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Claude Tresmontant

Tresmontant - Le mot rédemption

L’enseignement de Ieschoua de Nazareth

mercredi 26 mars 2008

On dit parfois que nos contemporains n’ont plus le sens de la rédemption. — Il faut noter tout d’abord qu’ils ne comprennent pas ce que ce mot veut dire, pour des raisons très simples : parce que ce mot appartient à un milieu ethnique qui n’est plus le nôtre.

Le mot français rédemption, est une transcription du latin redemptio, qui vient de redimere : racheter. Le redemptor — qui a donné le français rédempteur — c’est celui qui rachète.

Le mot latin redemptio traduit le mot grec apolutrôsis, qui est employé une douzaine de fois dans le N. T. : Luc, 21, 28 ; Romains, 3,24 : 8, 23 ; I Cor. I, 3o ; Éph. I, 7,14 ; 4,30 ; Hébr. 9,15 ; II, 35.

Comme on le voit, le mot que l’on traduit en français par " rédemption " n’est employé qu’une seule fois dans les Évangiles...

Le mot grec apolutrôsis signifie : rachat d’un captif. Il provient du verbe apolutroô, qui signifie : délivrer moyennant rançon.

Le mot grec apolutrôsis ou plus exactement le verbe apolutroô traduit deux verbes hébreux : 1. Gaal 2. Padah.

Le verbe hébreu gaal signifie « racheter ». Ex. : Lév. 25, 33 : « Si quelqu’un rachète (quoi que ce soit) des Lévites... » (cf. Lév. 27, 13, 15, 19 (« racheter le champ ») etc.

En particulier, le Lévitique nous dit :

Lévi. 25, 23 : « La terre ne se vendra pas à perpétuité, car la terre est à moi, tandis que vous êtes des hôtes et des résidants chez moi. Dans toute terre qui sera votre propriété, vous donnerez droit de rachat sur la terre.

« Quand ton frère sera dans la gêne et aura vendu de sa propriété, alors viendra son racheteur, le plus proche, et il rachètera la chose vendue par son frère. Mais si un homme n’a pas de rache¬teur, etc. »

Le « racheteur » (= rédempteur), c’est le goel, participe du verbe gaal.

Le livre des Nombres, 35, 19, nous parle du « vengeur du sang », littéralement « racheteur » du sang :

Nomb. 35, 19 : « Le vengeur du sang (goel hadam), c’est lui qui mettra à mort le meurtrier... »

De même, Deut. 19, 6 : « C’est de peur que le vengeur du sang ne poursuive le meurtrier... »

Le Lévitique, de nouveau, 25, 47, nous dit :

« Quand un hôte, un résidant chez toi a de quoi, tandis que ton frère chez lui est dans la gêne et s’est vendu à l’hôte, au résidant chez toi, ou au rejeton de la famille d’un hôte, après qu’il s’est vendu il y a pour lui droit de rachat : l’un de ses frères le rachètera. Ou son oncle ou le fils de son oncle le rachètera, ou quelque proche parent, quelqu’un de sa famille le rachètera, ou bien, s’il a de quoi, il se rachètera. Alors il calculera, avec son acheteur, depuis l’année où il s’est vendu à lui, etc. »

Exode, 6, 2 : « Élohim parla à Moise et lui dit : Je suis Yhwh ! J’ai moi-même entendu le soupir des fils d’Israël qu’asservissent les Égyptiens et je me suis souvenu de mon alliance. C’est pourquoi dis aux fils d’Israël : Je suis Yhwh, je vous ferai sortir de dessous les charges d’Égypte et je vous délivrerai de sa servitude, je vous rachèterai par bras tendu et par de grands châtiments. Je vous adopterai pour mon peuple et je deviendrai votre Dieu, vous saurez que je suis Yhwh... »

De Dieu, il est dit qu’il " rachète " Israël : Exode, 15, 13 ; Is. 43, I, etc. Ps. 9, 19.

Jér. 31, r : « Car Yhwh a racheté Jacob, et l’a délivré de la main d’un plus fort que lui. »

Osée, 13, 14 : « De la main du Sheol je les affranchirais ! De la mort je les rachèterais I »

Michée, 4, 10 : « Fille de Sion... tu seras délivrée, et Yhwh te rachètera de la paume de tes ennemis ! »

Ps. 103, 4 : « Lui qui rachète ta vie de la fosse... »

Ps. 107, 1 : « Rendez grâce à Yhwh, car il est bon... »

« Qu’ils le disent, les rachetés de Yhwh, ceux qu’il a rachetés de la main de l’adversaire et qu’il a rassemblés des pays de l’Orient et du Couchant... »

Le prophète anonyme du temps de l’Exil à Babylone, dont les oracles ont été joints à ceux du prophète Isaïe, écrit :

Is., 41, 13 : « Car moi, Yhwh, je suis ton Dieu, qui saisit ta main droite et qui te dit : ne crains pas, je t’aide ! (...) C’est moi qui t’aide, oracle de Yhwh, celui qui te rachète (goel) c’est le Saint d’Israël...

Jér. 50, 34 : « Mais leur rédempteur est fort, son nom et Yhwh des armées. »

Le verbe hébreu padah signifie aussi : « acheter pour libérer », d’où : « délivrer », « sauver ».

Exemples :

Deut. 9, 26 : " Adonai Yhwh, ne détruis pas ton peuple et ton héritage, que tu as libéré par ta grandeur, que tu as fait sortir d’Égypte par une main forte. "

Deut. 15, 15 : " Tu te souviendras que tu as été esclave au pays d’Égypte et que Yhwh ton Dieu t’a libéré. "

Deut. 21, 8 : " Pardonne à ton peuple Israël, que tu as racheté, ô Yhwh... "

Deut. 7, 8 : " Parce que Yhwh vous a aimés... c’est pour cela que Yhwh vous a fait sortir d’Égypte par une main forte et qu’il t’a libéré de la maison des esclaves... "

Les deux verbes hébreux qui signifient " racheter ", veulent dire, dans le contexte ethnique palestinien, " libérer ", puisque pour libérer celui qui avait été vendu ou était réduit en esclavage, il fallait le racheter.

Le rachat, la rédemption, c’est la libération. Le rédempteur, c’est le libérateur.

Les mots " rédemption ", et " rédempteur " ne disent rien à une oreille du XXe siècle. Tandis que " libération " signifie quelque chose.