (mentales, manifestées) se révéleront certainement dans cet autre monde (de la Réalité transcendante) ». (Frithjof Schuon, Perspectives spirituelles et faits humains) inévitable, du retour universel dans le sein de la divinité, on peut dire qu’elle est vraiment issue de l’idée de l’émanation, et que par conséquent elle est d’origine indienne » C’est ainsi que, dans la doctrine de Pythagore, on trouve l’idée de la métempsycose avec toutes les circonstances accessoires qu’elle tient de l’Orient : preuve certaine que cette idée ne tenait en rien à l’invention hellénique, bien qu’elle ne tarda pas à se transformer et à s’approprier à l’esprit grec, si vif et si pénétrant ; plus tard sans doute on aura voulu retrancher de la doctrine pythagorique ses plus anciennes, et, proportion gardée, ses meilleures conceptions.

On sait très-bien que la doctrine de la transmigration a régné en Gaule chez les druides ; mais on sait moins par quelle route elle était arrivée dans ce pays. Il est à croire qu’elle était connue chez, les Etrusques, et surtout dans l’ancienne Italie avant Pythagore, On trouve chez les anciens des traces de sa propagation, même dans les contrées les plus septentrionales. En admettant que Pythagore l’eût apportée en Italie des pays étrangers qu’il avait parcourus, il n’avait pu l’apprendre que dans l’Asie occidentale ou en Egypte. La conduite des Egyptiens à l’égard des cadavres, qu’ils cherchaient pour ainsi dire à .éterniser, supposerait une grande différence dans leur manière de voir sur l’immortalité. Cependant la religion religion Le contenu et la raison d’être des religions est le rapport entre Dieu et l’homme ; entre l’Être nécessaire et l’existence contingente. C’est ce rapport qui donne aux religions toute leur puissance et toute leur légitimité ; c’est au contraire leur revendication confessionnelle d’absoluité qui constitue leur relativité. (Frithjof Schuon) des Egyptiens, à la considérer dans son ensemble et dans son esprit, parait très-fréquemment unie à celle de l’Inde. Osiris, idée principale de la doctrine égyptienne, considéré comme une divinité souffrante et mortelle, s’accorde parfaitement avec la doctrine indienne de l’infortune universelle dans laquelle l’être est enveloppé , descendu qu’il est parmi les ténèbres ténèbres Les ténèbres sont d’abord un concept ou une croyance religieuse qui désigne le néant, la mort, l’état de l’âme privée de Dieu, de la grâce, et qui signifie privation totale de lumière, obscurité. Le mot est attesté dès le XIIe siècle. Du latin tenebræ, ayant la même signification. et les chaînes mortelles d’ici-bas.